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La solitude, dernière marche avant le mal-logement

Alors que vient d’être rendu le 25e rapport sur l’état du mal-logement en France, la fondation Abbé Pierre pointe du doigt un des principaux facteurs du mal-logement : la solitude. Autopsie d’un problème de société.

 

A l’heure où j’écris ces lignes, 4 millions de personnes sont mal logées en France. Ce sont 4 millions de personnes qui n’ont pas de certitude d’avoir un toit sous lequel dormir ce soir. Certaines dormiront dehors, d’autres dans un hôtel, chez un tiers ou dans un abri de fortune. A ces chiffres s’ajoutent 12,1 millions d’individus dits « fragilisés » par rapport au logement, qui sont soit en situation d’impayés, de surpeuplement ou en précarité énergétique… Au total, ce sont donc 14 620 000 personnes en France qui sont concernées par le mal-logement d’après le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre.

 

21% de la population totale française mal-logée

Derrière cette donnée, autant de profils que de parcours variés se mélangent. Tous ont pourtant souvent en commun d’avoir connu la solitude ou l’isolement. Cette situation sociale est en pleine croissance au sein de notre société. En effet, 35% des ménages vivent ou ont déjà vécu seul à un moment donné de leur vie en France. Ruptures conjugales plus fréquentes, vieillissement de la population, report de l’engagement dans la vie d’adulte, sont autant de causes conjoncturelles qui cultivent la solitude. Serait-ce donc le nouveau mal du siècle ? Sans aller jusque là, le rapport prétend qu’il est l’une des causes principales du mal-logement, phénomène qui concerne au passage 21% de la population totale française (14 620 000 sur 67 000 000). L’enquête Logement de l’Insee montrait en 2013 que les ménages unipersonnels sont relativement plus touchés par le mal-logement que la moyenne. Pourquoi ?

Un cercle vicieux

La première lecture de ce rapport donne tout d’abord le sentiment que mal-logement et solitude font partie d’un cercle vicieux et s’entraînent mutuellement. Le fait d’être seul pour assumer les injonctions quotidiennes ajoutent une difficulté financière supplémentaire et une baisse du niveau de vie. Cette précarité entraîne un nouvel isolement, social, pour plusieurs raisons. D’une part, la personne seule ayant peu de moyens consacre une part plus importante de son temps, de ses revenus et donc de son énergie à la question du logement, laissant peu de place à des activités tierces, dites de loisirs, et donc aux relations sociales. « Les personnes à bas revenus doivent arbitrer en permanence entre le financement d’activités favorisant leur vie sociale et la gestion des dépenses contraintes« , peut-on lire dans le rapport.

La question du logement pour les personnes les plus précaires ne peut par ailleurs se poser sans celle de la mobilité. Ces individus se sont retranchés dans des zones habitables plus abordables. Mais c’est parce qu’ils sont isolés qu’ils ont d’autant plus besoin de moyens de transports, un élément à rajouter sur la note finale des dépenses. D’ailleurs, qui dit nécessité de se loger, dit nécessité de travailler et donc de pouvoir se déplacer. Or, dans bien des cas, le coût d’une voiture, si vitale soit-elle, est trop conséquent par rapport aux gains d’un travail. La journaliste Florence Aubenas illustre très bien ce paradoxe dans Le Quai de Ouistreham, dont le quotidien dépend de l’état de son très vieux véhicule qu’elle appelle le « tracteur ». 

Plus de femmes que d’hommes

Qui sont ces mal-logés en France, cette partie de la population, silencieuse et tapie devant notre porte ? Elle est davantage féminine. Les femmes sont en effet, plus représentées parmi les personnes seules (20% de l’ensemble des ménages contre 15% d’hommes seuls) et sont d’ailleurs plus exposées à la précarité. Ainsi suite à un divorce, 20% des femmes basculent dans la pauvreté contre 8% des hommes. La vulnérabilité physique (vieillesse, handicap, maladie) est également un facteur d’isolement, non seulement social mais aussi administratif. Comme l’indique le rapport « ces personnes sont moins susceptibles d’être informées sur les droits auxquels elles ont accès par leur entourage ». Ce manque d’entraide et d’accompagnement est une donnée partagée par la population migrante qui fait aussi partie de ces naufragés du logement.

Des actions institutionnelles encore insuffisantes

Quant aux réponses institutionnelles, celles-ci semblent encore loin d’apporter les réponses escomptées. Pire, il semblerait que dans certains aspects, elles renforcent l’isolement. En effet, le pays est face à une pénurie de logements dû entre autres à l’évolution démographique et à l’émergence d’un nouveau public de « petits ménages ». En clair, il y a de plus en plus de personnes seules face à un parc locatif qui ne s’étend pas. Des collectivités locales n’ont pas attendu de grandes mesures à l’échelle nationale pour agir. C’est le cas de la Direction départementale des territoires du Calvados qui accordent des bonus de subventions pour des prêts locatifs réservés aux personnes en situation de grande précarité. Même chose dans la ville de Dunkerque qui incite les bailleurs à introduire un quota de T2 dans chaque programme immobilier. Enfin, d’autres initiatives plus ponctuelles mais tout aussi efficaces permettent de pallier le manque d’interventions institutionnelles. Des associations voient régulièrement le jour et proposent d’aller au contact des personnes isolées ou en difficulté. C’est le cas par exemple du Centre de Ressources Itinérant autour du Logement qui propose en Ardèche un service itinérant en direction des personnes défavorisées et en rupture sociale notamment en milieu rural.

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