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Le Liban : évitons une faillite socio-économique à ses 8 millions d’habitants

 Une histoire tourmentée pour ce pays imprégné de culture française.

L’histoire est trop souvent oubliée. Jusqu’en 1923, date du démantèlement de l’empire ottoman, c’était un vilayet regroupant Syrie et Liban. Depuis cette date les guerres, troubles et révolutions n’ont cessé de se succéder, mais le Liban a conservé des racines chrétiennes. La Constitution reconnaît deux langues officielles, l’arabe et le français avec une particularité : le Président de la république est un chrétien, (le général Aoun), alors que le président de l’assemblée est un sunnite et le chef du gouvernement un chiite.

Les guerres ont bouleversé le pays, aujourd’hui au bord de la faillite. Nouveau drame : l’explosion de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposées dans le port de Beyrouth, au mépris des règles de sécurité, le mardi 4 août, à 18 heures. Une  partie de la ville est détruite et les habitants pansent leurs plaies. Ils vivent sans aucune aide de l’État. La mobilisation généreuse de la société civile libanaise cache  l’abattement, parfois même « la rage » contre une classe politique considérée comme responsable des maux du pays.

C’est leur mode de vie que les habitants craignent de voir disparaître, car le drame a touché des quartiers chrétiens, avec ses bars, galeries et restaurants. L’explosion, sur l’origine de laquelle les hypothèses continuent de s’échafauder, est venue déchirer un des liens entre les communautés.

La rancœur est aussi très forte dans les quartiers chiites.  Les services de renseignement français ou américains explorent le port sans trouver trace d’armes et liens avec le Hezbollah. L’explosion a accéléré l’hémorragie des départs pour l’exil.

Après la crise économique, l’effondrement de la monnaie, les restrictions bancaires et les pénuries, les Libanais ont le sentiment de vivre la catastrophe de trop. Quelques-uns, pourtant, ont décidé de se battre encore pour la reconstruction de la ville. « Ce n’est pas en trois mois que l’on changera trente ans de vie politique, nous ne sommes pas naïfs. Mais ce n’est pas le moment de lâcher », affirme une révolutionnaire de la première heure. Elle envisage une liste indépendante aux prochaines élections, alors que beaucoup mettent le cap sur la France, les États-Unis ou le Canada.

Des militant franco-libanais pensent, eux, à une alternative politique pour donner une dernière chance à leur pays : la  France voudrait aider ce Liban en faillite.

Emmanuel Macron est arrivé à Beyrouth pour sa deuxième visite au Liban depuis l’explosion tragique du 4 août. Le président français tente de résoudre une crise politique et célébrer le premier centenaire de la proclamation du Grand Liban.

«Libanais, vous êtes comme des frères pour les Français. Je vous en ai fait la promesse : je reviens à Beyrouth pour faire le point sur l’aide d’urgence et bâtir avec vous les conditions de la reconstruction et de la stabilité», a déclaré le président français à son arrivée dans la capitale libanaise.

Sur le plan économique, la situation du Liban s’est dégradée à un rythme sans précédent. La récession est estimée à plus de 10 % du PIB par le FMI pour 2020. Le chômage atteint plus de 35 % de la population active et les chiffres pourraient être encore plus mauvais à la fin de l’année (autour de 60 %). La dette publique atteint les 200 % du PIB et ne permet plus de financer les déficits jumeaux (budgétaire et courant) dont souffre le pays depuis des années. Le 9 mars, le Liban s’est déclaré en défaut de paiement sur sa dette publique : la livre libanaise a perdu plus de 80 % de sa valeur depuis septembre 2019.

Le taux d’inflation alimentaire a crû à un rythme inédit : de 38 % en avril à plus de 150 % en juin 2020. Les magasins ferment les uns après les autres. Il n’y a plus aucune confiance économique. Les importations de biens élémentaires comme le fuel ont cessé et de plus en plus de régions se retrouvent sans électricité.

La France se trouve face à une exigence : travailler à sauver politiquement et économiquement le pays, mais cette aide demandera le soutien de l’Occident, à commencer par l’Europe. Pari difficile pour un monde en crise.

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