le direct Musique sacrée

Alain Mabanckou :  » Les Etats-Unis m’ont permis d’avoir une vision plus vaste des choses »

Alain  Mabanckou, écrivain, lauréat du prix Renaudot en 2006 pour son livre Mémoires de porc-épic, était l’invité du Choix de la rédaction ce mardi 22 septembre à l’occasion de la sortie de son nouveau roman intitulé Rumeurs d’Amérique.

Depuis 2006, Alain Mabanckou est non seulement écrivain mais aussi enseignant à l’Université de Californie à Los Angeles (ULCA). Dans Rumeurs d’Amérique, il rédige son « autobiographie américaine » dans laquelle il s’interroge sur la société américaine mais aussi européenne ou africaine : « Les Etats-Unis m’ont permis d’avoir une vision plus vaste des choses. »

 » Les Etats-Unis ne doivent pas être la référence systématique »

Ce qui secoue la société américaine aujourd’hui, ce sont les tensions raciales. Or, Alain Mabanckou souhaite alerter les auditeurs sur un point : le racisme américain n’est pas géré de la même manière qu’en Europe. «  Nous regardons toujours les Etats-Unis, mais c’est une grande erreur parce que les afro-américains et les Noirs de France n’ont pas toujours les mêmes conséquences dans l’Histoire. » Il regrette que les problèmes raciaux en France soient gérés par l’émotion, au détriment d’une relecture de l’Histoire.

L’écrivain se penche également sur la différence de temporalité entre la France et les Américains :  « Les Etats-Unis ne doivent pas être la référence systématique, tandis que la France ne peut se complaire dans une idéologie qui consisterait à toujours donner du temps au temps. » 

En Amérique, le racisme est lié à la lutte des classes

Après plusieurs années à Los Angeles, Alain Mabanckou est persuadé d’une chose : le racisme est la conséquence d’un problème de classes. « Le racisme ce sont des gens qui se trompent de colère, explique-t-il,  c’est le résultat de la lutte des classes. Ceux qui possèdent le plus font de leur mieux pour ne pas distribuer ces richesses, et ceux qui n’ont rien sont tentés de réclamer une justice sociale. » Aujourd’hui, il considère que les minorités souhaitent être  » le personnage principal de ces revendications ».

La littérature francophone, un littérature avec accent ?

Outre la littérature qu’il utilise pour éveiller les consciences sur les sociétés actuelles, Alain Mabanckou s’interroge également sur son domaine d’exercice : la notion de littérature francophone.  » Dans leur conscience, les gens disent  » francophonie » et pensent que c’est la littérature des gens qui écrivent en français mais qui ne sont pas français et qui viennent d’ailleurs. C’est la littérature qui a un accent, celle des anciennes colonies françaises. »

Il voit dans la littérature francophone, une différence de légitimité: « On ne pourrait pas dire de Victor Hugo qu’il est un écrivain francophone, mais on pourrait dire de moi que je le suis parce que je viens du Congo ». Son combat est le suivant : que le terme francophonie renvoie à la fois à Victor Hugo et à lui.