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En Quête de Sens : « La prison a été une expérience fondatrice et destructrice », Jamila Vaujour

Mardi dernier, le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti dévoilaient les emplacements des futurs centres pénitentiaires, alors que les rapports se succèdent pour dénoncer les conditions de vie des détenus dans les prisons françaises. Manque de moyens matériels et humains, surpopulation carcérale. Comment faire de la prison un lieu plus humain ?

Tous les invités e Marie-Ange de Montesquieu ont une expérience de la prison. Et tous s’accorent à dire qu’elle change la vie, quelle que soit le sens pris. Jamila Vaujour avait 14 ans et demi lorsqu’elle a découvert pour la première fois le monde carcéral en visitant son frère en toute transgression. « J’étais très naïve, j’ai découvert un monde extrêmement violent », raconte-t-elle, « j’ai pris la prison en pleine figure, et je n’ai pas su me protéger, cela a sans doute conditionner mon rapport à la détention et à la transgression ». Sentiment d’impuissance et d’injustice : Jamila Vaujour ne cache pas que ce premier contact a été « une expérience fondatrice et destructrice ».

Berthet One a lui condamné à 10 ans de prison  pour des vols à mains armées. Il est resté 5 années derrière les barreaux. « Je connaissais déjà la prison avant même d’y avoir été », explique-t-il, « car dans le quartier où j’ai grandi, beaucoup m’avaient déjà raconté comment cela se passait ». Très vite, dans sa cellule, il décide de s’occuper et pas seulement en faisant du sport et en sortant en promenade. « J’avais envie d’occuper mon esprit », dit-il « d’utiliser mon temps pour faire des choses positives ». Berthet One décide alors de reprendre ses études. Il passe son Bac, un BTS, tout en reprenant sa passion pour le dessin. « Ce qui m’a sauvé, ce sont mes parents et les valeurs qu’ils m’ont inculqué », reconnaît-il. En détention, explique le Dr Karine Jean, il y a deux solutions : « soit on subit la peine jusqu’au bout, soit un décide de sublimer et de se tourner vers des projets d’avenir, des études, des créations artistiques ». Aujourd’hui, le dessinateur Berthet One mène des ateliers de BD en maison d’arrêt auprès des jeunes. « Je voulais revenir dans le milieu carcéral pour partager mon expérience », témoigne-t-il, parce que « le jeune peut se dire, ce gars il est passé par les mêmes galères que moi, s’il a réussi, je peux réussir aussi ! ».

« On vit tous les stades du deuil en une fraction de seconde », Jamila Vaujour

Jamila Vaujour, elle, s’est plongée un peu plus dans le monde carcéral par désir de comprendre « ce qui se passait du côté des juges ». A la faveur d’une émission télé, elle découvre un jour, celui qui va devenir son époux, Michel Vaujour, qu’elle va tenter à deux reprise de faire évader de prison. « Michel était soumis à des conditions de détention extrêmement dures », raconte-t-elle, « il avait décidé de retourner cette violence contre lui en s’infligeant des conditions encore plus dures… Cela m’a intéressé et j’ai voulu le rencontrer ». A son tour, Jamila Vaujour va donc elle aussi passer derrière les barreaux : « je pensais que je savais ce qu’était la prison mais tant que vous ne l’avez pas vécu, vous ne savez rien : c’est l’enfermement, l’étouffement, le retour sur soi-même qui se fait comme un deuil ». L’enfermement et son impact sur les détenus, Bénédicte Billard, aumônier de prison, connaît bien. Elle accompagne très souvent des mineurs. « J’ai été frappée par le témoignage d’un jeune qui me disait, ‘tous les jours c’est la même chose’, il était déprimé », dit-elle, « je lui ai alors conseillé de voir la toute petite chose différente dans sa journée par rapport à la précédente, et de la noter… 8 jours après, quand je suis revenue, le jeune m’a tout de suite interpellée : ‘c’est vrai ce que vous avez dit !' ».

« On ne fait pas entrer Dieu dans la cellule, il y est déjà ! », Bénédicte Billard

Aumônier, Bénédicte Billard le répète : « je crois profondément que nous, on ne fait pas entrer Dieu dans la cellule, parce qu’il y a est déjà, le Christ y est ! ». « Nous, on est le plus possible dans l’écoute de la personne », ajoute-t-elle, « il s’agit d’être à côté, non par de leur côté, nous ne sommes pas là pour  justifier les actes commis, mais nous sommes témoins qu’il y a quelqu’un qui est là, qu’on ne voit pas mais qui est présent ». Même si elle n’aime pas trop en parler car cela est personnel, Jamila Vaujour l’admet : « moi, j’ai une foi très forte ; Dieu était là dès le départ et il est partout dans ma vie, il transcende tout ce que j’ai pu faire ». Et elle conclut : « dans l’adversité, il est intéressant de réfléchir à la place de Dieu. Il n’est pas là que dans les bons moments », l’épreuve que nous traversons « permet de mener cette réflexion par rapport à son existence ».

Les invités de marie-Ange de Montesquieu :

La-force-d-aimerJamila Vaujour, par amour pour Michel Vaujour, l’ancien braqueur, elle a passé des années derrière les barreaux. Elle est juriste, s’est spécialisée dans l’édition d’ouvrages juridiques et publie « La force d’aimer » (XO Editions) un témoignage inédit et poignant sur le quotidien des femmes en prison

Vive-la-liberthetBerthet One, ancien détenu il a débuté la bande dessinée en prison et anime désormais des ateliers en maison d’arrêt. Sa dernière BD « L’Evasion – Tome 2 – Vive la Liberthet » (Boîte à bulles)

Dr Karine Jean, psychiatre des Hôpitaux Expert judiciaire près la Cour d’appel de Paris. Elle intervient à la maison d’arrêt de Fresnes depuis 2012

Bénédicte Billard, aumônier régional Ile de France intervenant en prison

 

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