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Commémoration : « le 13 novembre 2015, c’est toujours un moment difficile »

Les détonations au Stade de France en plein match contre l’Allemagne, les tirs sur les terrasses de cafés parisiens, la salle du Bataclan et ces personnes fuyant pour sauver leur vie : c’était il y a cinq ans, le vendredi 13 novembre 2015. Des attentats qui ont fait 130 morts. Comment les victimes et leurs proches ont-elles pu se reconstruire ? Témoignages.

Nous nous souvenons tous où nous nous trouvions il y a cinq ans, quand les attaques ont commencées. L’inquiétude, la peur, l’incompréhension se sont succédées et le premier réflexe était bien souvent de prendre des nouvelles de nos proches. Mais pour certains, le téléphone n’a cessé de sonner dans le vide ; pour d’autres il était éteint pendant qu’ils se cachaient en attendant les secours. Aujourd’hui, les survivants des attaques djihadistes du 13 novembre 2015 nous racontent comment ils se sont relevés après ce traumatisme.

Cinq ans après les attentats djihadistes du 13 novembre 2015, les survivants commémorent ensemble mais à distance.
Cinq ans après les attentats djihadistes du 13 novembre 2015, les survivants commémorent ensemble mais à distance.

Apprendre à revivre par l’écriture : « J’avais besoin d’évacuer tout ce que je ressentais »

Christophe Naudin, professeur d’histoire-géographie, se trouvait dans la fosse du Bataclan où il venait avec ses deux amis, David et Vincent, assister au concert du groupe Eagles of Death Metal.  » Quand l’attaque a eu lieu, nous avons été surpris, puis j’ai tout de suite perdu de vue mes amis. J’ai été poussé en avant dans la fosse, je suis resté quelques minutes coincé puis j’ai réussi à décoincer mon pied et à me cacher dans un espèce de cagibi à droite de la scène. Le temps a passé avec des moments plus ou moins compliqués et on a fini par être sorti par le Raid, peu de temps

"Journal d'un rescapé du Bataclan"
Cinq ans après les attentats du 13 novembre 2015, Christophe Naudin partage son parcours de rescapé, ses peurs, et sa colère afin d’apprendre à vivre avec son traumatisme.

avant l’assaut. Je suis resté deux grosses heures dans le cagibi » se rappelle-t-il. Au cours de cet attentat, il perdra son ami Vincent, tué par les islamistes.

Fin octobre, Christophe Naudin sort un témoignage intitulé « Journal d’un rescapé du Bataclan » aux éditions Libertalia. Dans ce livre, le professeur d’histoire y confie sa colère, ses cauchemars, ses inquiétudes. Il partage les images qui reviennent en boucle dans son esprit, et ses crises de panique. « Ce journal n’était pas destiné à être publié, c’est très intime et je pensais que ça n’allait intéresser personne. Je l’ai écrit pour moi. J’avais besoin d’évacuer tout ce que je ressentais notamment la colère vis-à-vis des récupérations politiques qui m’énervaient beaucoup. Ensuite je me suis rendu compte qu’en relisant mon journal, j’évoluais, et ça me faisait du bien de prendre du recul par rapport à ce que j’avais déjà écrit. » Pour surmonter le traumatisme lié à l’attentat, Christophe Naudin a également pu compter sur sa famille, son environnement professionnel et sa nouvelle compagne, « avec elle, j’ai pu redémarrer des projets, et apprendre à vivre avec ce qu’il s’était passé ». 

Avec la publication de « Journal d’un rescapé du Bataclan », le professeur d’histoire-géographie espère être « utile pour le public, mais aussi pour les historiens ». Il précise, « je pense que ce témoignage est une source parmi d’autres, et que c’est important, pour que des futurs historiens travaillent dessus ». 

Agir pour se reconstruire

Le 13 novembre 2015 et les jours qui ont suivis n’ont pas été uniquement difficiles pour les survivants. Thomas, 30 ans, le fils de Philippe Duperron a été mortellement blessé ce soir-là. « Nous ne savions pas du tout qu’il allait à ce concert », se souvient Philippe. Le matin avant le concert du groupe Eagles of Death Metal, Thomas poste sur les réseaux sociaux un message rempli de joie : « Trop content ! Soirée rock au Bataclan ! ». Lorsqu’il apprend qu’une attaque est en cours au Bataclan, Philippe Duperron est d’abord légèrement soulagé, « c’est au Bataclan, heureusement ce n’est pas à la Maroquinerie, parce que mon fils y travaille ». Puis, il voit le post de Thomas et cherche à le joindre sans réponse. Le lendemain, au petit matin, il se rend à Paris. Son fils a été transporté à l’hôpital. Il décédera quelques jours plus tard, le dimanche 15 novembre, en début d’après-midi.

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L’association vient en aide aux rescapés et proches de victimes sur des questions de prise en charge psychologique, indemnités ou encore questions judiciaires.

Depuis cinq ans, Philippe Duperron est à la tête de l’association 13onze15 : Fraternité et vérité, qui vient en aide aux rescapés et proches des victimes du 13 novembre 2015. Il explique que cela l’aide à vivre avec la mort de son fils : « il n’y a pas de règles uniques pour se reconstruire. Mais je suis convaincu qu’une des voies, c’est la voie de l’action ». Soutien aux victimes, aide dans l’obtention d’indemnités, ou encore dans un parcours judiciaire, l’association est présente sur tous les fronts. « Par l’action, on évite de s’enfermer dans la douleur », explique le père de Thomas.

Cependant, si son association lui permet d’avancer, la douleur n’en reste pas moins présente : « C’est un traumatisme dont on se remet plus au moins, une cicatrice qui est plus ou moins ravivée par des images, des sons, des souvenirs. On se sent toujours dans le même état d’esprit : quand on a perdu un enfant, on sent toujours l’absence qui pèse. Le 13 novembre, c’est toujours un moment difficile ». 

Un pas après l’autre, affronter ses peurs

Pour d’autres, retrouver une vie sociale normale reste aujourd’hui mission impossible. Fred Dewilde, illustrateur et auteur de bandes dessinées, et membre de l’association Life for Paris, était également dans la fosse lors du concert de Eagles of Death Metal au Bataclan. Si aucune des personnes qui l’accompagnait n’est décédée, Fred garde en tête ces scènes de terreur : « J’ai vu une jeune qui était allongée par terre, qui se faisait marcher dessus par ceux qui réussissaient à sortir. Je me suis retrouvé à ne pas pouvoir sortir avec mon gabarit, donc je me suis allongé à côté d’elle, à faire le mort. Je suis resté deux heures dans la fosse, dans le sang du gamin qui était à côté de moi et qui était décédé ». 

Dans une BD intitulée Mon Bataclan, Fred revient sur l'attentat du 13 novembre 2015, lors du concert de Eagles of Death Metal.
Dans une BD intitulée Mon Bataclan, Fred revient sur l’attentat du 13 novembre 2015, lors du concert de Eagles of Death Metal.

Fred Dewilde poursuit ses séances chez le psychologue, et cherche à s’exprimer par le dessin, la création de BDs ou de spectacles : « tous ces projets me donnent un futur. Quand je ne dessine pas pendant trois jours, je me sens mal parce que je n’exprime pas ce que j’ai à exprimer ». Malgré ses ambitions, l’illustrateur ne parvient pas à retrouver une vie sociale normale : « Sortir est douloureux, chaque fois c’est une sorte d’épreuve. Je ne prends plus les transports en commun, je me déplace qu’à vélo à cause de ça parce que c’est un niveau de stress important ». Impossible pour Fred de ne pas penser aux mêmes événements matin et soir, ce qui le fatigue émotionnellement et altère son rapport aux autres : « je vis avec l’idée que le dehors est un danger. Mais j’essaie de ne pas laisser la peur m’envahir, je fais pas mal de choses, même avec la boule au ventre, mais je ne veux pas que la peur me contrôle ». 

Une commémoration en comité restreint

Cinq années après les attentats du 13 novembre 2015, il sera impossible pour les rescapés et proches de victimes de se réunir lors d’une commémoration en raison de la crise sanitaire. Des conditions qui pèsent sur le moral des survivants :« Je me sens très mal parce qu’on ne peut pas être ensemble, et puis c’est aussi un vendredi 13. On ne pourra pas se réunir comme on le fait d’habitude. » explique Fred Dewilde. « Pour moi, les cinq ans c’était une date symbolique. Tout concordait pour que je puisse passer à une autre étape. Là c’est plus compliqué que je l’avais imaginé avec les conditions sanitaires », ajoute Christophe Naudin. La cérémonie rassemblera le Premier Ministre Jean Castex, accompagné de la maire de Paris Anne Hidalgo, du maire de Saint-Denis Mathieu Hanotin, ainsi que des deux présidents des associations Life for Paris et 13onze15: Fraternité et Vérité.

Aux circonstances anxiogènes liées au coronavirus, s’ajoutent la multiplication des attaques au couteau ces derniers jours et l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty du collège Conflans Sainte-Honorine sous couvert de revendications islamistes. « Ces actes ravivent la douleur. Cela nous oblige à prendre conscience que le mal est encore extrêmement vif. Nous sommes loin d’être venu à bout de ces attentats », conclut Philippe Duperron, président de 13onze15 Fraternité et Vérité.


Découvrez le témoignage de Fouad Hassoun, chef d’entreprise, conférencier, il a été à l’âge de 17 ans victime d’un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. Miraculé mais aveugle, il est l’auteur de « J’ai pardonné » (Mame).

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