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Dominique Rizet, journaliste : « La justice doit réfléchir à se rapprocher du citoyen »

Faut-il juger les fous ? C’est la question soulevée dans le débat public depuis plusieurs semaines, alors que la cour de Cassation a rendu sa décision concernant l’irresponsabilité pénale dans l’Affaire Sarah Halimi. Dominique Rizet, spécialiste police-justice à BFMTV, nous éclaire sur cette question, dans Le Grand Témoin du jour.

L’actualité judiciaire est particulièrement chargée, marquée notamment par les débats autour de l’affaire Sarah Halimi devenue affaire Traoré. Après avoir reçu un avocat à la cour, une journaliste spécialiste de l’affaire Halimi, Louis Daufresne recevait aujourd’hui l’un des ténors du fait divers, Dominique Rizet, journaliste chez BFMTV. Avec lui, l’occasion de rappeler le principe de l’irresponsabilité pénale qui date de l’Antiquité et qui implique qu’on “ne juge pas les fous”. Si elles marquent l’opinion publique tant elles paraissent dénuées d’humanité, ces déclarations d’irresponsabilité sont finalement peu nombreuses dans les faits. En 2018, 326 ont été prononcées pour 20 166 décisions de renvoi devant des tribunaux et cour d’assises, selon Dominique Raimbourg, ancien président (PS) de la commission des lois à l’Assemblée et Philippe Houillon (LR) interrogés par l’AFP. La réaction de l’opinion publique a pourtant été telle, suite à la décision de la cour de cassation, que le garde des Sceaux a déclaré qu’il souhaitait modifier cette loi pour que l’on tienne compte de la prise volontaire de substances toxiques conduisant à l’abolition du discernement. 

Trois collèges d’expert différents

Une décision que salue Dominique Rizet, avec son regard de journaliste : “Il y a dans l’affaire Traoré, une particularité qui est la consommation de stupéfiants. Si on en tient compte, on tiendra peut-être compte un jour de la consommation d’alcool dans ce genre de crimes. Il faut vraiment y réfléchir, que chacun prenne ses responsabilités. La loi est quelque chose de perfectible et donc si elle est perfectible, il faut travailler là-dessus.” 

Dans l’affaire Traoré, Dominique Rizet explique que trois collèges d’experts se sont succédé pour déterminer l’état psychique de l’auteur du crime au moment des faits, avec des conclusions nuancées ou parfois différentes. Le premier collège, composé notamment du psychiatre de renom, Daniel Zagury, “a expliqué que l’état psychique de l’auteur trouve son origine dans sa consommation volontaire et répétée de drogues.  »Le fait de consommer de la drogue n’est pas une excuse, son cerveau fonctionne donc il est pénalement responsable », a-t-il été déclaré” Par ailleurs, le deuxième collège d’expert a jugé que la dégradation psychique de l’auteur “n’a rien à voir avec la drogue mais qu’il était au départ instable.” Le troisième collège a tiré une conclusion à mi-chemin, arguant qu’il était en proie à une bouffée délirante et a donc conclu à une irresponsabilité pénale. 

Faut-il juger les fous ?

Cette question du “faut-il juger les fous ?” avait été très médiatiquement soulignée à l’occasion de deux faits divers, rappelés par Dominique Rizet. Le premier a eu lieu en 1981, avec l’affaire du japonais cannibal, Issei Sagawa, qui tue une hollandaise et la découpe en morceau. “Son acte est tellement fou et insensé qu’il est reconnu irresponsable pénalement, confié à la psychiatrie. Arrivé au japon, quelques mois après il est remis en liberté”. En 2005, le “Drame de Pau” met à nouveau en lumière cette notion d’irresponsabilité pénale autour de la personne de Romain Dupuy, malade schizophrène qui tue une infirmière et une aide-soignante d’un hôpital psychiatrique. “C’est grâce à l’intervention du mari de l’une des victimes qui réclame un procès, que la notion d’altération du discernement sera inventée”. Si l’auteur a été reconnu irresponsable pénalement et qu’un non-lieu psychiatrique a été prononcé, “un morceau de procès” a tout de même été organisé, “ce qui a permis aux victimes de croiser le regard de celui qui a fait ça et de toucher des indemnités. Dans l’affaire Halimi, “ce que personne ne peut accepter c’est qu’il n’y même pas ce morceau de procès qui passe”. 

“La justice doit réfléchir à se rapprocher du citoyen »

Selon le journaliste, ces affaires qui soulèvent l’indignation générale doivent pousser la justice à se remettre en question : “La justice, c’est une institution qui doit réfléchir à se rapprocher du citoyen, de celui qu’elle juge. Le citoyen a le droit de poser des questions à la justice. Or, il y a des juges qui ne font pas leur boulot dans ce pays.” Et puis il y en a d’autres, qui abattent semble-t-il un travail “remarquable” dans l’ombre. C’est le cas, d’après Dominique Rizet, de la magistrate Sabine Kheris, en charge du dossier dans l’affaire Estelle Mouzin. “Je pense que là, on est tout près du but dans cette affaire”, affirme Dominique Rizet, “grâce aux aveux de Monique Olivier, obtenus par la juge. C’est une magistrate qui se tait, elle a été suffisamment rassurante pour obtenir ces confidences et donc c’est précieux.

 

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