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Explosion à Beyrouth il y a plus d’un mois : « C’est la société civile qui s’est mobilisée »

Militant écologiste depuis 30 ans, le Libanais Ziad Abi Chaker dirige l’entreprise Cedar Environmental. Quelques jours après l’explosion du port de Beyrtouh, il a mis en place un système de récupération et de recyclage du verre brisé. Témoignage.

Le 4 août 2020, Ziad Abi Chaker était dans son studio, situé à 1000 mètres à vol d’oiseau de l’aéroport de Beyrouth, au sud de la ville. « Lorsque j’ai entendu la première petite explosion, j’ai pensé que c’était un tremblement de terre », raconte-t-il, « la seconde a été comme un choc. Mais je fais partie des chanceux, car le building juste devant chez moi a agi comme un bouclier ». Comme beaucoup, Ziad Abi Chaker a alors cru qu’il s’agissait d’un attentat. « Avec les réseaux sociaux, en 2-3 minutes, nous avons su que cela venait du port », témoigne-t-il. « Je suis tout de suite descendu dans la rue, pour venir en aide aux blessés et inspecter les dégâts, c’est comme si une pluie de verre était tombée ».


« La première explosion, j’ai pensé que c’était un tremblement de terre »


Il n’en faut pas plus pour ce militant écologiste depuis 30 ans, à la tête de l’entreprise Cedar Environmental, pour imaginer comment recycler rapidement tout ce verre. Il a fallu quelques jours pour s’organiser. « J’ai pris contact avec des usines de Tripoli encore en fonctionement », explique-t-il, « et je leur ai envoyé des échantillons pour voir ce qui était faisable… Le verre mêlé aux débris n’étant pas recyclable, on a demandé aux résidents de récupérer le verre tombé à l’intérieur des appartements, maisons et des bureaux pour les mettre dans des sacs ». Ziad Abi Chaker utilise alors les réseaux sociaux pour organiser des tournées de camionnettes et faire ramasser les sacs par des volontaires venus de tout le Liban. Sur 5000 tonnes de verre brisé, ce sont ainsi 68 tonnes qui ont pu être recyclés en carafes, bocaux et autres, en partenariat avec des souffleurs du sud du pays. « Nous avons évité de remplir les décharges municipales ce qui a un moindre impact sur l’environnement », dit-il, « et en plus nous avons relancé l’activité économique pour deux usines de Tripoli, la cité la plus pauvre du Liban ».


68 tonnes recyclés en partenariat avec des souffleurs du sud du pays



Une classe politique « corrompue, incompétente et ignorante »


« Si nombre de Libanais sont sensibilisés à la question écologique et au recyclage, le gouvernement et les politiciens bloquent », souligne Ziad Abi Chaker. Dons, aide médicale, aide alimentaire, eau… « C’est la société civile qui s’est mobilisée en 24 heures dans un effort incroyable et un déploiement rapide, avec de petits moyens », constate-t-il, « on n’a même pas vu les membres de la municipalité de Beyrouth dans les rues ! ». Comme beaucoup de Libanais, Ziad Abi Chaker dénonce une classe politique « corrompue, incompétente et ignorante ». « Notre système d’élection est en déficit », dit-il, « il faut réinventer, recréer notre classe politique ». Le directeur de Cedar Environmental y croit : « le turn over se fera en quelques années, car nous sommes un  pays riche, avec une population très éduquée et très spécialisée, avec un réel dynamisme… Nous n’avons pas besoin de Prix Nobel d’économie ». Quant à la jeunesse, il dit comprendre l’aspiration de certains à quitter le pays du Cèdre : « c’est difficile de rester, il faut être très engagé et très millitant », conclut Ziad Abi Chaker, « on demande juste un minimum de vie décente, pas un eldorado à l’américaine, ni un capitalisme à outrance ».