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Cardinal Barbarin : « C’est une affaire qui marque et marquera toujours ma vie »

Huit mois après sa relaxe en appel de non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, le cardinal Barbarin témoigne.

Le cardinal Barbarin apporte sa vérité à celle relayée par les médias pendant son procès.
Le cardinal Barbarin apporte sa vérité à celle relayée par les médias pendant son procès.

C’est au micro de Louis Daufresne que le cardinal Barbarin revient sur  » l’affaire qui marque et marquera toujours sa vie », celle des affaires de pédophilie dans l’Eglise, incarnées par le père Preynat du diocèse de Lyon. Il sort un livre « En mon âme et conscience », dans lequel il raconte sa vérité par rapport à ce scandale.

« Je ne suis pas coupable de ce dont on m’a accusé »

Dans l’affaire du père Preynat, le cardinal Barbarin souhaite rappeler une chose : aux yeux de la justice française, représentée par la Cour d’Appel de Lyon, il n’est pas coupable. Fin janvier 2020, celle-ci avait assurée que le cardinal avait bien eu une « connaissance précise » du comportement de Bernard Preynat, mais avait relevé que, sur ce point, le délit de non-dénonciation était prescrit.

Cependant il reconnaît ne pas avoir réagi assez rapidement face à une situation aussi grave. « C’est vrai qu’il y a eu des hésitations, des erreurs. On sait maintenant comment il faut agir. Plusieurs fois, je me suis trouvé dans des cas analogues où j’ai agi avec une très grande force, une très grande clarté, mais devant des faits anciens, j’ai manqué d’énergie. Est-ce que c’est une erreur ? Oui c’est une erreur », admet-il.

Le religieux explique avoir écrit ce livre pour apporter ses éléments de témoignage loin du tumulte médiatique. Il raconte notamment la difficulté qu’il a eu à savoir comment réagir après les révélations du père Preynat. « J’ai frappé à différentes portes : à l’épiscopat français, à Rome etc et je n’ai jamais reçu de réponse claire, explique-t-il. Jusqu’au jour où une victime est venue et m’a parlé. J’ai dit « est-ce que vous acceptez de l’écrire ? » Il a écrit et je l’ai envoyé à Rome, j’ai fait ce que Rome m’a dit et puis c’est tout » 

Seulement, le cardinal a tardé à agir par rapport au prêtre Preynat. «  Les choses étaient claires : il avait un ministère qu’on terminerait deux ans plus tôt que prévu. Le successeur était déjà nommé. » argumente-t-il. Difficile à croire pour les victimes, lorsque celles-ci ont vu le père Preynat à la messe chrismale, quelques temps après s’être confiées au cardinal.

Des rapports compliqués avec le père Preynat

« Je ne l’ai pas protégé, assure le cardinal Barbarin, mais je ne l’ai pas expulsé de son ministère et les victimes pensent que j’aurais dû le faire dès que j’avais le moindre soupçon. »

Il raconte : « Tant que j’étais évêque de Lyon, je veillais à ce qu’un prêtre prenne soin du père Preynat, aille le voir parce qu’il reste un homme, un frère donc on doit faire attention à tous ces frères, surtout quand ils se sont mis dans des situations impossibles et extrêmement lourdes. Ce n’est justement pas une raison pour dire que du coup je laisse tomber ; au contraire il faut aider ceux qui souffrent. » 

Ce discours reste aujourd’hui difficile à comprendre pour la société française. La fraternité dont a fait preuve le cardinal à l’égard du père Preynat est assez peu concevable. Comment peut-on ne pas réagir directement face à des faits de pédophilie ? Ou du moins comment peut-on prendre autant de temps à agir ?

Il s’explique en se ramenant aux écritures. Dans la Bible, les hommes sont tous frères et sœurs, et le Seigneur souhaite qu’ils vivent ensemble. Mais le cardinal répète,  » les relations fraternelles sont difficiles » avant de conclure « aujourd’hui ce n’est plus ma charge [le père Preynat, rdlr]. »

Une avancée pour l’Eglise

« Je ne trouve pas scandaleux que je doive quitter mon poste, parce que symboliquement ça compte » admet le cardinal Barbarin, aujourd’hui enseignant au séminaire de Rennes.

« Le scandale était pire, horrible, beaucoup plus grave à l’intérieur de l’Eglise parce que on a l’impression que c’est une trahison supplémentaire. [Les prêtres pédophilies, ndlr] ont trahi Dieu alors qu’ils étaient chargés de donner sa parole, ils ont trahi des enfants horriblement blessés pendant dix, vingt et trente ans après ». Aujourd’hui, le dossier est sur la table et l’Eglise doit s’en emparer.

Le passage au tribunal du cardinal Barbarin dans l’affaire du père Preynat aura au moins permis d’évoquer la pédophilie dans l’Eglise, et de donner posément la parole aux victimes.

Les droits d’auteur reversés aux victimes

À la sortie de son livre « En mon âme et conscience », le cardinal Barbarin a été pointé du doigt, accusé par certains de se faire de l’argent sur le dos d’une affaire de pédophilie. Face à Louis Daufresne, il répète ce qu’il a déjà annoncé sur RTL : « Je ne touche rien du tout, je ne touche aucun droit d’auteur depuis que j’écris des livres. Tout ce que j’ai signé, c’est signé par mon diocèse et l’argent va au diocèse, donc ça ne me concerne pas (…) Il n’y a aucun bénéfice pour moi. »

Le diocèse de Lyon a décidé de reverser l’argent aux victimes selon l’AFP. « Ce que propose le cardinal, nous le ferons. Il nous semble normal que les droits d’auteur soient destinés aux victimes », a déclaré un porte-parole.

Les dons du livre seront reversés aux victimes.
Les dons du livre seront reversés aux victimes.

Commentaires

  1. « J’ai frappé à différentes portes : à l’épiscopat français, à Rome etc et je n’ai jamais reçu de réponse claire, explique-t-il… puis j’ai fait ce que Rome m’a dit et puis c’est tout »
    Que n’avait-il aussitôt l’idée élémentaire de répéter de ce qu’on lui avait appris à la police, à la justice ? Et ne pas rester dans l’entre-soi ecclésial. Simplement faire ça.

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