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La Covid 19, catalyseur d’une anarchie géopolitique croissante avec une ONU muette

Les vrais défis : démographie et réchauffement climatique. La chronique géopolitique d’Hubert de Beaufort. 

 Qui reconnaîtrait le monde de 1970 avec celui d’aujourd’hui ? Celui d’hier vivait sous la prééminence d’une Amérique du Nord toute puissante, tant sur les plans économique, politique que militaire. L’OTAN représentait une vraie alliance entre les Etats-Unis, l’Europe et la Turquie face à l’ex-URSS qui attendait la perestroïka. La Chine vivait encore sous l’égide fermée de Mao Tsé Toung, la décolonisation était générale, la France gaulliste était vraiment un des grands du Conseil de sécurité.

Un autre monde que celui d’hier se met en place : un monde de  conflits, d’anarchie, de crises économiques et sociales, aggravées par la Covid 19.                                     1- La volonté expansionniste de la Chine de reprendre Taïwan. Ce que veut aujourd’hui Pékin, c’est précipiter des négociations sous la menace du recours à la force, et obtenir que les partenaires étrangers de Taiwan : Etats-Unis, Europe et voisins asiatiques, se désintéressent de son sort. Les grandes nations européennes, qui voudraient, les unes après les autres, une politique asiatique, devraient prendre garde au risque que cette politique apparaisse comme mercantile. Aujourd’hui, la population taïwanaise avec le Japon et les Philippines, comptent, avant tout, sur la VIIème Flotte américaine pour leur sécurité présente et future.

2- Une Turquie rêvant de l’empire ottoman. D’abord en Syrie pour éviter la naissance d’un Etat kurde et maintenant vis à vis des gisements de gaz en Méditerranée. Les navires de guerre américains, français, turcs et égyptiens patrouillent dans la zone. La France a conclu un « partenariat stratégique de sécurité » avec la Grèce, et dépêché un navire héliporteur amphibie, le Dixmude, ainsi que son porte-avions Charles-de-Gaulle, d’où ont décollé des Rafale pour survoler les eaux disputées aux abords de Chypre, dans lesquelles évolue un  navire de recherche turc. Après avoir mené des exercices militaires, la Turquie renouvelle l’opération près des territoires grecs au sud de Rhodes et à l’est de la Crète.

3- Washington à la fois  isolationniste et à la diplomatie agressive. Le mur à la frontière mexicaine montre son refus à l’immigration, et sur le plan diplomatique les rapports avec la Chine et l’Europe se tendent régulièrement. A titre d’exemple anecdotique, citons l’impôt sur les vins français, significatif de cette volonté de Donald Trump de faire des Etats-Unis un Etat à l’économie fermée. Beaucoup plus graves, les tensions géopolitiques avec la Russie et une Chine voulant devenir le numéro un mondial, tant sur le plan économique que militaire. N’oublions pas que les Etats-Unis sont toujours présents en Corée du Sud et au Japon et que leur PIB en fait toujours un leader mondial. Face à un monde bouleversé nous avons une ONU qui ne s’exprime plus car son Conseil de sécurité ne peut trouver d’accord entre ses cinq membres : Etats-Unis, Russie, Chine, Angleterre, France. Cette composition représentait le monde de 1945, mais en 2020 les antagonismes entre les Cinq rendent tout accord impossible. Citons un exemple : l’annexion de la Crimée par la Russie, récusée par ses partenaires, et les vrais défis sont présentés comme des faits divers. Quels sont-ils ?

  • La démographie. Nous en avons déjà parlé : passer en deux siècles de 1 à 9 milliards d’habitants est-il possible ? Le milliard et demi d’habitants de l’Inde peut-il vivre avec le même PIB que la France ? Un autre exemple : l’Algérie, devant nourrir 40 millions de consommateurs contre 10 millions en 1960, est un défi,
  • 2- Le réchauffement climatique. La canicule semble s’accélérer, lorsque l’on voit l’embrasement de la Californie et du Brésil, sans parler de nos problèmes nationaux.

En conclusion, la Covid 19 est un lanceur d’alerte qui doit mobiliser les énergies de tous les pays. Il est encore temps d’agir pour promouvoir une écologie lucide qui prendrait une dimension de consensus planétaire. Agissons pour faire admettre les deux vraies priorités. N’ayons pas peur des mots : ces priorités sont vitales pour l’avenir de l’humanité.