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Lille : le ministère de la Culture refuse le classement de la chapelle Saint-Joseph, vouée à démolition

Lille, ville étudiante par excellence, va voir l’un de ses campus s’agrandir. Il s’agit de celui appartenant au groupe Junia (ex-Yncréa) qui regroupe trois grandes écoles d’ingénieur, HEI, ISEN et ISA.  Problème, ce projet inclut la destruction de la chapelle Saint-Joseph situé derrière l’ISEN. Les associations de patrimoine montent au créneau et chacun défend sa cause.

Au niveau du boulevard Vauban à Lille (59), plusieurs écoles d’ingénieur sont réunies autour de l’Université catholique. Il y a l’ISA d’un côté pour les ingénieurs agricoles, agroalimentaires et environnementaux, l’HEI de l’autre côté pour les ingénieurs dits généralistes et enfin l’ISEN qui forme les ingénieurs du numérique. Toutes les trois font partie du groupe Junia (ex-Yncréa) et entendent bénéficier de l’agrandissement du campus étudiant afin d’avoir une serre, des laboratoires, des démonstrateurs et plus de place pour les masters. Cependant, cela risque de se faire aux dépens de la chapelle Saint-Joseph.

La chapelle Saint-Joseph se situe juste derrière l'ISEN, l'école des ingénieurs du numérique.
La chapelle Saint-Joseph se situe juste derrière l’ISEN, l’école des ingénieurs du numérique.

Le campus du futur signé Junia

« Aujourd’hui l’ensemble Junia regroupe les trois écoles d’ingénieurs, ainsi que des structures de recherche et de formation continue. Tout cela est réparti sur 12 bâtiments dispersés dans le quartier Vauban. La volonté de Junia est de constituer un campus qui puisse constituer des passerelles entre les différentes disciplines », explique une porte-paroles du groupe Junia, insistant sur la complémentarité des différents types d’ingénieurs. D’importants travaux ont été annoncé dès septembre 2019, le projet étant de passer de 12 bâtiments à la formation de 4 îlots :

  • l’îlot le Grand prévoie la réhabilitation de la résidence Albert-Legrand permettra l’installation d’un siège pour l’association Junia, ainsi que la construction de salles de cours pour les étudiants bachelor de l’ISA
  • l’îlot rue Norbert-Ségard va permettre l’accueil d’une partie des élèves du cycle Bachelor et la construction d’espaces dédiés à la formation professionnelle et à l’accueil des entreprises
  • l’îlot du Palais Rameau, monument historique classé depuis 2002, sera réhabilité notamment avec la mise en place d’une serre, et de laboratoires
  • l’îlot rue Colson, derrière l’ISEN, concentre les plus gros travaux puisque l’objectif est de dégager une surface de 20 000m² pour la construction d’un bâtiment pour les masters et les chercheurs. Cet îlot concentre les discordes puisque ce projet induirait la démolition de la chapelle Saint-Joseph.

Un patrimoine à préserver

Des Lillois jusqu’aux associations de défense du patrimoine, plusieurs personnes s’opposent à la destruction de la chapelle Saint-Joseph et souhaiteraient trouver un moyen de réhabiliter l’édifice de 1876. L’architecte en chef et inspecteur général honoraire des monuments historiques, Étienne Poncelet, considère que la conservation de l’édifice se joue sur trois points majeurs : l’intérêt historique, l’architecture et la conservation des savoir-faire.

D’abord, ce bâtiment est un témoignage de la présence des Jésuites dans le Nord : « Les Jésuites étaient installés à Lille depuis le XVI ème siècle. Un grand collège était déjà installé rue de l’Hôpital militaire avec ce qui est maintenant l’annexe de la préfecture. A l’époque leur chapelle était l’église Saint-Etienne [proche de la Grand Place, ndlr], qui a existé jusqu’à l’expulsion des Jésuites de France en 1762. Ils ne sont revenus en France que tardivement, et notamment dans la région au milieu du XIX ème siècle, après la guerre de 1870. En 1876, ils décident de créer un grand collège dans le nouveau Lille, rue Solférino », explique Étienne Poncelet. La chapelle fait partie d’un ensemble urbain que « l’on ne peut désolidariser » selon l’inspecteur général honoraire des monuments historiques :  « c’est le même architecte, Auguste Mourcou, qui est à l’origine du Palais Rameau et du bâtiment des pères Jésuites [qui inclut la chapelle, ndlr]. Quand on rentrait dans Lille par la rue Solférino, on avait une architecture jumelée avec à gauche le Palais Rameau et à droite la chapelle Saint-Joseph. C’est vraiment l’entrée de la nouvelle ville de Lille ».

Depuis une vingtaine d'années, le bâtiment n'a pas été utilisé.
Depuis une vingtaine d’années, le bâtiment n’a pas été utilisé et commence à se détériorer.

Étienne Poncelet met également en avant l’architecture de la chapelle, aussi volumineuse qu’une église, qui a accueilli pendant longtemps les élèves de seconde, première et terminale dites Saint-Cyr. « C’est une chapelle à deux étages: l’étage des élèves au rez-de-chaussé, et l’étage des pères jésuites avec un cloître suspendu qui va jusqu’au chœur. En plus, l’édifice a été construit de manière très symbolique. Il a 7 côtés dans la nef et il a un chœur à 7 pans coupés, ce qui est extrêmement rare. Il n’y a que les grandes cathédrales comme celle de Beauvais qui ont cela ». Enfin, l’architecte en chef met l’accent sur les vitraux fabriqués par l’atelier parisien Latteux- Bazin, ou encore les grandes tapisseries réalisées par des équipes sur la base des dessins du père René Lartilleux, preuve d’un savoir-faire à conserver.

Entre les défenseurs du patrimoine et les promoteurs du campus, la bataille fait rage

Le permis de démolition de la chapelle Saint-Joseph a été accordée au groupe Junia en mai 2019 par la mairie de Lille. C’est un peu tardivement, une fois que les démarches administratives avaient été entamées du côté de Junia, qu’Alexandra Sobczak- Romanski, présidente de l’association Urgences Patrimoine a examiné le cas de la chapelle rue Colson avant d’en parler à des amis architectes et de lancer une pétition en ligne qui a dépassé les 10 000 signatures : « 10 000 signatures ce n’est pas grand chose pour une pétition mais pour une pétition pour le patrimoine c’est énorme » précise-t-elle.

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La pétition a été lancée au printemps 2020.

Rue Colson, Véronique rendait visite à une amie dans cet immeuble face à la chapelle Saint-Joseph : « J’ai habité dans cet immeuble pendant 60 ans, raconte-t-elle, mon mari et mes cinq enfants sont allés étudier dans cette école avec cette église. Moi, j’étais au 4 ème étage, je vivais avec la chapelle ». La retraitée voit la démolition de l’édifice comme un « crève-cœur » et s’exclame : « je suis d’accord qu’il y a beaucoup d’élèves, et que l’ISEN ou l’ISA veulent s’agrandir mais cette église… que l’on construise tout autour mais qu’on ne la démolisse pas ! On peut la conserver ! » 

La conserver ? Est-ce possible ? Deux points de vue s’opposent. D’un côté, les défenseurs du patrimoine dont Alexandra  Sobczak- Romanski se fait la porte-paroles : « Dans son projet, Junia aurait très bien pu envisager la réhabilitation de l’édifice même si elle ne conserve que l’enveloppe ! Nous avions proposé un contre-projet qui proposait de faire une partie serre à l’intérieur de la chapelle ». Pour la porte-paroles de Junia, ce contre-projet n’est tout simplement pas raisonnable. « Comment peut-on intégrer cette chapelle à un campus pour y faire des laboratoires ou des salles de cours ? Nous faisons déjà une serre dans le Palais Rameau. Nos opposants ont aussi proposé d’y faire une bibliothèque, mais il y en a déjà une dans les bâtiments de la Catho auxquels les étudiants de Junia ont accès. D’autant plus qu’aujourd’hui tout est numérique ».

À la suite de ses démarches, Urgences Patrimoine avait obtenu le soutien du Ministère de la Culture, dirigé en juin par Frank Riester qui avait mis en sursis le bâtiment et demandé une instruction complémentaire. Stéphane Bern avait également apporté son soutien. Mais quelques mois plus tard, après le remaniement ministériel et l’entrée en poste de Roselyne Bachelot, la position du ministère change. Dans un communiqué du 14 novembre 2020, il considère la chapelle Saint-Joseph comme d’un  » intérêt patrimonial non suffisant pour justifier, à l’issue de l’instance de classement, un classement définitif [au titre de monuments historiques, ndlr]. » Un coup de massue pour les agents du patrimoine, mais une évidence pour la porte-parles de Junia :  » La chapelle aujourd’hui, ce n’est plus une chapelle mais un bâtiment. Elle est désacralisée et inoccupée depuis 20 ans. Et pendant ces vingt années, une association d’anciens étudiants était allée voir ce que l’on pouvait en faire, essayée de rassembler des fonds pour pouvoir la préserver, ils n’y sont pas arrivés, et Junia, dans le cadre de son projet, n’y arrive pas non plus. »

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À présent, Alexandra Sobczak- Romanski tente un recours en justice contre la décision du ministère de la Culture, une dernière chance pour prouver que la chapelle n’est pas en si mauvaise état et qu’une alternative est possible. De son côté, la porte-paroles de Junia dit « comprendre l’émotion suscitée par la démolition de l’édifice » mais insiste sur le fait que d’autres bâtiments historiques comme le Palais Rameau seront conservés, ainsi que les objets importants de la chapelle :  » A Junia nous ne sommes pas des destructeurs de patrimoine, 25% de nos investissements sont dédiés à la rénovation de patrimoine. De plus les objets qui peuvent être préservés le seront comme les vitraux, la statue St Joseph, l’autel. » Le programme d’investissement immobilier de Junia est estimé à 85 000 millions d’euros, dont 21 millions pour la réhabilitation de l’existant.

 

Commentaires

  1. Bonjour, j’aimerai que la chapelle St Joseph soit conservée car elle fait partie de l’architecture de Lille du nouveau Lille comme disent les anciens. Pourquoi toujours détruire par ex sc po à Lille a su conserver l’ancienne Faculté de lettres de lille. L’ancienne faculté de médecine tout près abrite l’école de journalisme d’autres facultés ou lycéesi deviennent des logements. Pourquoi détruire la chapelle qui pourrait devenir des salles de classes etc… C’est mon point de vue j’espère que d’autres auront le même.

  2. Il faut préserver notre patrimoine et ce beau travail d architecture pour nous et les generations. C est une question de bon sens. Les etrangers nous envient notre alors faisons en sorte de le protéger. Je vous en prie sauvez cet édifice merci monique letournel

  3. Je connais bien cette chapelle, ayant fait toute ma scolarité à St Joseph. A mon avis on ne peut pas tout conserver, et cette chapelle ne peut être qualifiée d’historique, ne datant que de la fin du 19ème siècle. Tournons-nous vers l’avenir. Un nouveau bâtiment donnera du travail et du dynamisme, sûrement plus qu’un musée sans grand intérêt. Conservons les bâtiments du moyen-âge, pas toutes leurs copies.

  4. Bonjour,
    Je signe la pétition pour la conservation de La Chapelle Saint-Joseph sur Lille.

    Cordialement.
    Pierre GABRIEL

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