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Le prix du coronavirus : Berlin et Paris pourront-ils faire admettre une solidarité des dettes, malgré certains gouffres économiques et financiers ?

Avant l’arrivée du Covid 19, l’Allemagne se présentait comme le leader de l’Europe sur tous les plans et la France comme un mauvais élève. Regardons quelques chiffres.

1- Les dettes présentes et futures.
Elles représentaient 98% du PIB chez nous contre 57% à Berlin qui bénéficiait en outre d’un budget en excédent ! Cette bonne santé financière ne l’empêchait pas d’avoir des hôpitaux mieux préparés que les nôtres pour accueillir les malades atteints. La lutte contre le Covid-19 pourrait, en revanche, revenir plus chère à l’Allemagne que la réunification, selon les experts. Pour faire face à cette crise sans précédent, le gouvernement fédéral vient d’adopter en un temps record un plan de sauvetage qui s’élève à la somme de 1200 milliards d’euros.                                                                             En France, le déficit 2020 s’élèverait à 20 points de PIB, soit 400 milliards d’euros, avec une explosion du chômage. Rappelons, hélas, que notre industrie ne représente que 10% du PIB contre 25% en Allemagne.  Que penser de l’Italie et de l’Espagne ?

2 – Le plan Merkel : mutualiser les dettes.
Ce mécanisme de mutualisation de la dette européenne imaginé par Paris et Berlin risque de provoquer des refus, et les deux capitales le savent bien. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, n’a pas caché que « ce sera une partie difficile », craignant que le plan ne remporte pas l’adhésion « de quatre États : l’Autriche, le Danemark, la Suède et les Pays-Bas ». Les défenseurs de l’Europe en tant qu’union de solidarités devront multiplier les efforts pour convaincre.

« Cette initiative franco-allemande est aussi importante que le plan Schuman, c’est un premier pas qui va en entraîner d’autres, estime Alain Lamassoure, élu au Parlement européen de 1989 à 2019. La Communauté européenne du charbon et de l’acier a pu sembler modeste à l’origine, mais a débouché sur le marché commun en s’étendant à toutes les marchandises. La libre circulation des services et des personnes a résulté de l’union monétaire. Un fonds de relance financé par le budget européen engendrera, automatiquement une union fiscale. »

L’américain Emmanouilidis, lui, est plus réservé : « Oui, l’instant est important », mais ce n’est pas une copie d’Alexander Hamilton, premier secrétaire au Trésor, qui en 1790, proposa de centraliser les dettes des États américains. L’analyste rappelle la nature « temporaire et spécifique » du projet, et conclut : « Face à une crise de cette ampleur, l’Europe était bien obligée de bouger. »   

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a salué le projet de relance proposé par Emmanuel Macron et Angela Merkel. « Les propositions franco-allemandes sont ambitieuses, ciblées et bienvenues », a-t-elle affirmé dans un entretien aux Échos. La présidente de la BCE a aussi déclaré que cette crise était « une bonne occasion de moderniser le pacte de stabilité et de croissance actuellement suspendu ». Elle a appelé à « réexaminer des « propositions innovantes formulées par le passé », notamment par le Fonds monétaire international qu’elle a dirigé de 2011 à 2019. Ce pacte fixe les règles budgétaires aux États ayant adopté la monnaie unique européenne, notamment le respect d’un déficit public inférieur à 3 % du produit intérieur brut de chaque pays membre de la zone euro.

Interrogée sur une récente décision du tribunal constitutionnel allemand, appelant la BCE à justifier sa politique de rachat massif de dette publique européenne, Christine Lagarde a expliqué que l’institution monétaire demeurait « imperturbable » dans son objectif de stabilité des prix.

Rappelons que la dette mondiale représentait déjà plus de trois fois le PIB des nations avant le coronavirus. Qu’en est-il aujourd’hui ? Concernant la France, elle présente le triste privilège de présenter une dépense publique de 56% du PIB contre 46% en Allemagne, et rappelons que nous détenons la première place mondiale des prélèvements. A quand un consensus politique français reconnaissant cet état de fait ? Oui au rapprochement avec Berlin, mais il doit s’accompagner, chez nous, de réformes de fond permettant de faire face aux tremblements planétaires qui font et feront notre actualité.
La France fête le 18 juin, mais elle attend que l’on renouvelle son message d’espérance.

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