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Index Mondial des Persécution des Chrétiens dans le monde : « s’ils ne sont pas pendus en Iran, c’est grâce à la pression internationale »

Depuis 2003, l’Iran est dans le top 10 de l’Index Mondial de Persécution des Chrétiens publié par l’ONG Portes Ouvertes. Ce sont les convertis de l’Islam mais aussi les protestants considérés comme terroristes, qui sont les principales cibles de la répression. Témoignage de Dabrina, réfugiée en Europe.

Dabrina Bet Tamraz a dû fuir son pays, l’Iran, en 2009, et laisser sa famille derrière elle : des parents et un frère qui ont eux aussi été harcelés par les autorités en raison de leur engagement chrétien. Une histoire qu’elle a pu raconter, notamment devant l’ONU, elle qui est désormais pasteur d’une église protestante en Suisse.


>> L’Index Mondial de Persécution des Chrétiens 2021

>> Ecoutez Patrick Victor, directeur de l’association Portes Ouvertes, interrogé par Marie-Leila Coussa


En Iran, « les chrétiens ont condamnés sur fausses accusations et envoyés en prison », explique-t-elle. Et les premiers ciblés sont les convertis de l’islam. « Mon père avait le statut officiel de pasteur, il a dirigé une église assyrienne durant plus de 40 ans, un culte en langue officielle farsi et en assyrien », raconte Dabrina, « en mars 2009, notre église a été fermée par le ministère de l’Intérieur ». Arrêtée, elle est alors détenue dans une prison réservée aux hommes, sans aucune présence féminine, puis interrogée par les autorités qui cherchent à avoir des informations sur d’autres dirigeants religieux. « J’ai été expulsée de l’Université et mise sous surveillante permanente… J’ai subi deux accidents de voiture déclenchés par des membres du gouvernement puis j’ai reçu des appels téléphoniques menaçants ». Quant à son père, emprisonné en 2014, il est resté 65 jours en isolement, « parfois durant 1o jours, il n’avait aucune interaction humaine ». Son frère, lui, a été arrêté avec des amis lors d’un pique-nique. Après des interrogatoires sans présence d’avocat, ils ont tous perdu leur travail. Son frère est sorti de détention en 2020. Sa mère, enfin, a été accusée et inculpée pour appartenance à un groupe portant atteinte à la sécurité nationale. « Elle a eu 5 années de prison supplémentaires pour complot ». Ses parents ont dû définitivement quitter l’Iran.

Paradoxe total dans un pays où l’article 13 de la Constitution reconnaît la liberté religieuse et les minorités chrétiennes.

« L’article 13 reconnaît les zoroastriens, les juifs et les chrétiens en tant que minorités religieuses protégées ayant la capacité de professer leur culte et d’établir des sociétés religieuses »

« Néanmoins », explique Dabrina, « seules les églises catholiques et orthodoxes sont considérées comme chrétiennes, les protestants sont eux considérés comme des sionistes et des terroristes ». Ainsi, partout sont placardées des affiches appelant à se méfier des protestants dont les rassemblements privés sont considérés comme illégaux et une atteinte à la sécurité nationale. « Beaucoup sont victimes de tortures physiques et mentales, on les force à renier leur foi », ajoute-t-elle, « ils sont sans cesse surveillés et recherchés, ce n’est pas la liberté religieuse ». Pour Dabrina Bet Tamraz, « seul un changement de régime pourrait bousculer les choses ». Elle estime que la pression internationale joue et jouera également un rôle central. « Je suis intimement convaincue que si les chrétiens ne sont pas pendus en Iran, c’est grâce à la pression internationale ».