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Les oubliés du confinement : quel bilan après un mois de quarantaine ?

Depuis le 17 mars et le début du confinement, les associations caritatives travaillent d’arrache-pied pour maintenir l’accès aux besoins vitaux des personnes en difficulté. Si la mobilisation a été au rendez-vous, les conditions de vie de milliers de personnes restent très préoccupantes.

“Une situation proche du chaos”. C’est ainsi que le collectif des associations unies – organisation qui regroupe les principales associations du secteur du logement, dont la Fondation Abbé-Pierre – qualifie les premières semaines vécues par les mal-logés en France. Au lendemain des mesures de confinement prises par le gouvernement pour lutter contre le Covid-19, toutes les associations caritatives françaises se sont mobilisées pour apporter des solutions d’urgence. Appels aux dons massifs, recrutement de nouveaux bénévoles, réquisition d’hôtels pour les SDF… Les premiers jours ont ainsi été consacrés à rassembler des moyens supplémentaires pour permettre aux personnes les plus en difficulté d’être en sécurité, tant sur le plan humanitaire, avec un accès à l’alimentation et à l’hygiène, que sur le plan du confinement. 

 

65 millions d’euros débloqués en urgence par l’État

Ainsi, des maraudes sanitaires ont été déployées par les Agences régionales de santé (ARS) dans des squats ou bidonvilles pour diagnostiquer les cas symptomatiques de coronavirus et orienter les personnes vers les services sanitaires. Le ministère de la Cohésion des Territoires a également débloqué 65 millions d’euros supplémentaires pour reloger les personnes à la rue durant la crise sanitaire. Le ministère a donc pu mobiliser plus de 9 000 places d’hôtels en complément des 157 000 places d’hébergement déjà financées par l’État. Ce sont essentiellement des femmes seules avec enfant et des couples qui ont pu bénéficier de cet accueil d’urgence partout en France. 

 

Par ailleurs, l’appel à mobilisation des bénévoles semble avoir été entendu. Comme le souligne un article du Monde, depuis un mois, “le confinement a suscité un puissant élan de solidarité, notamment chez des personnes qui ne s’étaient jamais engagées”. Et pour preuve, la plateforme “Réserve civique”, mise en place depuis la mise en quarantaine pour proposer son aide près de chez soi, est quasi saturée. A Paris, tous les domaines d’action affichent complet. 

 

Un bilan en demie-teinte

 

Mais le bilan de ces premières semaines de mobilisation apparaît tout de même en demie teinte. Le collectif associatif déplore que des milliers de personnes demeurent encore à la rue et que pour 2000 d’entre elles, le téléphone sonne dans le vide lorsqu’elles appellent le 115 chaque soir. L’autre grosse difficulté est liée à la distribution alimentaire ralentie depuis le confinement. En cause le manque de moyens humains pour l’assurer. Malgré l’engagement bénévole en hausse, il n’est semble-t-il, pas suffisant pour couvrir les besoins des maraudes alimentaires quotidiennes. En effet, la majorité des bénévoles qui l’assuraient d’ordinaire sont considérées comme des personnes à risque car souvent âgées. Elles sont donc d’office écartées. Le collectif tire donc la sonnette d’alarme : “Des maraudes ont rencontré des personnes qui n’avaient pas mangé depuis plusieurs jours. Des milliers de personnes sont menacées par la faim”.

 

Des équipes peu ou pas protégées face au Covid

 

Autre constat : le manque criant de protections (masques, gels hydro-alcooliques) pour le personnel bénévole et les travailleurs sociaux en première ligne face à la propagation du virus. “Des masques arrivent en ordre dispersé, en nombre insuffisant et avec des difficultés d’acheminement et de répartition entre les équipes. La gestion des masques est chronophage pour des équipes de surcroît réduites et débordées”, indique le communiqué. Ces protections sont d’autant plus indispensables que ce personnel intervient dans des conditions d’hygiène plus qu’imparfaites : “De nombreux bains-douches ou toilettes publiques ont été fermés et les lieux d’habitat précaire, comme les squats et les bidonvilles ont un accès à l’eau très inégal.” De plus, les maraudes sont confrontées à des personnes parfois mal informées et qui ne respectent pas toujours les consignes de confinement et les gestes barrière. Résultat, la propagation du virus est particulièrement virulente au sein de ces milieux précaires : “Au 26 mars, il y a près de trois semaines, on comptait déjà près de 1 000 cas de Covid-19 dans les structures d’hébergement”. L’étude ne dit pas à combien ce chiffre est désormais. 

 

Autre motif d’inquiétude : la rupture de soins. Si la lutte contre le Covid-19 reste, comme partout, une priorité, elle n’en enlève pas moins la nécessité d’apporter un suivi médical global et régulier à toute la population. Or, les habitants des squats et bidonvilles sont particulièrement exposées aux maladies chroniques (notamment véhiculées par les problèmes d’accès à l’eau), de maladies cardio-vasculaires, ou d’addictions. Ces pathologies, souvent déjà mal soignées, pourraient constituer des complications en cas de Covid-19. 

 

Penser sur le long terme

 

Selon le collectif des associations unies, la mobilisation reste insuffisante et trop précaire pour être efficiente sur le long terme. Si les personnes les plus en difficulté ont besoin de mesures de survie déjà globalement apportées, le collectif appelle désormais à penser “l’après” grâce à des actions pérennes :  “Le système d’aide aux personnes sans domicile doit définitivement s’orienter vers le logement d’abord, pour éviter, à chaque crise ou chaque hiver, de bricoler des solutions palliatives qui ne permettent que de survivre en temps d’épidémie (aide alimentaire, hébergements d’urgence non adaptés…)”.

 

Vous pouvez d’ores et déjà apporter votre don à la Fondation Abbé-Pierre qui lutte contre le mal-logement.