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Congrès Mission : « Mourir en chrétien, c’est d’abord vivre en chrétien »

Le Congrès Mission se poursuit jusqu’à dimanche soir. Direction l’église de Saint-Sulpice où se tenait, ce samedi 26 septembre, une table-ronde sur le thème : sommes-nous encore capables de mourir en chrétiens ? Compte-rendu.

Pour répondre à cette question, le psychanalyste et biologiste médical Jean-Guilhem Xerri, les philosphes Martin Steffens et Blandine Humbert.

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La question de la mort soulève d’abord celle de la souffrance

La mort, « c’est un lieu de dépersonnalisation », explique Blandine Humbert, « souffrance et mort nous apprennent la dépossession, l’abandon… Cela nécessite un effort intérieur et un effort de liberté ». Jean-Guilhem Xerri évoque quant à lui le témoignage d’une femme venant de perdre son mari et culpabilisant d’être triste, alors qu’elle est chrétienne. « Quand on est chrétien, on n’en est pas moins humain », rappelle  J-G. Xerri, « l’endeuillé doit faire l’expérience de l’absence et du manque ». Pour le psychanalyste, la colère, la tristesse et toute autre émotion ne sont pas les signes d’un manque de foi, au contraire, « il ne faut pas faire abstraction de ses émotions et de ses sentiments ». Blandine Humbert de rappeler que lorsque l’on regarde la Croix, « on voit souvent la Résurrection et on oublie la Passion ». « La sagesse de Dieu est folie pour les hommes », mais attention, ajoute-t-elle, pour autant, la foi n’est pas doloriste : « il faut accueillir ce qui nous est proposé… Quand une personne proche meurt, il faut être à ses côtés même si on ne sait pas ce qui se passe pour elle quand elle part, c’est là le mystère ».

20200926_100734Qu’est-ce que l’abandon ?

Jean-Guilhem Xerri rappelle que les Pères du désert ont été les pionniers de la vie monastique. Dans leur pratique, il y avait le souvenir de la mort. « Il s’agit de se servir de la contemplation de la mort comme notre propre souffle, c’est-à-dire de revenir à l’essentiel, à notre souffle de vie, à Celui qui nous donne la vie ». L’expérience de l’abandon, ajoute-t-il, « c’est s’imaginer immobile sur son lit de mort, c’est apprendre progressivement quelque chose de notre fragilité ».


« L’abandon ne se décrète pas mais s’apprend… Mourir, c’est s’abandonner à Celui qui donne la vie pour toujours »


Le Covid, qu’est-ce que cela a changé ?

Selon Blandine Humbert, la pandémie nous a fait vivre « une mort barbare coupée de ses proches ». « C’est une grande brutalité que la perte de son conjoint depuis plus de 55 ans, un proche que l’on a mis dans un housse et que l’on ne reverra jamais ». Pour la philosophe, ce temps nous a aussi fait réaliser « la puissance de la grâce via les sacrements ». Jean-Guilhem Xerri souligne : « la première séquence Covid nous a fait découvrir que l’absence de relations pouvait tuer… Il y a eu comme un étonnement nous renvoyant à notre vision strictement matérialiste, notre fantasme et notre illusion techno-scientifique ». Pour Martin Steffens, ne plus pouvoir rendre visite aux malades, c’est la fin du christianisme : « le christianisme, c’est la religion du visage, il faut donc accepter de souffrir du masque », explique-t-il. « Le christianisme est une sacralité du toucher, pas une sacralité de la contagion et là, on est en train d’inventer le contraire », s’inquiète-t-il. Pour Jean-Guilhem Xerri, il est nécessaire de se poser la question : « c’est quoi avoir une relation ajustée compte-tenu du contexte épidémique ? ».

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 Du sens du martyre

Le martyre se joue dans l’agonie, autour de trois axes, explique Blandine Humbert. Dabord, l’amour de soi : « suis-je capable d’être en paix avec tout ce que j’ai fait, suis-je capable de dire que je sjuis un cadeau ?« . Deuxième axe : l’amour de l’autre et des autres. « Au moment de sa mort, il faut rendre libre l’autre de soi pour qu’il puisse continuer de vivre ». Enfin, dernier axe : l’amour de Dieu, être capable de lui dire « me voici ». Martin Steffens souligne quant à lui le caractère lumineux du martyr. « Qui veut conserver la vie, la perd, donner, recevoir, rendre et faire circuler ».


« Le chrétien ne doit pas avoir peur d’être exposé »


Pour Jean-Guilhem Xerri, le martyre est avant tout une réponse à un appel, à « quelque chose de l’ordre de la radicalité ». La question est : « qu’est-ce que je suis prêt à laisser mourir en moi pour répondre de manière plus intense à l’appel de l’Evangile ? » Et le psychanalyste de conclure : « mourir en chrétien c’est d’abord s’efforcer de vivre en chrétien, cela veut dire vivre la Résurrection au rythme des saisons de la liturgie et des sacrements ».


Jean-Guilhem Xerri est psychanalyste et biologiste médical. Ancien interne des hôpitaux de Paris, diplômé de l’Institut Pasteur et de l’École supérieure de commerce de Paris, il a participé à diverses missions nationales sur la santé et l’exclusion. Il donne de nombreuses conférences et des retraites. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur le soin et la vie intérieure, dont « À quoi sert un chrétien ? » (Prix de l’humanisme chrétien, 2015), « Prenez soin de votre âme » (Prix de la littérature religieuse, 2019) et « Revivez de l’intérieur » (2019).

Martin Steffens, 43 ans, père de quatre enfants, enseigne la philosophie en khâgne à Strasbourg. Chroniqueur, auteur d’essais sur le consentement à l’existence (Petit traité de la joie, La vie en bleu, L’amour vrai…), il publie ces temps-ci Marcher la nuit. Textes de patience et de résistance (DDB) et Marie comme Dieu la conçoit (Cerf).

Blandine Humbert travaille à l’ICP (Institut Catholique de Paris) enseigne au Collège des Bernardins depuis 8 ans. Prochain MOOC des Bernardins en Avril 2021 « Vivre la mort ». 3 années au Centre d’éthique clinique de l’hôpital Cochin et a tenté de traduire sa pratique hospitalière dans sa thèse de philosophie soutenue en 2017 sur l’agonie.

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