11.06.21 Catégorie(s) : Actualité Géopolitique

Entre intervention et incompréhension : la France au Sahel

Jeudi 10 juin 2021, le président de la République Emmanuel Macron annonce la fin de l’opération militaire Barkhane au Sahel, région dans laquelle les troupes françaises sont engagées depuis 2013 dans la lutte contre les groupes djihadistes. À cette occasion, Laurent Lemire revient sur l’histoire entre la France et le Sahel avec ses invités dans Décryptage. La…

Jeudi 10 juin 2021, le président de la République Emmanuel Macron annonce la fin de l’opération militaire Barkhane au Sahel, région dans laquelle les troupes françaises sont engagées depuis 2013 dans la lutte contre les groupes djihadistes. À cette occasion, Laurent Lemire revient sur l’histoire entre la France et le Sahel avec ses invités dans Décryptage.

Jeudi 10 juin 2021, la France revoit son engagement au Mali et met fin à l'opération Barkhane.
Jeudi 10 juin 2021, la France revoit son engagement au Mali et met fin à l’opération Barkhane.

La décision est tombée jeudi 10 juin 2021, la France met fin à l’opération Barkhane au Mali. Plus de 5000 militaires français étaient engagés depuis 2013 au Sahel dans le cadre de la lutte anti-djihadiste. Une « force internationale » dont la composition n’est pas encore déterminée, prendra le relais.

De la colonisation française en 1898 à l’intervention militaire au Sahel en 2013

Camille Lefebvre, historienne, auteure de « Des pays au crépuscule » (Fayard) s’est penchée sur la période entre 1898 et 1906 pendant laquelle la France a colonisé le Niger – pays faisant partie du Sahel. A l’époque, il y a à peine  » une soixantaine de militaires français » qui arrivent au Niger, pour prendre un territoire « qui fait deux fois la taille de la France » recontextualise la chercheuse. Lorsque les militaires français s’installent, les Nigériens ne réalisent pas qu’ils vont rester. Camille Lefebvre explique que les intérêts français sont de plus en plus nombreux et qu’ils s’étendent notamment vers l’Est, donc vers le Tchad : « les personnes les voient passer, mais ils n’ont pas idée de ce qu’il va se passer ensuite, c’est-à-dire les 60 ans d’occupation très importante dans la région. » 

Parmi les pays du Sahel, la France est surtout engagée au Mali.
Parmi les pays du Sahel, la France est surtout engagée au Mali.

L’incompréhension française d’hier à aujourd’hui

S’il y a une particularité qui revient entre l’époque coloniale et aujourd’hui, c’est l’incompréhension des rapports sociaux qu’ont les militaires Français: « La question des intermédiaires et de savoir à qui parler, elle est centrale au Sahel. Il faut à la fois respecter les hiérarchies mais il faut aussi savoir que ces hiérarchies sont toujours en train de bouger » explique Camille Lefebvre.

Or cette incompréhension des hiérarchies existe encore actuellement, l’exemple le plus récent étant l’affaire Sophie Pétronin – une travailleuse humanitaire faite otage pendant près de quatre ans d’un groupe de djihadistes affilié à Al-Qaïda. Anthony Fouchard, journaliste, auteur de « Il suffit d’un espoir » (Les Arènes) a raconté l’histoire du fils de Sophie Pétronin, Sébastien, qui a passé des mois à la recherche de sa mère. Alors que les services secrets français n’avançaient pas sur l’affaire, Sébastien s’est rendu à Gao au Mali – lieu de l’enlèvement de Sophie – il est parvenu à créer des liens et à s’adresser aux bonnes personnes pour avancer dans son enquête et plus tard libérer sa mère : « Les autorités, les imbrications n’étaient pas prises en compte [par les services secrets français]. Il y a une structure sociale à respecter au Sahel quand on veut arriver à quelque chose » raconte Anthony Fouchard.

Religion et esclavage, les autres points obscurs pour les militaires français

« L’Islam est toujours pensé en France comme un tout unique alors qu’elle n’est pas plus unie que la chrétienté, il y a des complexités extrêmement fortes et des rapports différents à la religion au sein des sociétés du Sahel » analyse Camille Lefebvre. Mais plus que la religion encore c’est la question de l’esclave qui a toujours été incompréhensible pour les Français. Ils ne comprennent pas les différentes hiérarchies entre les esclaves et l’importance de cette question dans la région : « On est dans ces régions dans une forme de crise sociale extrêmement importante autour de la question de l’esclavage. Aujourd’hui c’est un sujet tabou [..] mais il y a un certain nombre d’anciens descendants d’esclaves qui ne veulent plus obéir à leur maître et qui pour certains sont séduits aussi par le Djihad. Les djihadistes leur disent qu’ils ne tiendront pas compte de leur ancien statut. » En fait, il est souvent oublié que les djihadistes font partie intégrante du tissu social des pays du Sahel.

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