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Le Service Jésuite des Réfugiés fête ses 40 ans de mission auprès des migrants

Lutter contre l’isolement et l’exclusion sociale des demandeurs d’asile et des réfugiés, telle est la mission du Service Jésuite des Réfugiés créé il y a 40 ans par le père Pedro Arrupe, supérieur général de la Compagnie de Jésus à Rome, à la demande de ses compagnons d’Asie et d’Afrique.

Fondée en 1980 et portée par les Jésuites, le Service Jésuite des Réfugiés (JRS -Jesuit Refugee Service) une organisation non gouvernementale internationale catholique, est présent dans une cinquantaine de pays dont une vingtaine en Europe. Sa mission : accompagner, servir et défendre les personnes déplacées. Au total, plus de 677 000 personnes ont bénéficié de ses actions en 2018.

Accompagner, servir et défendre les droits des réfugiés

Dans une lettre écrite au père Thomas H. Smolich, directeur international du JRS à l’occasion du 40e anniversaire de la création du Service Jésuite des Réfugiés, le Pape François a rappelé son «devoir vital» de «tendre la main de l’amitié» aux migrants et réfugiés.

«Le JRS a un rôle crucial de faire connaître et de sensibiliser l’opinion publique sur la réalité des réfugiés et des déplacés. C’est votre devoir vital de tendre la main de l’amitié à ceux qui sont seuls, séparés de leurs familles, ou abandonnés, en les accompagnant, en  faisant résonner leur voix, et surtout en leur garantissant l’opportunité de grandir à travers vos programmes d’instruction et de développement». Ce témoignage se révèle fondamental pour construire une vraie «culture de la rencontre», insiste l’évêque de Rome. Une mission d’autant plus nécessaire aujourd’hui alors que la pandémie de coronavirus rappelle combien «nous sommes tous sur le même bateau».

Le père Antoine Paumard est le directeur du Service Jésuite des Réfugiés en France depuis deux ans. Aujourd’hui, il porte un double regard sur ces 40 ans de mission. « Je porte à la fois un regard d’émerveillement et de dépit. D’émerveillement tout d’abord, car le JRS a pu répondre à beaucoup de sollicitations et faire du bien, sur tous les continents. En 1980, le père Arrupe n’avait certainement pas cette intuition que ça deviendrait une ONG internationale! C’est beau de lancer quelque chose et de le voir grandir. Aujourd’hui, le JRS est partout : il propose des accueils de jour et de nuit en Italie, des programmes d’intégration en France… Il a su s’adapter à travers le monde en participant à sa mesure et aux besoins de chacun ». Accompagner, servir et défendre, les trois mots clés pour définir le JRS ne sont donc « pas tant une mission qu’un style », précise le jésuite. Pourtant, ajoute le père Paumard, « la question des réfugiés est clivante et stigmatisante, pour des raisons, je dois dire, qui m’échappent. Cela est valable dans tous les pays et aussi pour la France, où nous sommes englués dans un contexte imprégné des termes de l’extrême-droite qui empêchent de réfléchir de manière apaisée ».

Accueil et hospitalité en temps de pandémie

« Nos bureaux sont fermés mais nous gardons un désir de servir. Comme pendant le premier confinement, nous restons à l’écoute des personnes, majoritairement bénévoles, de leur fatigue et de leur créativité et nous faisons au mieux pour les accompagner. Tout ce qui concerne l’accompagnement personnel continue, notamment grâce à l’application de visioconférence Zoom et les programmes restent ouverts. Pour le programme WELCOME (qui propose d’accueillir un demandeur d’asile pendant quelques semaines) l’accueil s’est réduit, mais on continue comme on peut ».

avec Abdi Asis (1)
Abdi Asis et sa famille d’accueil début 2020

A la crise sanitaire s’ajoute également la crise sociale, alors que le Secours Catholique dresse un bilan inquiétant sur l’état de la pauvreté en France dans son rapport annuel publié ce jeudi 12 novembre.  « Il faut avoir une vision globale sur la pauvreté pour pouvoir comprendre les migrants », explique le père Paumard. « Notamment en ce qui concerne la rupture des droits ou les démarches administratives… ».

Chacun est un trésor pour l’autre

Une conviction anime le directeur : « comme pour le virus, nous allons lutter contre la pauvreté ensemble. Chacun est un trésor pour l’autre, cette amitié à laquelle nous sommes conviés permettra de guérir la pauvreté. Chaque être humain est digne de mon attention. Il faut servir l’autre pour découvrir sa propre fragilité et ainsi construire une société apaisée. La rencontre est un moteur de transformation personnelle et de transformation des préjugés que l’on peut avoir vis-à-vis des migrants« .

« L’une des choses qui me touche lorsqu’un personne en situation difficile vient nous voir et que, malheureusement comme cela arrive souvent, nous lui disons que ne pouvons rien faire pour elle, elle dit « merci beaucoup pour votre accueil » gardant, malgré toutes les difficultés qui l’accablent, sa dignité. Je me demande à chaque fois, et moi, qu’est-ce que j’aurais fait, comment j’aurais été », confie le père Antoine Paumard. « Cette forme de décentrement nous permet d’aller à l’essentiel et de revoir notre posture ». Et de terminer : « Je me souviens de l’incendie à Notre-Dame, ce jour-là, je reçois un sms d’un libyen avec qui j’avais visité la cathédrale qui me dit, ‘Je pense à toi, à notre visite à Notre-Dame. Est-ce que les prières que j’ai faites pour toi disparaissent dans l’incendie ?' ».


Pour ses 40 ans, le JRS publie de nombreux témoignages de gens qui se sont engagés pour les réfugiés ainsi que des personnes qui ont été accompagnées et ont réussi à s’en sortir. A retrouver sur le site jrsfrance.org et les réseaux sociaux.

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