le direct Musique sacrée

“S’attaquer au catholicisme, c’est s’attaquer à la France”

Les catholiques, nouvelle cible des terroristes ? C’est la question que croyants ou non se posent depuis l’attentat d’hier visant Notre-Dame de Nice. 

People after a knife attack in Nice on October 29, 2020. France's national anti-terror prosecutors said Thursday they have opened a murder inquiry after a man killed three people at a basilica in central Nice and wounded several others. The city's mayor, Christian Estrosi, told journalists at the scene that the assailant, detained shortly afterwards by police, "kept repeating 'Allahu Akbar' (God is Greater) even while under medication." He added that President Emmanuel Macron would be arriving shortly in Nice. Photo by Florent Bardos/ABACAPRESS.COM | 746392_037 Nice France
Photo by Florent Bardos/ABACAPRESS.COM | 746392_037 Nice France

C’est parce qu’elles se trouvaient dans la Basilique que ces personnes ont été attaquées, assassinées. Elles représentaient un symbole à abattre.” En cette veille de Toussaint, les mots de la Conférence des évêques de France détonnent par leur brutalité. L’attaque qui a visé Notre-Dame de Nice et fait trois morts et plusieurs blessés jeudi 29 octobre confirme-t-elle ce que redoute une majorité de catholiques depuis des mois voire des années et ce que laisse à penser le communiqué de la CEF : l’Eglise serait-elle une cible de premier plan pour les terroristes islamistes ? 

Au moins cinq attaques visant l’Eglise depuis 2015

On peut en effet se poser la question si l’on en croit la succession d’attentats visant soit des lieux de culte catholiques, soit des religieux en France depuis cinq ans. La série noire a débuté en 2015, quelques mois avant les attentats de Paris frappant le Bataclan, les terrasses et le Stade de France. Nous sommes au printemps 2015. Un étudiant en informatique de 24 ans du nom de Sid Ahmed Glam projette de s’attaquer à deux églises de Villejuif : Saint-Cyr-Sainte-Julitte et Sainte-Thérèse. Un examen de son ordinateur révélera qu’il songeait à s’en prendre également à la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Il n’est finalement pas parvenu à ses fins, arrêté par les forces de l’ordre après avoir abattu Aurélie Châtelain en tentant de voler son véhicule. 

Un an après, c’est à Saint-Etienne-du-Rouvray que l’horreur s’abat, en plein coeur de l’église éponyme où officiait le père Jacques Hamel, devenu martyr de l’Eglise catholique pour s’être sacrifié face aux terroristes. La date du 26 juillet 2016 entre dans l’histoire : c’est la première fois depuis les guerres de Vendée qu’un prêtre est tué en France au cours d’une messe selon l’historien Jean-François Colosimo. S’ensuivent d’autres attaques toujours individuelles et dispersées dans le temps et l’espace. Deux mois à peine après Saint-Etienne-du-Rouvray, Notre-Dame-de-Paris échappe de peu à un attentat mené par un commando de cinq femmes djihadistes qui projetaient de faire exploser un véhicule rempli de bonbonnes de gaz aux abords de la cathédrale. Une attaque avortée qui n’a pourtant découragé 1 an plus tard un nouvel individu de s’en prendre à des policiers en patrouille devant Notre-Dame, faisant trois blessés légers.


« Le christianisme est le symbole de notre société française »


Comme le faisait remarquer Marc Hecker, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Ifri, dans un article de nos confrères de La Croix, tout porte à croire que ce nouvel attentat de Nice, qui n’a pas été signé par Daesh, s’inscrit dans la stratégie dite des « mille entailles » de l’organisation djihadiste. Ces attaques terroristes disparates, basées sur des moyens rudimentaires, souvent perpétrées par des individus seuls sont moins anarchiques qu’elles n’y paraissent : elles ont pour objectif de multiplier les forces de frappe afin d’épuiser et terroriser l’adversaire, en l’occurence la France et les Français. En cela, la religion catholique est une cible toute choisie parce que “le christiannisme est le symbole de notre société française, s’attaquer au catholicisme, c’est s’attaquer à la France. De la même manière que s’attaquer à un professeur c’est s’attaquer à la République”, explique Vincent Neymon, porte-parole de la Conférence des évêques de France à Radio Notre Dame.

La survenue de cette attaque à ce moment précis n’est pas sans lien avec la période marquée d’une part par l’approche de la Toussaint, et d’autre part par l’actualité liée aux caricatures de Mahomet. Les autorités avaient d’ailleurs renforcé leur vigilance suite à une note du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui alertait depuis dimanche dernier sur un risque accru de terrorisme sur le territoire. Ce document faisait suite à un communiqué publié par l’agence de communication proche d’Al-Qaïda, Thabat et appelait à commettre des actions visant la France et notamment des Églises, symboles de la chrétienté et imams affichant leur soutien au Président de la République sur l’Islam de France. Le lien entre le passage à l’acte à Nice et l’appel de l’agence Thabat n’a pour l’heure pas été clairement déterminé. 

La fraternité comme dernier rempart

Face à l’inquiétude grandissante qui saisit la communauté catholique à la veille de la Toussaint, un mot : l’union. “Il y a une urgence à combattre ce terrorisme si volatile, si affreux tout autant qu’il y a une urgence à cultiver cette fraternité, qui se trouve être un pilier fondamental de notre foi chrétienne, tout en étant un des trépieds de la devise républicaine, ça tombe bien. C’est d’ailleurs ce que le pape a écrit dans une magnifique encyclique”, résume ainsi Vincent Neymon.