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Jacqueline Kelen : « notre lien à l’animal nous renseigne sur notre qualité d’humanité »

Dans toutes les religions du monde, les sages et les saints témoignent de leur tendresse à l’égard de toutes les bêtes. Quel est donc ce lien qui, depuis toujours, unit l’être humain à l’animal ? Dans « Le Grand Témoin », Louis Daufresne pose la question à l’écrivain Jacqueline Kelen.

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Au début du XXème siècle, le théologien protestant Albert Schweitzer a émis le postulat du respect du toute vie, tant sur sur le plan moral et spirituel. « Toutes et tous sont créatures de Dieu », rappelle Jacqueline Kelen qui a récemment publié un ouvrage intitulé « Les compagnons de sainteté » aux éditions du Cerf.

« La condition animale nous pose la question du respect de la vie, cela  nous rend humble », explique-t-elle, « cela nous interroge sur le comment peut-on protéger le plus et le mieux possible la vie ». Les grand saints et sages de l’humanité en témoignent : tout être vivant, dont l’animal, « est doué de sensibilité voire de conscience », souligne Jacqueline Kelen. Et d’évoquer Saint François d’Assise qui, l’hiver, « faisait porter du vin aux abeilles pour les fortifier ». « Il prenait le ver de terre sur le chemin pour le mettre de côté », raconte-t-elle, « pour éviter qu’il se dessèche au soleil ou se fasse écraser ». Mais il y a d’autres exemples, notamment chez les Soufi, mystiques musulmans. « Il est, chez eux, très souvent fait référence aux fourmis ». Et Jacqueline Kelen de conter l’histoire de Bayazid, grand soufi du IXème siècle. De retour du pèlerinage à la Mecque, il achète des graines pour les ramener chez lui. Arrivé à la maison, il aperçoit des petites fourmis dans ses graines. « Il est aussitôt reparti pour remettre les fourmis à leur place ».

« Cela veut dire que pour un être spirituel, il y a un ordre et aucune existence si menue, si modeste soit elle, n’est dénuée d’importance » – Jacqueline Kelen

Jacqueline Kelen le rappelle : « dans la Genèse, l’être humain vit en paix avec les animaux et aucun n’a peur de l’autre… Les animaux ne sont pas inoffensifs mais innocents, ce ne sont pas eux qui ont désobéi ou péché. Ils auraient pu rester dans l’Eden, mais par bonté et soutien, ils partagent le sort de l’être humain ». Elle souligne que dans l’épisode de l’Arche, « Noé a embarqué tous les animaux… Quand ils sort de l’Arche, Dieu passe une alliance avec l’homme et aussi avec tous les animaux ». Si l’écrivain reconnaît qu’il ne faut « pas tomber dans l’idolâtrie de l’animal », « un cœur ouvert n’a pas d’exclusive », ajoute-t-elle, « les personnes engagées dans la protection animale sont aussi touchées par le sort des personnes âgées ou les personnes handicapées, mais on n’a pas 36 vies, donc il faut choisir », ce pour quoi on s’engage.

Jacqueline Kelen donne d’autres exemples. Saint Colomban, venu évangéliser la Gaule au VIème siècle. « Il vit en ermite dans des domaines hantés pas des loups, des ours et des bêtes féroces… Ils s’apprivoisent », et un jour, Saint Colomban propose un pacte avec l’ours pour partager des baies : « comme ça il y a une part pour l’ours et une part pour moi ». Au XIXème siècle, cette fois, c’est Saint Séraphin de Sarov qui se lie d’amitié avec un ours : « il lui donne du pain alors que l’ours lui apporte du miel ». Au commencement, explique Jacqueline Kelen, « il y avait un lien d’harmonie et de concorde ». Dans la Bible, les animaux sont considérés comme « les plus petits d’entre nos frères ». « Pourquoi les êtres particulièrement sages et saints, ouverts de cœur, bons et charitables, ne limitent pas leur charité uniquement aux êtres humains ? », s’interroge l’écrivain. C’est là qu’est « l’arrogance de l’être humain », répond-elle, « nous pensons que nous avons l’exclusivité de l’amour de Dieu ».

« Le lien à l’animal nous renseigne sur notre qualité d’humanité », répète l’auteure des « Compagnons de sainteté », « tout être porteur de vie mérite au moins le respect, l’attention et pourquoi pas la tendresse ».


Le choix musical de Jacqueline Kelen

En 1964, lors du Festival d’Antibes, les grillons chantent à tue-tête, alors qu’Ella Fitzgerald est en plein concert. Elles les invite alors à chanter avec elle. « C’est magnifique ! », souligne Jacqueline Kelen.

[17:56  : « crickets on the left, crickets on the right… »]