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L’Eglise a-t-elle rétropédalé sur le mariage des prêtres ?

Très attendue, la conclusion du pape concernant le synode sur l’Amazonie a été rendue aujourd’hui. Le souverain pontife ne se prononce pas en faveur du mariage des prêtres.

C’est un vieux marronnier de l’Eglise qui agite l’institution depuis l’automne dernier, période durant laquelle s’est déroulé le Synode sur l’Amazonie. Cette assemblée d’évêques venus des neufs pays d’Amazonie a été l’occasion d’aborder plusieurs sujets “progressistes” dont la possibilité de valoriser le rôle des femmes dans l’Eglise et l’ouverture de la prêtrise aux hommes mariés. Pour rappel, cette règle qui n’est pas respectée dans les premiers temps de l’Eglise le sera dès le XIIe siècle, observant de-ci de-là des divergences, entre l’Eglise d’Orient et d’Occident. De fait, il est encore possible aujourd’hui d’ordonner des hommes mariés dans les églises coptes, orientales, maronites.

 

Pourquoi donc a-t-on relancé ce débat ? Pour la simple et bonne raison que l’Eglise catholique en Amazonie est confrontée à une pénurie de prêtres itinérants pouvant célébrer la messe et donner la communion. Or, l’abolition du célibat des prêtres dans cette région du monde pourrait être une solution face au manque de personnel du clergé. En France, c’est aussi la dégringolade en terme d’effectifs. Nous sommes en effet passés de 28 000 prêtres en activité en 1995 à 14 000 en 2017 selon la Conférence des évêques de France. 

Le pape François fidèle à sa conviction première

Cinq mois après le synode, le pape François a finalement rendu aujourd’hui ses conclusions post-synodales à travers un texte intitulé “Querida Amazonia” (“Chère Amazonie”). Si le pape a rappelé l’importance d’une protection des personnes et des écosystèmes amazoniens, il a en revanche clos tout débat en matière de mariage des prêtres. A 83 ans, Jorge Mario Bergoglio n’a pas trahi sa conviction profonde concernant le sacerdoce des prêtres qui s’aligne avec la pensée de ses prédécesseurs. D’après lui, le célibat des prêtres est une “grâce”, et non une “limite” comme le relève le père Luigi Maria Epicoco qui a compilé ses conversations avec le pape François entre mars 2019 et janvier 2020. La solution retenue par le pape pour pallier le manque de prêtres en Amazonie réside dans l’action missionnaire. François a ainsi préféré exhorter les évêques à convaincre plus de missionnaires à se rendre en Amazonie. Faire venir des prêtres de l’étranger est certes un moyen de combler un manque d’effectifs, mais ne résout pas la problématique de fond, à savoir que les communautés locales concernées par la désertification cléricale, se mobilisent pour faire perdurer leur culte. 

Plutôt que d’instaurer le mariage des prêtres,  le Père Jacques Mérienne interrogé en janvier dernier dans Ecclesia Magazine sur la question, prône un changement de modèle : “Peut-être n’a-t-on pas besoin de tant de prêtres que cela parce que ça donne une Eglise très cléricale. Peut-être faut-il rendre l’Eglise aux fidèles?”. Et si l’avenir de l’Eglise passait par ses fidèles, par le rapport entre laïcs et prêtres ? La question est posée.