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Avec le numérique, les cimetières trouvent un second souffle

La période de la Toussaint donne souvent l’occasion d’interroger les pratiques funéraires. Saturés, en manque de place, les cimetières « traditionnels » attirent moins. Et si la solution pour se recueillir résidait désormais dans le numérique ?

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Du jaune, du rose ou du orange. Comme chaque année à l’approche de la Toussaint, les cimetières se parent de touches de couleurs variées qui tranchent avec la grisaille de novembre. Nombreuses sont les familles qui viennent encore déposer sur les tombes un bouquet de chrysanthème, symbole d’immortalité et de longévité. Mais pour combien de temps encore ? Chaque année, c’est près de 200 000 tombes qui disparaissent, par abandon, manque d’entretien ou dégradation naturelle. Le cimetière comme on le connaît aujourd’hui avec sa physionomie de pierres tombales successives n’a que très peu changé. Hérité du XVIIIe siècle, époque durant laquelle on repousse les espaces mortuaires aux frontières urbaines par précaution sanitaire, le cimetière contemporain pourrait pourtant bien être repensé à mesure que la ville et les pratiques funéraires évoluent.

Des cimetières surchargés

D’une part les municipalités doivent répondre à une équation complexe : le nombre de morts augmente et le terrain ne peut s’étendre à l’infini. Résultat, les places disponibles se font de plus en plus rares et donc chères. Comptez par exemple 110 000 euros pour une place dans un cimetière à Hong-Kong, rendant la résidence des morts bientôt plus chère que celle des vivants. Réduisez tout de même la facture par dix en France. « Reste que pour beaucoup de familles cela reste encore trop onéreux, surtout dans les grandes villes comme Paris où la liste de contraintes liées à l’entretien s’allongent. Ce à quoi s’ajoute la question géographique : l’éloignement des familles de plus en plus courant ne facilite pas l’entretien des sépultures. Elles finissent donc par laisser ces tombes à l’abandon« , explique Jérôme Galichon, responsable Innovation chez Geneanet et fondateur de l’initiative « Sauvons nos tombes ».

Il n’y a pas que la pierre qui tombe en décrépitude. Les traditions religieuses aussi tendent à décliner. D’une part, la crémation, pratique interdite par l’Eglise jusqu’en 1963, gagne du terrain sur l’inhumation qui reste toutefois majoritaire. 38% des défunts sont aujourd’hui crématisés contre 62% inhumés. Aussi, entre 2008 et 2013, les cérémonies religieuses ont reculé de 5% en France selon une étude des Pompes funèbres générales. Ainsi l’étiolement du christianisme et l’extension de croyances agnostiques contribuent à changer le visage des cimetières qui tendent à perdre leur caractère sacré. Enfin, les sondages montrent une baisse de fréquentation des cimetières : ainsi 38% des 18-39 ans ne vont jamais dans les cimetières mais s’approprient la mort à leur façon.

De l’ancrage territorial à l’ancrage numérique

Aujourd’hui, la mémoire des disparus et leurs sépultures se réinventent. En France la question écologique envahit désormais le champ des obsèques. De plus en plus d’individus sont séduits par les funérailles écologiques. Ainsi a ville de Niort a accueilli dès 2014 le premier cimetière naturel de France dont l’objectif est de rendre « les défunts à la terre ». Ici ni pierre tombale ni plaques, que du vert. Sous la terre, les défunts ont été enterrés dans un cercueil ou une urne en matériaux biodégradable.

Mais c’est surtout le numérique qui pourrait offrir un salut aux cimetières sursaturés. Pionnier en la matière, les chinois sont, sans surprise, les premiers à avoir développé les premiers cimetières virtuels en 2016. Avec iVeneration.com, Anthony Yau a créé le tout premier service en ligne qui offre la possibilité de vénérer ses ancêtres et de prier sur leur stèle funéraire grâce à la réalité virtuelle. En France, cette solution insolite n’a pas encore fait son entrée.

« Sauvons nos tombes », une initiative proposée par Geneanet

En revanche, le site de généalogie Geneanet propose depuis 7 ans de faire perdurer la mémoire de nos ancêtres en photographiant leurs tombes avant qu’elles ne disparaissent. Il suffit de télécharger l’application « Sauvons nos tombes » sur iOS ou Android et de se rendre dans le cimetière de son choix puis de photographier la tombe entière. L’objectif est de recueillir le maximum d’informations sur l’identité de la personne décédée. Une fois les photos réalisées, il faut alors synchronisez les photos sur l’application ou sur le site en suivant la procédure suivante : (https://www.geneanet.org/cimetieres/howto/).

 

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Grâce à cette initiative, 3 millions de tombes désormais répertoriées sur le site pourront potentiellement être sauvées de la reprise de concession par la mairie, qui s’en octroie l’autorisation au bout de 30 ans, sauf renouvellement de contrat par les proches du défunt. « Parfois, c’est peut-être le seul moyen de retrouver un ancêtre« , s’accorde à dire Jérôme Galichon. Outre la fonction généalogique, cet espace de souvenirs peut aussi s’attribuer la fonction de mémorial funéraire. Un moyen d’éviter que ces personnes ne meurent une deuxième fois.