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Le journaliste Henri Tincq emporté par le Covid-19

Ancien journaliste à La Croix puis au Monde où il tenait la rubrique « Religions » durant plus de 20 ans, Henri Tincq est mort ce dimanche soir 29 mars des suites du Coronavirus. Il avait été à plusieurs reprises l’invité de Radio Notre Dame. 

Ch’timi, Henri Tincq voit le jour, en 1945, dans une famille ouvrière chrétienne. Une scolarité à l’Institution Saint-Paul de Lens, il grandit dans une région très marquée par la lutte anticléricale d’un côté – avec les militants communistes – et les militants chrétiens de l’autre. L’étudiant choisit l’engagement au service de sa foi. Il milite pour la JEC, la Jeunesse étudiante chrétienne. « C’était alors le meilleur levier pour faire bouger les choses dans le monde, pour faire passer le message de l’Evangile », témoignait-il lors de sa première venue dans Le Grand Témoin en 2005. Egalement passionné par les débats politiques – la guerre au Vietnam, la guerre d’Algérie – Henri Tincq décide d’être hors normes. Au lieu de devenir enseignant comme nombre de membres de sa famille, il préfère devenir journaliste : une façon aussi, pour lui, de s’extraire de son milieu modeste. L’école de journalisme de Lille, une licence de Lettres modernes, Sc Po Paris. Henri Tincq écrit ses premiers articles à 18-19 ans et décriche son premier emploi à La Croix. 13 années durant lesquelles il passe par le service politique avant de finir chef du service religion. En 1985, c’est Le Monde qui vient le chercher pour lui offrir, sur un plateau, les infos religieuses.  « Lorsque j’ai pris en charge la rubrique « Religion », la première chose que j’ai faite, c’est d’y ajouter un « s »… Je voulais ouvrir l’information religieuse à toutes les religions ». Les rencontres d’Assises, l’oecuménisme, le dialogue judéo-chrétien : des thèmes chers à Henri Tincq. Celui qui a écrit « L’étoile et la Croix » en 1993, aux éditions Lattès, n’a jamais oublié la prière de Jean-Paul II à Gethsémani, lors de sa visite à Jérusalem. « Je fus l’un des rares journalistes à y assister ». Henri Tincq a suivi 50 voyages pontificaux. « 50 moments émouvants touchant à l’intime », répétait-il. En 1998, alors qu’il vient de perdre son épouse, Jean-Paul II le fait venir du fond de l’avion et bénit ses enfants. 20 ans plus tard, devenu conseiller rédactionnel au Monde des Religions, Henri Tincq participe à l’écriture du nouveau Dictionnaire Larousse des religions.

Il était l’invité de Louis Daufresne le 31 octobre dernier pour évoquer, notamment, son dernier livre « Vatican, la fin d’un monde » (Cerf) et parlé de la nouvelle ère incarnée par le pape François.  « Il a compris qu’il ne fallait plus s’adresser au monde d’aujourd’hui avec de grands magistères moraux, mais en prenant compassion pour les personnes », déclarait alors Henri Tincq, « il est capable de bousculer les conservatismes au sein de l’Eglise, et aller jusqu’au bout de ses réformes ».