le direct Musique sacrée

Pourquoi l’Eglise est-elle une cible des islamistes ? Explications avec Benoît de Blanpré, directeur de l’AED

Près d’une semaine après l’attaque terroriste qui a fait trois morts dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption à Nice, Benoît de Blanpré, directeur de l’Aide à l’Eglise en détresse France, nous aide à y voir plus clair sur les menaces qui pèsent sur les catholiques en France.

121060567_10159493808164897_7017768151210204898_oComment l’AED a reçu cette nouvelle d’une attaque sur le sol français et qui plus est dans une église ?

Notre réaction première a été une immense tristesse et consternation devant ce nouveau drame effroyable qui vient toucher notre pays. Il y a un contraste immense entre la violence de l’acte et la nature du lieu qui est un lieu de pardon, de silence et de paix. 

Votre association a l’habitude d’intervenir sur des théâtres de conflits à l’étranger. Comment appréhendez-vous le fait que ces tensions puissent toucher la France et les catholiques français ?

Tous les jours nous sommes les témoins de situations dramatiques que vivent les chrétiens, ceux-là mêmes qui prennent au sérieux la parole du Christ qui dit “je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups”. Peut-être qu’en France, cela reste une parole qu’on entendait jusqu’à présent de loin. Tout d’un coup, elle vient percuter nos vies et vise à prendre au sérieux la parole du Christ. A l’AED, nous savons que ce ne sont pas des paroles en l’air. Nous savons que des gens dans de nombreux pays, risquent leur vie, sont opprimés par fidélité au Christ et nous en sommes incroyablement admiratifs. Depuis plusieurs années, plusieurs chrétiens (évêques, fidèles….) du Moyen-Orient, mais aussi d’Afrique, nous ont avertis : « attention, les attentats islamistes contre vous, chrétiens, vont aussi arriver chez vous ». Aujourd’hui, en effet, la question nous est posée à nous, catholiques français. Il faut désormais se demander comment nous allons y répondre. Lorsqu’on est au cœur de ce chaos, nous nous devons d’être des artisans de paix et d’espérance. Nous devons répondre à la violence par la paix et la prière.

Est-ce que que ces tragédies vont nous inciter à revoir notre rapport à la foi ?

Ce qui arrive nous engage. On s’aperçoit qu’être chrétien, ça peut être au risque de sa vie. Il y a des pays où le danger est partout, tous les jours. Nous n’en sommes évidemment pas là aujourd’hui en France. Ce drame nous touche parce qu’il est venu nous poser une question individuellement : est-ce que l’on aime le Christ au prix de notre vie ? Il faut se demander quelle réponse nous avons envie d’apporter à cela. La colère est forcément légitime mais qu’est-ce que je fais de cette colère ? Est-ce qu’elle me désarme ? Est-ce qu’elle vient renforcer ma prière ? La réponse à apporter ne doit être ni naïve ni la loi du talion. 


« Les chrétiens, parce qu’ils représentent l’éducation, la liberté, le dialogue, le soin aux autres, sont souvent critiqués, persécutés, opprimés »


Faut-il pour autant renoncer à la liberté d’expression dans le cadre des caricatures comme le préconisent certains évêques ?

Nous sommes bien placés à l’AED pour constater que, dans beaucoup de pays, cette liberté est bafouée et que c’est un drame. Evidemment, nous réaffirmons qu’il s’agit d’un droit fondamental et inaliénable. Mais au-delà de cela, il faut se demander comment chacun use de cette liberté qui lui est donnée. Chacun est invité à en user avec délicatesse et discernement. Etre libre ce n’est pas faire n’importe quoi. Cette liberté doit être mesurée en veillant toujours à respecter l’autre. A l’AED nous voyons en direct les répercutions qu’une simple phrase d’un politique peut avoir sur les chrétiens à l’autre bout de la planète. Aujourd’hui, avec internet, tout se sait dans les secondes qui suivent, nous devons donc être attentifs plus que jamais aux répercutions de nos paroles et de nos actions sur les autres.

Les chrétiens sont-ils plus que jamais une cible des terroristes islamistes ? Pourquoi ?

Oui les chrétiens sont une cible, même si ce n’est pas la seule cible des islamistes. Dans de très nombreux endroits, les chrétiens, parce qu’ils représentent l’éducation, la liberté, le dialogue, le soin aux autres, sont souvent critiqués, persécutés, opprimés pour tout ce qu’ils apportent. Ils sont aussi souvent attaqués lorsqu’ils sont minoritaires dans un pays, par ex au Pakistan, en Irak… Par conséquent, nous ne sommes pas naïfs quant à la situation des chrétiens dans le monde et on sait que l’islamisme est un ennemi violent des chrétiens. Parfois aussi les islamistes attaquent l’Eglise parce qu’elle représente l’Occident. Il y a une espèce de résumé très rapide. Brûler une église c’est montrer sa colère contre l’Occident.

Enfin, c’est aussi parce que le catholicisme s’engage sur les questions d’éducation et qu’il nous invite en permanence à la réflexion qu’il peut être une cible. Boko Haram au Sahel veut dire « l’éducation occidentale est un péché ». Il ne fait aucun doute que leur programme est donc d’éradiquer l’éducation.

Aujourd’hui, suite à ces attentats médiatisés, le fait de les dénoncer et d’oser nommer enfin explicitement l’ennemi, à savoir l’islamisme, est déjà une étape importante pour ensuite mieux l’affronter. Mais il reste encore beaucoup à faire.

 

Comment peut intervenir l’AED pour protéger ces chrétiens du monde menacés par l’islamisme ? 

L’AED intervient depuis de longues années sur le sujet, de manières très diverses. Quelques exemples : Au Sahel, nous soutenons les communautés qui viennent en aide aux victimes des attentats sur le plan physique comme psychologique, nous aidons au logement des personnes déplacées à cause des attentats… Dans d’autres pays d’Afrique, nous soutenons les commissions Justice et Paix qui œuvrent concrètement à la mise en place du dialogue sur le terrain pour désamorcer les conflits en amont, nous offrons des formations à des religieux sur le terrorisme pour mieux comprendre les problématiques et pouvoir protéger au mieux leurs paroissiens…

Nous menons aussi une mission d’information pour alerter de la situation dans le monde. Au Nigeria par exemple, voilà plus de 10 ans que nous ne cessons d’alerter sur ces attaques terroristes qui déciment les chrétiens. Nous soutenons aussi matériellement l’Eglise pour lui permettre d’agir et de rayonner et parce qu’elle apporte le Christ là où elle est en mission. Nous savons que les communautés religieuses tiennent des dispensaires, des écoles et participent à des œuvres de charité. L’Eglise a un rôle considérable auprès de chacun. Je rêve qu’on puisse un jour présenter à juste titre toutes ses œuvres de charité à travers le monde.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *