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En Quête de Sens : avec le déconfinement, « être moine à temps très partiel »

Liberté et retour à la vie normale pour les uns, le déconfinement peut être source d’angoisse et d’anxiété pour les autres. C’est ce qu’on appelle le syndrome de la cabane. Et si le bonheur était d’être confiné ? Marie-Ange de Montesquieu pose la question au sociologue Michel Fize et au psychiatre Serge Hefez.

« J’habite une résidence populaire à Paris », raconte le sociologue Michel Fize, « et je constate une résistance à vouloir conserver les gestes adoptés pendant le confinement » : de fait, chaque soir à 20h00, un petit concert a toujours lieu. « On a retrouvé un esprit de sociabilité qui avait été perdu », souligne-t-il, « avant, on parlait de moins en moins à ses voisins, aux commerçants et même en famille…  On a recréé du lien dans une société hyper-individualiste ». De son côté, le psychiatre Serge Hefez affirme : « beaucoup de personnes ont tiré le meilleur de ce traumatisme qui s’est abattu sur nous, chacun songe à remanier sa manière d’être au monde, à reconsidérer le futur et ses liens aux autres… Bien sûr, pour d’autres cela a été beaucoup plus difficile, surtout pour ceux qui n’ont pas des conditions de vie dignes ».

« Être moine à temps très partiel » – Bertrand, un auditeur

Pour Michel Fize, il ne faut pas « se réjouir trop vite ». « On est dans le monde de maintenant… La question essentielle, c’est celle de la durabilité : deux mois », interroge-t-il, « cela suffit-il à changer durablement les attitudes et les comportements ? ». « Honnêtement,  je ne le pense pas », répond Michel Fize, « on entre dans une crise économique et sociale, on va se retrouver face au choc de ce présent et il va y avoir trois fois plus de gilets jaunes ». « La crise est effectivement devant nous », souligne Serge Hefez, « on doit se préparer à recueillir un désarroi et une souffrance profonde ». Les gens sont désormais invités à « réaménager leur espace psychique », suite à une expérience qu’ils ont  partagée avec le monde entier au-delà de leur famille.

« J’ai trop souffert du Coronavirus, je n’ose plus sortir… Je me sens très bien chez moi » – Marie-Agnès, auditrice et ancienne malade du coronavirus

Serge Hefez le reconnaît, lui qui a également été atteint par la Covid-19, « l’expérience de la maladie peut être un traumatisme ». « Quand on guérit, c’est une expérience très forte. On retrouve le goût des choses dans tous les sens du terme », explique-t-il, « mais certains ont créé autour d’eux un véritable cocon sécuritaire au point de développer une véritable phobie de l’extérieur, comme certains jeunes avec la phobie scolaire ». Et Michel Fize de rappeler que « le bonheur est avant tout un état d’esprit, il ne peut être enfermé, il doit circuler ».

Les invités de Marie-Ange de Montesquieu :

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Michel Fize, sociologue et auteur d’ « Une insurrection populaire au destin encore incertain » (Amazon)

Je-revais-d-un-autre-mondeSerge Hefez, psychiatre et psychanalyste, auteur de « Je rêvais d’un autre monde » (Stock)