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« Ce prix Nobel de la paix va aux 697 millions de personnes qui souffrent de la faim »

Avec un prix Nobel de la paix décerné vendredi 9 octobre au Programme alimentaire mondial (PAM) de l’ONU, la lutte contre la faim dans le monde a été récompensée alors même que les victimes de ce fléau ne cessent d’affluer depuis le début de la Covid-19.

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C’est la 12e fois que le prix Nobel de la paix consacre l’ONU. Cette fois, la récompense revient précisément au Programme alimentaire mondial (PAM), l’organisme d’aide alimentaire de l’ONU créé en 1961 qui œuvre depuis cette date contre la faim dans le monde en distribuant une assistance alimentaire à des personnes, dont les vies sont bousculées par l’instabilité, l’insécurité et les conflits. Ce sont près de 690 millions de personnes – une sur 11 – qui se trouvent aujourd’hui dans cette situation. Une situation aggravée par les chocs climatiques, les pressions économiques et désormais la pandémie de la Covid-19.  « Ce genre de crise vient souvent accroître des difficultés déjà existantes et pourraient donc faire basculer des personnes qui étaient sur le fil », confie Tiphaine Walton, Responsable communication et plaidoyer du bureau de Paris, à Radio Notre Dame. 

 

Une situation aggravée par la pandémie

 

L’attribution du prix Nobel au PAM permet donc de braquer les projecteurs sur un organisme intégralement financé par des contributions volontaires, principalement d’États membres (à hauteur de 90%) et qui doit toutefois de plus en plus faire face, outre la persistance des conflits, aux replis nationalistes : « Le besoin de solidarité internationale et de coopération multilatérale est plus évident que jamais », a indiqué la présidente du comité Nobel, Berit Reiss-Andersen.

Ce prix a donc le goût d’une “reconnaissance encourageante et émouvante” comme le souligne le communiqué officiel du PAM, qui invite à suivre « un appel à l’action », selon son directeur exécutif, David Beasley, interrogé par l’AFP. A l’annonce de cette nouvelle, beaucoup d’émotion au sein de l’équipe France du Programme alimentaire mondial et surtout une pensée au travail des « collègues de terrain », les travailleurs humanitaires qui œuvrent malgré les conditions difficiles, particulièrement au Yemen ou encore au Nigeria. « On a été très ému », avoue Tiphaine Walton qui ajoute : « Ce prix va au 697 millions de personnes qui souffrent de la faim ». 


« Les chiffres de l’insécurité alimentaire baissaient depuis le début du siècle et ils remontent depuis quelques années en raison des conflits qui font rage dans plusieurs zones du monde »


Outre la récompense financière (8 millions de couronnes suédoises à se partager entre lauréats de chaque catégorie du prix Nobel), le prix Nobel pourrait offrir au Programme alimentaire mondial une nouvelle notoriété : « Nous espérons que ce prix va remobiliser l’opinion publique et nous apporter une politique publique accrue », fait remarquer Tiphaine Walton. Car si les gouvernements, qui représentent les principaux bailleurs de ce programme, ont répondu présents au début de la pandémie, tout reste encore à construire, notamment en terme de moyens financiers et de protection des travailleurs humanitaires : « Récemment une barge chargée de vivres au soudan du sud a été attaquée », précise Tiphaine Walton. 

 

Le lien entre guerres et faim dans le monde

 

Le programme onusien qui assure avoir distribué 15 milliards de rations n’a en effet jamais été autant sollicité. Son objectif d’éradiquer la faim d’ici à 2030 semble encore bien loin d’être atteint, et ce, tout pendant que des conflits éclateront aux quatre coins du monde. « Les chiffres de l’insécurité alimentaire baissaient depuis le début du siècle et ils remontent depuis quelques années en raison des conflits qui font rage dans plusieurs zones du monde », affirme Tiphaine Walton. 

“Là où il y a conflit, il y a faim. Et là où il y a la faim, il y a souvent conflit”, détaille David Beasley. Si le programme intervient en premier lieu pour nourrir les populations affamées, elle mène un travail de fond en étroite collaboration avec des gouvernements, des organisations et des partenaires du secteur privé pour assainir plus globalement le contexte socio-économique dans ces pays marqués par la faim. “Tant qu’il y aura la faim, nous n’aurons jamais un monde en paix”, l’un ne va pas sans l’autre.

C’est donc un chantier d’envergure entamé par le PAM qui ne se cantonne plus seulement à l’aide d’urgence depuis quelques années : « On est en train de passer d’un paradigme d’une aide ponctuelle en réponse à un besoin à des programmes de développement parce que la sécurité alimentaire peut être un facteur de cohésion sociale et de stabilité pour favoriser la paix ». C’est donc sur des thématiques aussi variées que l’emploi, l’éducation, la protection sociale, la scolarisation des filles, le financement des routes ou encore le soutien aux petits agriculteurs que le PAM se mobilise. « Nous ne sommes pas qu’une agence qui distribue des sacs de riz », résume Tiphaine Walton qui déplore que la cause de la lutte contre la faim soit aujourd’hui tombée en désuétude dans le cœur d’une majorité d’Occidentaux. « Il semble qu’elle incarne un problème immuable avec des conflits qui durent depuis si longtemps, qu’on ne pourrait pas les résoudre. » Pourtant, on apprend dans le même temps que de simples petits gestes peuvent tout de même faire avancer la cause : 40 centimes d’euros par jour « suffisent » par exemple à nourrir un enfant… 

 

Pour aider le Programme d’aide alimentaire mondial, vous pouvez vous rendre sur son site.

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