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Quel bilan après une semaine d’école à la maison ?

Après les annonces gouvernementales de fermeture des écoles, lycées et universités pour une durée minimum de quinze jours, les élèves ont dû réapprendre à apprendre autrement. Quelles leçons tire-t-on de cette première semaine d’école à domicile ? Des professeurs témoignent.

Apprendre à écrire ou compter depuis son canapé, les yeux rivés sur sa télé, c’est ce qu’on appelle une antinomie en cours de français. Et pourtant, ce doit être le quotidien de millions d’élèves depuis le début du confinement lundi dernier. La chaîne du service public France 4 diffuse désormais quotidiennement des cours de 45 minutes à 1 heure sur les notions fondamentales du CP à la terminale. Les parents récalcitrants n’auront d’autre choix que de s’en remettre aux écrans, pour le plus grand bonheur des plus jeunes. L’objectif ? Offrir une continuité pédagogique aux élèves tous niveaux confondus afin qu’ils gardent leurs acquis.

 

La continuité pédagogique, c’est d’ailleurs le mot d’ordre relayé à travers tout le corps enseignant français. “Mais les solutions qui nous sont proposées pour la mettre en œuvre semblent déconnectées de la réalité”, confie Mathilde professeur en grande section dans le département de l’Ain. L’enseignante est en effet incitée à utiliser la plateforme “Ma classe à la maison” proposée par le Centre national d’enseignement à distance (CNED, ndlr), qu’elle juge “sortie de son contexte”. “Je complète donc les cours “officiels” par d’autres exercices et des fiches à imprimer, soit un condensé de ce qui est habituellement proposé en classe”, nous dit-elle. La communication se fait ici essentiellement par mail avec les familles qui reçoivent et impriment individuellement les consignes, “sauf pour une dont on laisse les devoirs maisons sous enveloppe dans l’enceinte de l’école car elle ne dispose pas d’imprimante”.

 

Même programme pour Alice, professeur en moyenne section dans le département du Rhône : “J’essaie de transmettre le moins possible de documents à imprimer afin de ne laisser aucun enfant sur le bord de la route”. Pour l’enseignante en moyenne section, pas de cours via le CNED qui commencent à la grande section. “Nous disposons seulement d’un document d’accompagnement pour mettre en œuvre différentes activités sans promouvoir de nouvelles notions”. Faute de moyens suffisants pour faire progresser leurs élèves, les enseignants révisent leurs priorités : “garder les acquis du début d’année”, souligne Alice. Car l’une des principales craintes formulées c’est que l’apprentissage se fasse à double vitesse pour les écoliers confinés. “C’est sûr qu’il y aura des écarts. Certaines familles auront poussé leurs enfants, d’autres n’auront pas eu le temps, la patience ou les capacités pour s’y atteler. C’est la raison pour laquelle je n’aborde aucun nouveau chapitre”, affirme Mathilde.

 

La communication : le nerf de la guerre

 

Pour Mathilde comme pour Alice, cette première semaine a eu l’effet d’un baptême du feu un peu chaotique niveau organisation. La communication parents-professeurs apparaît unanimement comme le nerf de la guerre. Chacun dispose ainsi de ses propres astuces ; création de boîtes mails dédiées, mise en place d’emplois du temps en ligne (Doodle), planning de visioconférences avec chaque élève pour effectuer des bilans de compétences, avec pour beaucoup une bonne dose de “débrouille” pour établir un lien avec les parents : “Du coup, j’improvise”, assume Alice.

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Au collège, les difficultés et les inquiétudes restent sensiblement les mêmes. “Nous avons reçu des mails assez lointains de l’Education nationale, corroborés par des consignes plus concrètes de notre principale”, explique Lucie, professeur d’histoire-géographie dans un collège breton. Concrètement, les journées d’un professeur à distance courent de 8h à 18h devant un ordinateur “pour répondre au mieux aux questions des élèves, pour s’échanger le plan de travail et les rendus de travaux sur le cloud”. Partagée entre la volonté de réviser d’anciens chapitres, bouclés par des contrôles et d’en ouvrir de nouveaux, Lucie nous confie marcher sur des œufs dans la préparation de ses cours : “Je m’arrête davantage sur des notions déjà vues en cours, comme la différence entre un pays et une région pour ma classe de cinquième”. 

 

Quels outils numériques utiliser ?

 

Sites institutionnels, chaînes de télévision, bibliothèques en ligne ou encore chaînes YouTube : les outils numériques à disposition des élèves comme des professeurs ne manquent pas. Le ministère de l’Education nationale propose à travers son site Eduscol un certain nombre de banques de ressources pédagogiques à commencer par Digitheque-belin.fr, une plateforme qui dispense des cours à distance dans différentes matières. Pour compléter ces cours, il existe des bibliothèques numériques comme Eduthèque. La plupart des éditeurs de manuels scolaires (Bordas, Nathan, Le Robert, Magnard, Hachette…) donnent également accès à leur contenu en ligne. « Nous conseillons aux parents d’alterner avec de la vidéo et du son. J’utilise à titre personnel Lumni, le site de France.tv », explique Mathilde. Enfin pour les élèves en difficulté ou porteur d’un handicap, le site Eduscol a réuni une dizaine d’outils pédagogiques adaptés dans l’une de ses rubriques.

 

S’il n’est pas question de s’inventer professeurs en l’espace de quelques semaines, certaines préconisations peuvent cependant être appliquées. “Je conseille aux parents de ne pas dépasser deux heures de travail par jour pour les maternelles et ainsi d’éviter de faire crouler nos têtes blondes sous le travail. J’invite aussi à toujours garder un côté ludique aux activités dans la mesure des contraintes du confinement bien sûr : cuisiner pour apprendre du vocabulaire, compter les objets de la maison, profiter de l’extérieur pour observer l’éveil de la nature quand c’est possible…, fait savoir Alice.” “Essayez de faire au mieux, la priorité reste la santé”, martèle Lucie à ses élèves de cinquième.

 

Enfin, derrière les différentes inquiétudes et couacs que suscite ce confinement, l’épisode du coronavirus aura eu son lot de conséquences positives : “Nous aurons au moins tissé de nouveaux liens entre professeurs et familles. Les barrières tombent un peu”, se satisfait Mathilde.

 

 

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