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Persécutions des chrétiens en Chine : Le gouvernement passe à la vitesse supérieure

Le gouvernement de Xi Jinping a voté de nouvelles mesures administratives visant à encadrer davantage les groupes religieux, notamment les chrétiens et restreignant un peu plus leur liberté de culte.

Février 2020. Alors que le monde se tourne vers l’Empire du Milieu, retenant son souffle devant l’expansion du coronavirus, un autre sujet suscite l’inquiétude, sans toutefois agiter les médias internationaux. D’ici quelques jours, le gouvernement chinois devra faire appliquer de nouvelles mesures administratives votées le 30 décembre dernier pour les groupes religieux. Une annonce qui, en ces termes, ne présage rien de particulièrement alarmant. Pourtant, les 41 articles de cette loi sont « l’incarnation juridique de la nouvelle politique religieuse du président Xi Jinping la plus restrictive depuis la Révolution culturelle » selon Bitter Winter, un webzine sur la liberté de religion et les droits de l’homme en Chine.

Une sinisation des religions

Mais que contient réellement cette loi ? D’après l’article 5 et 17, il est expressément demandé aux groupes religieux d’“adhérer à la direction du Parti communiste chinois”, de “respecter la Constitution, les lois, les règlements, les règles et les politiques, adhérer au principe de l’indépendance et de l’autonomie gouvernementale”, d’appliquer les valeurs fondamentales du socialisme et de maintenir l’unité nationale”. Les organismes religieux devront également « faire connaître les principes et politiques du Parti communiste chinois »  et « éduquer et guider le personnel religieux et les citoyens religieux à soutenir la direction du Parti communiste chinois ». En clair, toutes les religions présentes en Chine devront prêter allégeance au PCC. Tout récemment, il a aussi été décrété d’après Bitter Winter que tout rite ou coutume religieux était interdits lors des funérailles. Depuis 2013 et l’arrivée de Xi Jinping à la tête de la république populaire de Chine, les communautés religieuses et notamment les chrétiens ont vu apparaître de plus en plus de restrictions, faisant craindre un climat de persécutions. 

Virage anti-religieux en 2016

La première arme utilisée par le gouvernement chinois est l’éducation comme le souligne l’AED (l’Aide à l’Eglise en Détresse) : “l’éducation est utilisée comme un outil de conditionnement social : dans certaines régions, il aurait été demandé aux élèves de signer une déclaration affirmant qu’ils feraient la promotion de l’athéisme, en s’opposant à la croyance en Dieu”. Bien que la Constitution chinoise de 1982 protège les religions officielles (boudhisme, catholicisme, protestantisme, islam, taoïsme), il ne faut pas oublier que la République populaire de Chine revendique une politique d’athéisme d’État reposant sur une morale confucéenne. D’ailleurs les membres du PCC sont tenus de rester athées. Un virage anti-religieux a été pris en 2016 quand en 2016 Xi Jinping a introduit l’impératif de sinisation des religions. Depuis, des arrestations arbitraires sont régulièrement recensées, comme celle de Mgr Peter Shao Zhumin, évêque de Wenzhou dans le sud-est de la Chine. En février 2019, 44 membres de l’Eglise « Early Rain Covenant » ont été placés en garde à vue dans le ville de Chengdou. Leur faute ? Avoir continué de prier dans une église officiellement fermée par les autorités chinoises en décembre 2018 pour “incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat”. De plus, “les mineurs ne peuvent pas rentrer dans des églises”, détaille Mgr Colomb, évêque de La Rochelle et Saintes, “Cette forme d’interférence dans la vie intime des familles, je ne la vois nul part ailleurs dans le monde”. 

Pratiques souterraines

Ces mesures autoritaires contraignent donc les fidèles à observer des pratiques religieuses souterraines, oscillant entre église officielle et non officielle. “Il y a des évêques nommés par Rome et non reconnus par le gouvernement, des évêques officiels reconnus par le gouvernement et pas par Rome et une majorité d’évêques officiels reconnus par le gouvernement et par Rome”, explique Mgr Georges Colomb. Cette difficulté de dialogue entre Rome et Pékin, malgré un accord pris en septembre 2018, est ancienne, comme en témoigne le père Jean Charbonnier, spécialiste de la Chine aux MEP (Missions étrangères de Paris) : “Avant 1982, les catholiques de Chine n’avaient pas entendu parler du Concile du Vatican. Ils célébraient toujours en latin comme autrefois et les séminaires n’étaient pas encore ouverts. Dans les années 1980 nous avons pu diffuser en Chine toute la nouvelle littérature chrétienne en chinois produite à Taiwan et Hongkong”

Cette pression supplémentaire opérée sur les chrétiens en Chine n’est pas sans inquiéter les représentants de l’AED, dont Amélie de la Hougue, responsable du service information de l’Aide à l’Eglise en détresse : “L’intimidation subie par les chrétiens et les autres religions va aller croissant notamment à cause des nouvelles technologies, de la reconnaissance faciale qui vont instaurer un nouveau climat de persécution. Le gouvernement a d’ailleurs récemment instauré un système de récompenses pour des délations”. 

S’il n’est pas possible de relier augmentation de l’émigration chinoise (notamment vers l’Europe) avec persécutions religieuses fautes de données chiffrées, le père Charbonnier a tout de même vu défiler “depuis une trentaine d’années un certain nombre de demandes de séjour en France pour raison de  libre exercice de la foi ».