le direct Musique sacrée

La crise des toilettes : un enjeu de santé publique mondial

En cette Journée mondiale des toilettes, la question de l’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène n’a jamais été autant d’actualité qu’avec la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, 6 personnes sur 10 dans le monde n’ont pas accès à des sanitaires salubres.

dav

En 2013, les Nations Unies ont créé la Journée mondiale des toilettes. Si la formule semble triviale, l’initiative n’en est pas moins sérieuse. Depuis sept ans, ce 19 novembre est l’occasion de rappeler que l’accès à des sanitaires est loin d’être un acquis pour tout le monde alors qu’il s’agit pourtant d’un droit fondamental. D’année en année, les chiffres demeurent alarmants : 4,6 milliards de personnes n’ont pas accès à des systèmes d’assainissement salubres, ce qui représente plus de la moitié de la population, d’après les données de l’organisme humanitaire Vision du Monde. A titre de comparaison, 55% d’êtres humains sont aujourd’hui reliés à internet.

800 enfants de moins de 5 ans qui meurent chaque jour de maladies liées à l’eau

« Nous souhaitons rappeler que les toilettes sauvent des vies, et qu’il s’agit d’une question de dignité humaine et de développement », lance Camille Romain des Boscs, Directrice générale de Vision du Monde. Aussi, on compte chaque jour 800 enfants de moins de 5 ans qui meurent de maladies liées à l’eau. « Et faute de toilettes et parce qu’elles vivent dans des conditions précaires, 700 millions de personnes sont encore contraintes de pratiquer la défécation à l’air libre », poursuit Camille Romain des Boscs.

Ces chiffres révèlent ainsi l’ampleur de la crise de l’assainissement dans le monde et permettent de prendre conscience que les toilettes ne sont pas seulement de vulgaires toilettes. Elles sont « un moyen de sauver des vies, protéger la dignité humaine », rappelle l’association Solidarités International. En effet, on estime qu’un assainissement inadéquat est responsable de 432 000 décès dus à la diarrhée chaque année et est un facteur majeur de maladies telles que les vers intestinaux, le trachome et la schistosomiase.

Migrants, SDF, marginaux sont les plus touchés

Les 80 millions de personnes réfugiées et déplacées dans le monde sont parmi les personnes les plus souvent touchées par cette crise de l’assainissement. Les femmes et les jeunes filles, dont les besoins en matière d’hygiène menstruelle ne sont pas toujours respectées, sont aussi particulièrement exposées.

En France, la situation n’est pas forcément très reluisante. Bien que le gouvernement se soit doté d’une nouvelle « Stratégie internationale de la France pour l’eau et l’assainissement (2020-2030), 1,4 million de personnes ne bénéficient toujours pas d’un accès à une eau saine en France d’après l’organisation « Coalition Eau« . A ce titre, la crise du Covid-19 a été un puissant révélateur. « Nous avons tous en tête les gestes barrières pour se protéger du Coronavirus. Mais comment se laver les mains lorsqu’on n’a pas d’eau ni même de savon ? Comment vivre dans un environnement sain et respecter les bonnes pratiques d’hygiène lorsqu’on n’a pas de toilettes ? », s’interroge Camille Romain des Boscs.

Etat des lieux en France : peut mieux faire

Pendant le premier confinement, le Collectif des associations unies a tiré la sonnette d’alarme sur un accès à l’hygiène, indispensable face au virus, compromis pour une partie de la population. Un rapport sur les « Oubliés du confinement » a révélé que de nombreux bains-douches ou toilettes publiques ont été fermés et les lieux d’habitat précaire, comme les squats et les bidonvilles avaient un accès à l’eau très inégal. Par exemple à Marseille, 5 sites de squat ou bidonville n’étaient pas raccordés à l’eau en avril dernier, mettant en difficulté plus d’une centaine de personnes.
A Paris, la sale réputation des toilettes publiques n’a pas tellement évolué. Selon le site toilettesaparis.com, on compte 644 toilettes sur 105 kilomètres carrés pour 2,2 millions d’habitants, soit 0,03 toilette publique pour cent habitants, avec de grandes disparités selon les arrondissements.

« Il reste encore beaucoup à faire pour l’assainissement. L’accès à l’eau est quelque chose de technique. Mais quand vous parlez de l’hygiène et de l’assainissement, c’est une question de comportement. Les changements de comportements des communautés sont des projets à long terme. Pour un changement durable nous devons travailler jusqu’à 10 à 15 ans« , analyse Camille Romain des Boscs. De nombreuses associations telles que Vision du Monde interviennent sur le terrain pour sensibiliser aux bonnes pratiques d’hygiène et accompagner des changements de comportements, et mettent en place des moyens supplémentaires. Plus de 70 000 stations publiques de lavage des mains ont été rendues disponibles et plus de 30 000 installations d’accès à l’eau pour l’assainissement et l’hygiène ont été construites ou réhabilitées face à la pandémie COVID-19 dans le monde, indique l’association.

Des risques accrus avec le changement climatique

Si la question de l’accès aux toilettes semble lointaine pour les populations les plus favorisées, elle reste un enjeu de santé publique qui nous concerne tous. En effet, avec la perspective de changement climatique qui oblige à des déplacements de populations et les catastrophes naturelles qui entraînent aussi la contamination des eaux potables, la crise de l’assainissement risque de s’intensifier à l’avenir.

 

 

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *