le direct Musique sacrée

Dominique Reynié : « Jamais sur terre, il n’y a eu autant de croyances, paradoxalement »

Si la crise sanitaire a pu confirmer une grande attente du côté de la science, elle a aussi révélé une vérité, celle de la fragilité humaine et constitué un terreau fertile pour la naissance de nouvelles croyances. Invité d’Yves Delafoy, Dominique Reynié fait le point sur l’évolution du fait religieux contemporain. 

pray-2558490_1280“Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas”. André Malraux aurait-il été visionnaire en déclarant cette phrase devenue célèbre ? Il semblerait bien que oui à en lire le nouvel ouvrage de Dominique Reynié,  « Le XXIème siècle du christianisme » (Cerf). Le directeur de la Fondation pour l’innovation politique s’interroge sur l’évolution du fait religieux dans une société marquée par les crises, sanitaire, économique, scientifique ou religieuse. Dans ce contexte d’incertitudes, une chose est sûre, “le fait religieux est en train de se métamorphoser”, explique Dominique Reynié. Si le processus de désenchantement par les progrès de la science – celle-ci étant omniprésente en ce moment – les religions ne se sont jamais autant répandues dans la société qu’actuellement. “Le monde ne se désenchante pas, le religieux ne se retire pas, il est en réalité en expansion. Jamais sur terre, il n’y a eu autant de croyances, paradoxalement”. “On estime que 85% des humains adultes déclarent une affiliation à une religion”. 

« Le fait religieux est en train de se métamorphoser »

Dominique Reynié expose plusieurs arguments pour expliquer cette théorie. D’une part, “il est bien possible que nous ayons surestimé la pratique religieuse passée. Et d’autres part, de plus en plus d’expériences religieuses ne se manifestent pas dans des pratiques ritualisées ou visibles.” Ajouté à cela l’explosion démographique planétaire qui a logiquement un impact sur le nombre de croyants dans le monde. 

Cette évolution du fait religieux est marquée par une logique à plusieurs vitesses. Celle de la sécularisation d’une bonne partie de la population, liée à un enrichissement de ces pays : “Il y a des liens entre sécularisation et baisse de la natalité. On a observé que le sentiment religieux fleurit dans des sociétés économiquement fragiles à plus grande fertilité. Pour assurer la sécurité de la famille, les enfants se multiplient. Ce à quoi s’ajoute un niveau d’information difficile sur la procréation. Plus les sociétés s’enrichissent, moins elles font d’enfants et plus elles sortent d’une pratique traditionnelle de la religion.

Montée du repli communautaire

D’ailleurs à ce titre, le politologue relève une poussée de l’athéisme dans le monde musulman qui compte de nombreux pays émergents. Cet athéisme concerne 18% des musulmans sondés selon une enquête de la BBC et 30% des moins de trente ans. “Ceux qui se déclarent athées sont probablement inférieurs en nombre face à ceux qui le sont vraiment”, précise Dominique Reynié. De plus en plus de jeunes générations de nombreux pays musulmans apparaissent de moins en moins opposés à la distinction entre pouvoir et religion. Une autre étude du professeur algérien, Belkacem Mostefaoui, montre que deux tiers des femmes et hommes algériens considèrent qu’il faut séparer religion et politique. 

Mais d’autre part, cette montée de la sécularisation dans bien des sociétés est confrontée à une expansion du repli communautaire de certaines populations. Ce phénomène n’est pas sans lien, selon Dominique Reynié, avec la numérisation de la société “qui nous fait passer dans un espace commun universel”. Le communautarisme est vécu pour certains comme un “sas de protection de cette agitation planétaire”. 

Quant à la crise sanitaire, celle-ci a pu être propice au repli sur soi et au questionnement spirituel : “elle nous place tous devant une vérité qui est la fragilité de notre condition universelle bien que nous soyons tous très savants”. 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *