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Valéry Giscard d’Estaing, un chrétien discret

L’ancien président de la République décédé le 2 décembre dernier à l’âge de 94 ans entretenait une relation détachée avec la religion catholique, sans toutefois y renoncer totalement.

Former French president Valery Giscard d'Estaing leaves the Cathedral of Clermont-Ferrand, central France, after Edouard Michelin's funeral on May 31, 2006. Photo by Vincent Dargent/ABACAPRESS.COM Giscard d'Estaing Valery Michelin Edouard Eglise Chapelle Basilique Cathedrale Church Obseques Enterrement Funerailles Funeral Religion Religion Auvergne Clermont-Ferrand France Frankreich | 98963_07
Photo by Vincent Dargent/ABACAPRESS.COM

C’est à Authon, une petite commune du Loir-et-Cher, que le troisième président de la Cinquième République a été inhumé samedi 5 décembre. La cérémonie religieuse s’est tenue dans la plus stricte intimité, restrictions sanitaires obligent et conformément aux souhaits du défunt. Dès le lendemain, les badauds étaient déjà plus nombreux pour se recueillir sur sa tombe, dans un coin de bois privé attenant au cimetière d’Authon, comme nous le rapportent nos confrères de La Nouvelle République. Derrière un parterre de compositions florales et de feuilles mortes, la stèle funéraire se tient droite. On peut y lire l’inscription latine suivante : « In te domine speravi non confundar in aeternum » que l’on peut traduire par : « En vous, Seigneur, j’ai mis mon espérance: je ne serai pas confondu à jamais« . Jusque dans sa dernière demeure, Valéry Giscard d’Estaing a ainsi souligné avec discrétion son attachement à la religion, celle de sa famille.

Une éducation catholique classique

VGE grandit en effet dans une famille catholique des plus classiques. D’abord son père, Edmond Giscard d’Estaing, est adhérent des Croix-de-Feu, un mouvement d’inspiration nationaliste et catholique fondé par le colonel de La Rocque. Giscard dit d’ailleurs de lui qu’il a été “influencé par Maurras”. Quant à sa mère, May Bardoux, celle-ci adhère davantage aux idées gaullistes. Le futur président de la République n’échappe donc pas à une éducation catholique traditionnelle : baptisé à Saint-Amant-Tallende en Auvergne, scout dans son enfance puis étudiant du cours Gerson, un externat catholique d’où il suit les cours du lycée Janson-de-Sailly.

Une fois adulte, « Valéry Giscard d’Estaing continue de pratiquer, cela fait partie de son éducation, de sa culture et il y restera attaché”, explique Marc Tronchot, auteur de Les Présidents face à Dieu: De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande. Il est d’ailleurs régulièrement aperçu aux messes de Saint-Honoré d’Eylau dans le 16e arrondissement où se situait sa résidence parisienne, et communie dans ses différents lieux de villégiatures.

Une pratique scénarisée : un enjeu électoral

A une époque – les années 1960 – 1970 – où 85% des Français sont catholiques, la présence de Giscard à l’église n’est pas qu’une question de convictions personnelles. VGE participe d’une forme de scénarisation de sa pratique religieuse, comme le fait remarquer Marc Tronchot dans son livre : “Il est de bon ton de s’afficher à la messe, de participer à la quête, d’y accompagner l’épouse, de suivre le rituel d’une majorité de la population. L’Église fait partie de ces lieux qui favorisent la reconnaissance. Elle n’est pas sans incidence sur les choix électoraux. Valéry Giscard d’Estaing est de ceux dont la foi s’accorde naturellement à l’ambition.

S’il soigne sa “respectabilité spirituelle”, Giscard se met pourtant à dos une partie de l’électorat catholique avec l’adoption de la loi Veil dépénalisant l’avortement en France en 1975. A commencer par le plus haut sommet de l’Eglise : le Vatican. Les relations avec l’Etat français sont alors des plus glaciales. Le président tente de désamorcer la crise en se rendant à Rome auprès de Paul VI en décembre 1975. Les journaux de l’époque rapportent un entretien de 55 minutes “très cordial” dans lequel le chef de l’Etat plaide en faveur du texte législatif : “Nous sommes une société civile dans laquelle il y a des croyants. Vous édictez des règles pour les croyants que je respecte. Mais pour les non-croyants, cette société civile avait par le passé voté des lois à l’origine de grandes inégalités et de grandes détresses qui n’étaient plus acceptables et qui n’étaient plus acceptées. Je ne les ai d’ailleurs pas convaincus”, rapporte-t-il. Paul VI n’aurait, quant à lui, pas caché son amertume face à l’adoption de cette loi, craignant que l’Italie n’en prenne le chemin à son tour. 

La rupture de la loi sur l’IVG

L’adoption de la loi Veil reflète l’état d’esprit dans lequel se trouve le 3e président de la 5e république, partagé entre ses convictions personnelles et l’intérêt général. Il déclare à ce propos : “Je suis catholique à titre personnel mais, en tant que président de la République, je tiens compte de la majorité des Français”. La personnalité nuancée de Giscard se retrouve aussi dans cette dualité entre culture scientifique et culture chrétienne. Ce polytechnicien à l’esprit rationnel, disciple de Saint-Thomas, est aussi conscient des limites de la science : “Il y a des cycles que nous ne connaissons pas, que nous identifions mal et qui peuvent avoir de l’influence sur nous”, souligne l’ancien président dans son livre intitulé Entretien. 

Pour Mgr Rougé, évêque de Nanterre ancien aumônier des parlementaires qui a côtoyé l’ancien président, sa foi ne faisait cependant aucun doute : “Lorsque l’on parle avec Giscard, il a cette intelligence extrêmement brillante de polytechnicien qui est sans arrêt en train de reconstruire le monde, l’histoire, la vie, sous forme d’équations qui s’emboîtent avec une agilité et un brio extraordinaires.” “Ce dont je peux simplement témoigner, c’est que le Christ, le Nouveau Testament, l’Eglise catholique, c’est important pour lui, c’est sa famille”, a-t-il déclaré dans le livre de Marc Tronchot : Les Présidents face à Dieu: De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande. 

 

Pour aller plus loinLes Présidents face à Dieu: De Gaulle, Pompidou, Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Marc Tronchot (éditions Calmann-Lévy)