le direct Musique sacrée

Un an après l’incendie de Notre-Dame, plus d’un tiers des Français doute de la piste accidentelle

Une étude de la Fondation Jean Jaurès et de Conspiracy Watch réalisée avec l’Ifop dévoile qu’une majorité des Français souscrit à la thèse de l’accident concernant l’incendie de la cathédrale Notre-Dame il y a un an, contre un tiers qui évoque la thèse criminelle.

 

Il est 20 heures le 15 avril 2019 et toutes les chaînes d’informations du monde entier diffusent en boucle une seule et même image saisissante. Celle de Notre-Dame en feu. Sur Youtube les premières vidéos défilent et sous l’une d’elle, un encadré laisse entrevoir un message d’information qui associe l’incendie de Notre-Dame aux attentats du 11 septembre 2001 à New York. Si Youtube s’est rapidement défendu, arguant être victime d’un problème algorithmique, il n’empêche, cet incident technique n’a fait que raviver les théories complotistes les plus enfouies. Aussi dans les heures qui ont suivi le sinistre, les réseaux sociaux ont accueilli les spéculations les plus folles sur les origines du départ de feu. Des internautes se sont amusés à voir dans la silhouette d’une des statues de l’édifice et dans celle d’un pompier un individu pouvant être l’incendiaire. 

 

Les thèses complotistes n’ont pas disparu

 

Si un an après les complotistes se sont faits plus rares sur la toile, ils n’en restent pas moins nombreux. En effet, d’après la dernière étude de la fondation Jean Jaurès sur ce que pensent les Français de l’incendie, plus d’un Français sur trois (36%) émet des doutes sur la thèse de l’accident. Parmi eux, 7% considèrent qu’il s’agit d’un incident criminel et que le gouvernement cherche à dissimuler la vérité. En face, 54% de Français adhèrent à la thèse officielle. On parle encore de « thèse » car pour l’heure l’enquête, qui se poursuit, n’a pas pu déterminer les causes précises du sinistre. Le parquet évoque un « dysfonctionnement du système électrique » ou encore le résultat d’« une cigarette mal éteinte » qui serait partie de l’échafaudage qui était en cours d’installation pour restaurer la flèche. A cela s’ajoute une défaillance humaine au moment de la transmission du signal (le déclenchement de la première alarme), qui aurait considérablement ralenti l’intervention des pompiers. La piste terroriste avait toutefois été écartée dans les semaines qui ont suivi l’incendie, comme l’indique un communiqué de presse du 26 juin 2019 signé du parquet du tribunal de grande instance de Paris. Le document attestait noir sur blanc qu’« en l’état, aucun élément ne permet[ait] d’accréditer l’hypothèse d’une origine criminelle ».

 

Capture d’écran 2020-04-14 à 17.20.57

 

Une porosité entre complotisme et partis d’extrême droite

 

Si l’on détaille l’étude selon plusieurs catégories de population, il apparaît que les catholiques suivent le même schéma que la population française dans son ensemble : une petite majorité (52% et 53% qu’ils soient respectivement pratiquants ou non) se rangent du côté de l’enquête. 

La couleur politique semble toutefois être un indicateur de corrélation avec la thèse complotiste. En effet, l’étude révèle que plus la personne adhère à un parti d’extrême droite, plus elle est conspirationniste. Si “seulement” 7% de la population générale soutient ces thèses, ils sont trois fois plus nombreux du côté des sympathisants du Rassemblement national. L’étude rappelle au demeurant que deux semaines après les faits, lors de son traditionnel hommage du 1er mai à Jeanne d’Arc, Jean-Marie Le Pen, certes ancien président du Front national, a laissé entendre que l’incendie selon lui « criminel » de la cathédrale serait l’œuvre d’un « service », a priori étranger. Cette sensibilité aux théories du complot chez les électeurs de Marine Le Pen avaient déjà été soulignée lors d’une précédente étude menée par l’Ifop de la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch en 2019. 

Enfin, l’âge est aussi une donnée à prendre en compte : la catégorie de population entre 25 et 34 ans est celle qui se rallie le plus aux thèses non vérifiées.