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Jésus était-il blanc ?

En plein débat contre le racisme, l’archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, a invité l’Eglise à repenser les représentations de Jésus à la peau pâle qui, selon les scientifiques, ne correspondent pas tout à fait à la réalité historique.

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C’est probablement l’un des visages les mieux identifiés au monde. Nous nous le représentons bruns aux cheveux longs, la barbe fournie, le teint clair et le nez fin. L’a-t-on d’ailleurs déjà imaginé autrement ? En 2014, une comédie américaine fait sortir Jésus des « sentiers battus » et le grime sous les traits d’un SDF qui aide les pauvres de son quartier de Los Angeles et qui cohabite avec les gangsters. Le fils de Dieu version contemporaine à la peau noire se fait appeler « Black Jesus ».

Dans une interview accordée à la BBC, le primat de l’Eglise d’Angleterre, l’archevêque de Cantorbéry, Justin Welby, a relancé le débat millénaire sur la couleur de peau de Jésus. Dans un contexte marqué par les manifestations anti-racistes et de déboulonnage de statues pour leur lien supposé avec l’esclavagisme, le prélat a appelé l’Eglise à reconnaître ses propres erreurs et ses échecs en matière d’inégalités raciales, sans toutefois « jeter tout ce qui vient du passé« . Dans cette perspective, il a aussi invité l’Eglise à reconsidérer la représentation faite de Jésus, habituellement incarné avec une peau pâle dans la société occidentale.

Jésus, à l’image des artistes qui le représentent

Ainsi, il reconnaît qu’ailleurs dans le monde, Jésus peut être tantôt bronzé, tantôt bridé, correspondant à la culture dans laquelle il a été représenté. Pourquoi existe-t-il donc une telle hétérogénéité du physique du Christ ? On pourrait se dire qu’il faut trouver la réponse dans la Bible. Le texte sacré ne sera malheureusement d’aucune aide. Aucune mention de son apparence n’apparaît dans le Nouveau Testament et aucun dessin en la matière n’a été retrouvé. En l’absence de preuves, les artistes postérieurs à la vie du Christ ont donc fait appel à leur imagination, donnant toutes sortes d’interprétations selon la région dans laquelle ils se trouvaient et surtout selon la période de laquelle ils étaient contemporains.

En effet, comme l’explique l’historien Colin Kidd, l’évolution de l’image de Jésus a longtemps été dépendante de théories raciales et de stéréotypes culturels plutôt que de méthodes scientifiques. Par exemple au XIXe siècle, période d’expansion de l’antisémitisme, la théorie d’un Jésus aryen blanc était la plus répandue. A l’inverse, Martin Luther King était quant à lui partisan de la théorie du « Christ noir », assimilant la lutte de Jésus contre les autorités de l’époque à la lutte des Afro-Américains dans le sud des États-Unis. Mais l’image d’un Jésus aux traits caucasiens reste cependant la plus populaire. La publicité américaine et la production de masse ont contribué à implanter dans de nombreux esprits la figure d’un grand blond aux yeux bleus, à l’image d’une oeuvre diffusée au 20e siècle, La Tête du Christ, de Warner Sallman. Des millions de « Tête du Christ » se sont ainsi retrouvés exportées en Europe et en Asie, après que le YMCA et l’Armée du Salut pendant la Seconde Guerre mondiale les ont très largement distribués à cette époque.

Mais qu’en dit la science ?

Le Jésus de l’histoire ressemblait certainement davantage à une personne d’origine orientale du Ie siècle qu’à un nordique ou un américain de notre époque. En 2015, des scientifiques britanniques et des archéologues israéliens ont donné quelques indices allant dans ce sens après avoir analysé le crâne d’un sémite habitant la Galilée au premier siècle après J.C. Concernant ses cheveux, ils se sont basés sur des peintures de Sémites vivant à la même époque et au même endroit.  Ils en ont ainsi conclu que le Christ devait avoir les cheveux relativement courts (saint Paul disant qu’il est honteux qu’un homme porte les cheveux longs) et probablement une peau de couleur olive (les premières représentations de juifs datant du IIIe siècle montrant des personnages de peau foncée).

Mais qu’importe les détails, pour les historiens comme pour les croyants, c’est davantage les actions et la parole du fondateur du christianisme qui suscitent de l’intérêt plus que sa longueur de cheveux, sa taille et son teint.