le direct Musique sacrée

« En Quête de Sens » du 15 avril : « On a besoin de la crise pour accompagner une transition »

Le 15 avril 2019 : tout le monde se souvient ce qu’il faisait au moment où un incendie ravageait une partie la cathédrale Notre-Dame. Depuis la pandémie et la crise sanitaire ont frappé le monde. Comment ne pas sombrer quand Dieu semble silencieux dans l’épreuve ? Marie-Ange de Montesquieu pose la question au père Sylvain Gasser et à l’écrivain Laurent Gounelle.

Où ils étaient et ce qu’ils faisaient le 15 avril 2019 au soir, Laurent Gounelle et le père Sylvain Gasser s’en souviennent parfaitement. « J’étais en Bourgogne », raconte l’écrivain, qui dit avoir « presque cru à une blague ». « Cela dépassait l’entendement, des larmes se sont mises à couler, cela a été un traumatisme ». Le Père Sylvain Gasser, lui, se souvient qu’avec ses frères assomptionnistes, il était « entre sidération et fascination ». « J’avais peur que le beffroi nord s’effondre », dit-il, ce moment fut « une démonstration de la vulnérabilité de ces édifices et de notre propre vulnérabilité », ajoute-t-il.

Comment dieu peut-il permettre cela ?

Dès lors, il est utile de s’interroger, souligne le père Sylvain Gasser : qui suis-je quand je vois des mondes s’écrouler, des mondes disparaître ? A l’image d’Augustin qui, autrefois, vit Rome s’écrouler. « Cela n’a aucun sens, mais l’important pour nous c’est de tenir debout vaille que vaille, c’est cela qui honore notre part d’humanité », explique le Père Gasser. Laurent Gounelle constate de son côté qu’il y a souvent une part de déni par rapport aux choses qui nous semblent inacceptables. « On vit dans une époque où il y a une forme de déni de la mort », dit-il, « c’est pourtant notre acceptation de notre propre moralité qui nous permet de bien vivre ». Et l’écrivain appelle à se reconnecter à son intuition, cette « capacité d’accéder à une info autrement que par nos cinq sens ». Pour lui, « l’intuition démontre que nous ne sommes pas que de la matière », elle nous fait « sortir d’une vision purement matérialiste de la vie ». Il regrette : en cette période de pandémie, « on se tourne vers l’extérieur, et on ne parle pas du tout de notre intériorité… Les réponses que l’on cherche, on les trouve en nous ». L’écrivain constate que depuis 50 ans, « on est allé à fond dans l’individualisme, le matérialisme et la quête de plaisirs… Désormais, beaucoup se rendent compte de la vacuité de tout cela, cela ne rend pas heureux, il y a un grand vide… On a besoin de la crise pour accompagner une transition ».

« La plainte est aussi le refus d’une forme de déni », Laurent Gounelle

Dès lors, se plaindre contre les autres ou contre Dieu, est-il vraiment nécessaire ? Pour le Père Sylvain Gasser, nous sommes tous comme Job, « celui qui est hostile ». Dans le récit de Job, « le diable a oublié de lui enlever la parole, cette parole est à la fois une plainte, un blasphème », explique l’assomptionniste, « nous sommes face à un Job qui essaie de comprendre le sens profond de son humanité, mais il a la parole et c’est cela qui nous construit aujourd’hui : avoir les mots pour dire ». C’est donc sans aucun doute « le dialogue fécond » qui « permet tant bien que mal de passer le temps de l’épreuve, le temps du mal ». Evoquant l’incendie de Notre-Dame, le père Sylvain Gasser souligne : « on a l’impression que c’est notre foi qui s’effondre avec elle et que Dieu disparaît… Ma foi ne repose pas sur un faisceau de preuves mais sur un récit, l’histoire du Christ. C’est ce récit que je vais le mettre en lien avec le sens de ma propre vie ». C’est ce qui fait que chaque rencontre avec le Christ est unique. Concernant Notre-Dame, ce qui l’intéresse ce n’est pas de savoir comment l’incendie s’est déclenché, « ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment on va raconter Notre-Dame désormais ».

« Il faut laisser la parole surgir », Père Sylvain Gasser

Et le père Gasser de rappeler : « Dieu ne peut entrer en dialogue avec nous que si nous sommes totalement libres, Dieu réclame notre liberté ». Dès lors, il faut sans doute parfois « mourir à soi pour renaître », ajoute de son côté Laurent Gounelle », « se libérer de l’égo, du faux soi… Les crises nous amènent à réaliser que l’on est autre chose que notre petite personne ». Le Père Gasser, lui, estime qu’il est nécessaire d’accepter  « la complexité de nos situations ». Relation à soi, aux autres, à Dieu… « Tout est mêlé et c’est cet emmêlement qui me séduit », répète-t-il, « on a besoin de prendre en compte la complexité d’une question, pour mieux la comprendre et continuer à vivre ». Ce que je peux demander à Dieu ?, conclut frère assomptionniste. « Que dans le temps de l’épreuve, je ne sois pas seul ».


41frMewzPbL._SX258_BO1,204,203,200_Père Sylvain Gasser, prêtre assomptionniste, éditeur et musicologue il travaille depuis de plusieurs années aux Éditions Bayard et collabore aussi régulièrement à la presse religieuse et musicale. Il est l’auteur de « Job est comme ça » (Bayard)

IntuitioLaurent Gounelle, romancier français tous ses livres sont des best-sellers et expriment sa passion pour la philosophie, la psychologie et le développement personnel. Il publie « Intuitio » chez Calmann Levy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *