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Qui est Francesca Di Giovanni, la première femme à occuper un poste de haut niveau au Saint-Siège ?

 

Le pape François continue d’imposer sa marque « féministe » à la Curie en nommant une femme à la tête d’un poste à responsabilité.  Francesca Di Giovanni se voit désormais assumer la fonction de sous-secrétaire chargée du multilatéralisme à la section des Relations avec les Etats au Vatican.

 

“Comme nous le prêchons dans l’Eglise, l’humanité est faite d’hommes et de femmes. A l’intérieur même de l’Eglise, il est évident que si nous voulons que celle-ci existe en plénitude de son identité, il faut que des hommes et des femmes se retrouvent et œuvrent ensemble à cette mission” explique Anne-Marie Pelletier, auteure de L’Église, des femmes avec des hommes. Après la politique et le monde de l’entreprise, la parité est-elle aussi en train de faire son chemin dans l’église sous l’impulsion du pape François ? La situation pourrait en effet évoluer en ce sens. C’est en tout cas ce que laisse penser la récente nomination de Francesca Di Giovanni au poste de sous-secrétaire chargée du multilatéralisme à la section des Relations avec les Etats, qui correspond au ministère des Affaires étrangères laïque. C’est la première fois qu’une femme accède à un poste aussi élevé au sein du Saint-Siège. 

 

Qui est Francesca Di Giovanni ?

Elle n’est pas une inconnue de la Curie. Cette laïque de 66 ans née à Palerme en Sicile a suivi une formation de notaire avant de rejoindre en 1993 le Secrétariat d’État du Saint-Siège, où elle a travaillé dans le domaine des relations multilatérales. Elle intervient depuis lors sur des thématiques aussi variées que la question des réfugiés que celles des droits humains internationaux, du droit privé ou encore de la place des femmes.

A travers cette nouvelle fonction, elle sera directement sous la responsabilité de Mgr Paul R. Gallagher, le ministre des Affaires étrangères du Vatican. Dans une interview accordée à nos confrères de Vatican News, Francesca Di Giovanni, salue une “décision novatrice prise par le Saint-Père, qui, au-delà de ma personne, représente un signe d’attention envers les femmes. Mais la responsabilité est liée à la tâche plutôt qu’être une femme”. On savait François très attaché au rôle des femmes dans l’Eglise, il nous montre par cette nouvelle décision, sa volonté d’entériner cette prise de position soutenue depuis le début de son magistère : “Il faut encore élargir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l’Église” avait-il déclaré lors de sa première lettre d’exhortation apostolique en 2013. En octobre dernier lors de la conclusion du synode sur l’Amazonie, le pontife poussait un cran plus loin l’analyse en affirmant qu’une « femme pouvait être à la tête d’un dicastère ». 

Une vague féministe à la Curie ?

En 2014, Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef du quotidien La Croix, s’insurgeait dans son livre François, un pape pour tous de la non-représentativité des femmes au Vatican : “Comment un organisme de gouvernement qui prétend représenter 1,2 milliard de catholiques peut-il à ce point se passer des femmes ? » 

Pourtant les femmes ont été des “pièces maîtresses” de la Bible , comme Judith ou Marie-Madeleine par exemple. La place des femmes s’est estompée dès la naissance de l’Église. Dès le Moyen-Age, le pouvoir est et reste l’apanage de la masculinité. 

Il faut attendre 1967 pour qu’une femme soit engagée au sein de l’appareil pontifical. Une australienne du nom de Rosemary Goldie devient alors vice-secrétaire du Conseil pontifical pour les laïcs de 1967 à 1976. Aujourd’hui, les femmes sont au nombre de 371, soit 22% du personnel de la Curie. Un pourcentage qui tombait encore il y a peu à 0 lorsque l’on regarde du côté des postes à responsabilités. Interrogée sur cette récente nomination au Vatican, Anne-Marie Pelletier ne cache pas son enthousiasme à voir l’entre-soi masculin de l’Eglise se réduire « d’autant que nous avons sous les yeux les effets pervers de ce dispositif, avec des abus de pouvoir où la prévalence du masculin se cumule avec celle d’un sacerdoce presbytéral mal articulé sur le sacerdoce baptismal« .

« L’Eglise catholique gagne en clairvoyance en la matière », Anne-Marie Pelletier

Cette transformation de la Curie au profit d’un système plus égalitaire montre ses vertus d’après la spécialiste : « Il est trop évident que l’institution ecclésiale et, en son sein, le magistère, se privent d’une ressource majeure en ignorant l’expertise des femmes dans la vie des sociétés comme d’ailleurs dans l’intelligence de la foi et la manière d’attester celle-ci ». Si les changements restent encore mineurs, ils sont tout de même la marque de l’espoir comme le résume encore Anne-Marie Pelletier : « La nomination récente conforte dans l’idée que, pas à pas, l’Eglise catholique gagne en clairvoyance en la matière« .