le direct Musique sacrée

Musulmans et catholiques font front face au terrorisme

Suite à l’attentat de Nice fin octobre, de nombreux musulmans ont spontanément montré leur soutien auprès de la communauté catholique endeuillée, et souhaitent désormais consolider le dialogue interreligieux.

Il est 20 heures passées ce 19 octobre quand Elyazid Benferhat, jeune Français de confession musulmane, prend la parole sur Facebook. Dix heures auparavant, tout le pays apprend avec effroi l’attentat perpétré à la basilique Notre-Dame de l’Assomption de Nice, faisant trois morts. Dévasté, Elyazid appelle un ami résidant à Nice. Il ne veut pas rester là les bras croisés, impuissant face aux informations tragiques qui défilent à la télévision et sur les réseaux sociaux. Deux semaines après l’exécution de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, “c’est la goutte d’eau qui a fait déborder mon vase.” Il souhaite agir, mais comment ? “Mon ami m’a dit que rendre hommage n’était plus suffisant et qu’il fallait désormais agir en protégeant les lieux de culte”.


“Il fallait qu’on se réveille”


L’habitant de Lodève, une ancienne cité épiscopale de l’Hérault, valide l’idée. Il contacte alors ses proches, rassemble des jeunes habitants de la ville et leur soumet le projet à son tour : “Il fallait qu’on se réveille”, admet-t-il. « On s’est réuni devant la cathédrale de Lodève symboliquement d’abord. Puis, j’ai accompagné cette action d’un message relayé sur les réseaux sociaux”. Le texte est partagé et liké près de 2000 fois. Elyazid ne s’attendait pas à un tel élan favorable, dépassant très largement son cercle d’amis. “J’ai été progressivement contacté par les médias et même par des personnalités publiques”, confie-t-il. 

Deux jours plus tard, une attaque touche cette fois un prêtre orthodoxe de la ville de Lyon à la sortie de son église. “Nous décidons alors de réitérer notre action et de protéger la cathédrale de Lodève et échanger avec les fidèles lors de la messe de la Toussaint”.

Des actions à Lodève, Blois ou encore Besançon

A plusieurs centaines de kilomètres de là, à Blois dans le Loir-et-Cher, même initiative spontanée de la part de la communauté musulmane locale, pour « soutenir la communauté chrétienne, touchée récemment par des événements tragiques, et aller contre le discours de haine et de division », explique un pratiquant au quotidien régional La Nouvelle République. Une démarche saluée par Mgr Batut, évêque de Blois, qui célébrait la messe ce jour-là : “Nous voulions montrer que nous luttons ensemble contre ces déviations dramatiques”, a-t-il aussi déclaré à La Nouvelle République, n’hésitant pas à faire des ponts entre les deux religions et leurs textes fondateurs : “Il y a beaucoup de choses en commun. Nous pouvons nous appuyer sur ce socle de spiritualité universelle pour faire front ensemble, face à des phénomènes d’ignorance et de méconnaissance.” 

Les musulmans de Blois ne s’étaient certainement pas concertés avec ceux de Besançon. Et pourtant… La volonté a été la même aux abords de la cathédrale franc-comtoise. Des représentants des mosquées de Besançon et des jeunes musulmans ont été accueillis en ce dimanche de Toussaint par Mgr Jean-Luc Bouilleret et toute l’assemblée de catholiques, pour leur transmettre un message de paix. “Comme tous les citoyens, quand nous avons appris qu’un tel acte avait été perpétré avec une extrême barbarie, nous avons été profondément touchés”, explique Khalid Jarmouni, président du Centre Culturel Islamique de Franche-Comté, à l’initiative de ce rapprochement. “Ce geste avait deux objectifs : d’une part pour exprimer notre grande tristesse et notre consternation auprès de la communauté catholique et lui présenter nos condoléances. D’autre part, nous souhaitions expliquer qu’il est inadmissible pour nous musulmans d’associer un tel crime à notre religion. Enfin, nous voulions diffuser un message de paix en déposant une gerbe à l’autel avec des fleurs blanches individuelles”, détaille  Khalid Jarmouni. 


« L’attitude juste et apaisante des évêques »


Si le geste est fort, à la hauteur de la gravité des événements récents, le dialogue interreligieux n’est pas nouveau entre musulmans et catholiques. “Au mois de décembre 2019, nous avions reçu tous les prêtres du diocèse au sein de la mosquée de Besançon. Il y avait des interventions de l’évêque, des témoignages sur des thématiques telles que noël et ou le ramadan. Les évêques nous connaissent et connaissent les musulmans qui vivent dans leur ville. Ils ne peuvent pas faire l’amalgame”, précise Khalid Jarmouni qui salue d’ailleurs “l’attitude très positive, juste et apaisante des évêques de la CEF à la suite de l’attaque de Nice, pour qu’aucun amalgame ne soit fait. C’est très important à nos yeux”. 

Le dialogue, la formation, l’échange, seront les remparts contre l’obscurantisme comme l’affirment ces musulmans. Tous rêvent d’une chose : que soient interprétés à juste titre les textes religieux qu’ils étudient : “l’objectif principal de la pratique de l’islam, c’est l’incitation à vivre en paix avec Dieu et à retourner auprès de lui avec un coeur apaisé, un coeur empli de Dieu, qui a fait du bien autour de lui. Malheureusement certaines personnes regardent encore l’islam a travers le prisme politique et non pas à travers celui de la foi et de la spiritualité”, regrette Khalid Jarmouni qui souligne à son tour la proximité entre les préceptes chrétiens et musulmans. “Le Coran dédie par exemple toute une sourate à la Vierge. Notons aussi qu’il y a seulement deux passages où Mahomet est désigné nommément (il y en a bien plus mais sans qu’il ne soit signalé par son nom) quand il y en a 25 sur Jésus !

Déconstruire les amalgames

De son côté, Elyazid ne comprend pas comment un rapprochement peut être fait entre l’islam et ces terroristes. Pour preuve cette phrase que l’on retrouve dans le Coran et qui parle d’elle-même: “Celui qui tue n’est pas musulman”. “Il y a un calcul tout simple qui annule l’hypothèse selon laquelle les musulmans sont de possibles islamistes. Nous sommes environ 5 millions de musulmans en France. Si tous les musulmans devaient être des islamistes, la France ce serait déjà le chaos”. 

C’est la raison pour laquelle Elyazid a décidé de parler en tant que citoyen et non en tant que musulman. Prochaine étape de son action : rencontrer un député pour évoquer son initiative de “citoyens vigilants” qui pourrait potentiellement lui offrir un cadre pérenne. “L’idée n’est pas de se substituer aux forces de l’ordre mais de regrouper tous les Français qui le souhaitent, musulmans, catholiques, juifs, athées (…) pour protéger les lieux de culte en période de fête religieuse ou lors de plans Vigipirate”.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *