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Policiers armés dans une église : que s’est-il passé ?

Depuis les révélations de Mgr Aupetit sur notre antenne hier, l’affaire de l’irruption policière lors d’une messe à huis-clos dimanche dernier a fait grand bruit. Que s’est-il passé dans cette église du 8e arrondissement de Paris ?

« Il faut garder la tête froide et arrêter ce cirque, sinon on va prendre la parole et en cas de confinement aboyer très fort. » Dans sa dernière chronique, Mgr Aupetit a usé d’un ton qu’on ne lui connaissait pas. La raison de cette colère est apparue dimanche dernier alors que des policiers armés sont entrés dans une église parisienne en pleine messe dominicale. Cet événement révélé sur notre antenne a suscité de l’incompréhension auprès de la communauté catholique.

Une messe à huit-clos, réduite à sept personnes

Comme de nombreuses paroisses parisiennes, celle de Saint-André-de-l’Europe dans le 8e arrondissement de Paris n’a pas stoppé ses messes durant le confinement, pour la simple et bonne raison qu’elle les rediffuse sur les réseaux sociaux pour ses paroissiens confinés. Dans le respect des mesures de confinement, cette messe était donc célébrée en petit comité, présidée par l’abbé Philippe de Maistre, accompagné d’un organiste, d’un servant d’autel, d’un chantre et de trois paroissiens pour faire la réponse et tenir la caméra, soit en tout sept personnes. Pourtant, un voisin a cru bon alerter les autorités pour dénoncer la tenue de cette office qu’il a qualifié de « clandestin ».

Les forces de l’ordre ont donc fait irruption dans l’église et ont sommé le prêtre d’arrêter la messe. Cette célébration ne contrevenait pourtant pas semble-t-il aux règles de confinement. Celles-ci imposent « qu’aucune messe publique (dominicale, de semaine, de funérailles) avec une assemblée, de quelque taille qu’elle soit, ne doit être célébrée« . D’autre part, les églises peuvent demeurer ouvertes, avec moins de 20 personnes en prière individuelle et à distance les unes des autres et les confessions doivent respecter une distance d’au moins un mètre. Or dans le cas présent, la messe était donnée à huis-clos, réservée aux célébrants et n’accueillait pas de réunion de fidèles. « On a quand même le droit de dire la messe. Moi je la dis tous les dimanches et tous les jours« , a tenu à signaler Mgr Aupetit.

 

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Irruption de policiers dans l’église : que dit la loi ?

Autre point de friction, la présence de policiers armés. « Il y a interdiction formelle aux policiers d’entrer en arme dans une église« , a tenu à rappeler Mgr Aupetit. En effet, l’autorité de police dans une église est différente de celle fixée dans l’espace public. Elle appartient au prêtre et sur ce point, la loi de 1905 de séparation des Églises et de l’État est très claire : « Le ministre du culte dispose de la police de l’église. Dans les édifices du culte appartenant au domaine public, l’administration ne peut intervenir qu’en cas de circonstances exceptionnelles pouvant nécessiter une telle mesure ». Or comme l’a indiqué Mgr Aupetit, « il n’y avait pas de terroristes !« .

De plus, l’arrêt du Conseil d’Etat de 1913 éclaire la précédente loi et mentionne que : « L’exercice des pouvoirs de police du maire, (s’agissant d’un édifice du culte, NDLR), se trouve limité à la prescription et à l’exécution de mesures absolument indispensables pour assurer la sécurité publique« . Ainsi, étant donné que le ministre du culte est, selon l’article 5 de la loi du 2 janvier 1907 « affectataire d’un édifice religieux« , il est investi du pouvoir d’en organiser le fonctionnement et donc recevable de réclamer réparation du dommage causé par les infractions y étant commises. En résumé, la police ne peut intervenir dans une église qu’à la demande expresse du curé, et non de son propre chef.

Si l’intrusion ou le maintien non autorisé dans les édifices du culte classés ou inscrits est susceptible d’une amende prévue par l’article R.645-13 du Code pénal, l’abbé Philippe de Maistre s’est entretenu avec le maire et le commissaire, et a décidé de ne pas porter plainte, selon le diocèse de Paris.