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“Le chemin du deuil, c’est un chemin qui va vers le don”

Comment surmonter le deuil de son enfant ? Existe-t-il seulement une réponse ? Les invités de Marie-Ange de Montesquieu nous le prouvent, dans le nouveau numéro d’En Quête de Sens. Elles sont mère, bonne sœur à l’écoute de familles endeuillées et psychothérapeute. Toutes les trois partagent un regard paradoxalement lumineux sur la mort.

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“Tu n’es plus là où tu étais mais tu es partout là où je suis”. C’est en ces termes que Victor Hugo décrit le deuil qu’il traverse au moment de la disparition de sa fille Léopoldine. Qu’il soit poète ou non, pour le parent confronté à la perte de son enfant, comment écrire, dire l’indicible : la perte de son propre enfant ? Dans un nouveau numéro d’En quête de sens, Marie-Ange de Montesquieu était accompagnée de Dorothée Leurent, qui a perdu son fils et raconte son chemin vers la résilience dans « Les chemins de la résilience » (Trédaniel), Martine Spiesser, psychothérapeute, addictologue et instructrice de « Mindfulness » et Sœur Cécile, prieure de la Communauté de la nouvelle alliance à Montligeon, pour parler de la question ô combien difficile du deuil de son enfant. 

Le choc est si terrible qu’il nous anesthésie

Il y a quinze ans, Dorothée Leurent vit ce qu’il peut arriver de pire dans une vie de parent : la disparition de son fils, tué dans un accident de moto à l’âge de 29 ans. “Le choc est si terrible qu’il nous anesthésie”, observe Dorothée Leurent qui vit dans un état de sidération pendant plusieurs jours. Après cet état dans lequel corps et esprit se mettent sur pause, vient la violence du choc ressenti. “C’est comme un énorme volcan qui éructe vos tripes, avec une lame de fond qui vous lamine de l’intérieur”, décrit-elle. Face à cette décharge d’émotions, Dorothée Leurent pense et souhaite mourir. Jusqu’à ce qu’une psychiatre tienne cette phrase : “si vous vous tuez, vous le tuez une seconde fois. Il ne pourra plus être en vous.”

Cette mère bouleversée commence alors son travail de deuil en recréant un lien différent avec son fils disparu. D’une “relation extérieure objective et physique”, elle passe à une “relation intérieure subjective”. Mais ce travail peut durer des mois, des années :  “Pendant tout ce temps, vous êtes sur une autre planète. Vous n’êtes ni au ciel avec la personne décédée ni sur la terre avec les autres qui tentent de vous changer les idées”. 

 

De l’importance du temps, thérapeutique

Soeur Cécile, de la Communauté de la nouvelle alliance à Montligeon, qui accompagne des familles en deuil, rappelle l’importance du temps que l’on s’accorde dans son épreuve : “On conseille aux gens de venir après plusieurs mois. Au tout début, on est tellement dans le choc qu’on a pas de recul. Ce qui n’empêche pas d’avoir une présence écoutante dès le début. Il peut y avoir une phase de colère mais qu’on va essayer spirituellement d’accompagner et vous avez des gens qui renaissent à la foi.

 

Transformer sa colère et sa culpabilité en amour

C’est le cas de Dorothée, pour qui l’enterrement catholique de son fils, a été une vraie bouffée d’oxygène. “15 ans après, ça me remplit toujours de joie. J’ai une reconnaissance absolue pour cette messe d’enterrement”. Pour Sœur Cécile, la “communion eucharistique couplée à la communion avec les proches représente une force incroyable pour surmonter cette épreuve.” C’est parfois à travers le “mystère eucharistique” que l’on trouve une consolation et un lieu où se vit des pardons. “Nous accueillons des familles où il y a souvent des culpabilités, des colères (dans le cas de suicides par exemple). Ces personnes ont le sentiment que tout est fini alors que non. Ce sera juste différent. La mort ne vient rien détruire au niveau de l’amour, l’amour est invincible.

Envahie par un trop-plein d’émotions, “l’impression de tomber folle”, Dorothée a ainsi dû composer avec un “amour qu’elle ne savait plus où mettre”. Cet amour supplémentaire, sœur Cécile invite à l’offrir à soi-même en premier lieu, mais aussi à ceux qu’on aime, au monde qui nous entoure. “Le chemin du deuil, c’est un chemin qui va vers le don”. “Si on se rend compte que le Ciel nous envoie des grâces, un texto amical, un rayon de soleil (…), si on prend toutes ces joies, on arrive à surmonter beaucoup de choses”, témoigne Dorothée. 

Apprendre à s’enivrer des petits bonheurs simples, ne veut pourtant pas dire qu’on met de côté la personne disparue. “Il n’est d’ailleurs pas question de de l’oublier. Parfois, on n’a pas envie de s’en remettre”, tranche-t-elle. 

 

Prêter attention aux autres enfants

Emprisonnée dans son propre chagrin, Dorothée Leurent en avait presque oublié celui de sa fille, emmurée dans son silence. “Je me suis rendue compte que j’avais complètement occulté la souffrance de ma fille. J’ai pris conscience qu’elle avait souffert, qu’elle croyait que je n’aimais que son frère. Je lui ai téléphoné pour lui demander pardon. Elle a commencé à pleurer et ça a été un rapprochement extraordinaire”. 

Chez chaque enfant, il y a la volonté d’aider son parent et donc de ne pas rajouter de la peine à la peine”, poursuit Martine Spiesser, psychothérapeute. L’écueil serait qu’ils deviennent un réparateur. L’essentiel serait donc de “faire confiance au processus” en prenant conscience qu’il y aura de toute évidence des ratés. “Mais il faut savoir que tout est rattrapable, l’important est de rester en contact avec son vrai ressenti”.

Commentaires

  1. Bravo Marie-Ange, ce n’était pas une mission facile que de parler du deuil d’un enfant et vous avez su en tirer le meilleur, c’est-à-dire beaucoup de lumière, à très bientôt j’espère et un grand merci … 🤩

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