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« Faire de la charité, ce n’est pas cocher une case, mais répondre à un appel », Thibault Leblond

La pauvreté progresse en France, c’est le triste bilan que dresse le Secours Catholique dans son rapport annuel sur la pauvreté, à la veille de la Journée mondiale des pauvres, ce dimanche 15 novembre.

Journée mondiale des pauvres

« Tends ta main au pauvre » (Si 7, 32). La sagesse antique a fait de ces mots comme un code sacré à suivre dans la vie. Ils résonnent encore aujourd’hui, avec tout leur poids de signification, pour nous aider, nous aussi, à concentrer notre regard sur l’essentiel et à surmonter les barrières de l’indifférence. La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière, écrivait le pape François dans son message du 13 juin 2020.

A la veille de la 4e journée mondiale des pauvres, ce dimanche 15 novembre, le Secours Catholique tire la sonnette d’alarme : l’association, fondée par l’abbé Jean Rodhain en 1946 pour venir en aide aux plus démunis et faire reculer la pauvreté, dresse un bilan inquiétant dans son rapport sur l’Etat de la pauvreté en France en 2020″ intitulé « Budget des ménages : des choix impossibles ». « La France franchira la barre des 10 millions de pauvres en 2020 », a indiqué Veronique Fayet, présidente de l’association dans une interwiew au Parisien. « L’association a aidé 1,4 million de personnes en 2019, dont plus de 650 000 enfants. Le niveau de vie médian de ces personnes s’élève à 537 euros, bien en dessous du seuil de pauvreté fixé en 2018 à 1 063 euros », indique le rapport publié ce jeudi 12 novembre. Aujourd’hui, de plus en plus de personnes sont confrontées à des « choix impossibles ». Une situation dramatique qui n’est pas prête de s’améliorer : « La crise actuelle va encore augmenter la pauvreté et les inégalités », souligne la présidente.  « Beaucoup de personnes qui étaient dans une grande fragilité économique ont basculé dans la pauvreté. La situation est dramatique ».

Ces précarités, François Déprez, diacre et délégué à la Solidarité pour le diocèse, une délégation au service des paroisses, des associations et des congrégations qui oeuvrent aux côtés de toutes formes de pauvretés ainsi que Thibault Leblond, engagé au sein de l’association « Aux Captifs, la libération » qui rencontre et accompagne les gens de la rue depuis 10 ans, les connaissent bien.

« Nous sommes très sollicités », commence le premier au micro de Louis-Auxile Maillard dans l’émission de ce jeudi 12 novembre autour de la question « Que faites-vous pour ou avec les pauvres? ». En ce second confinement, les demandes d’aide alimentaire sont en hausse précise-t-il et il y a une grande précarité financière. Mais ce qui le préoccupe le plus, c’est l’isolement des personnes les plus fragiles, qui risque encore de s’accentuer avec ce nouveau confinement.

Notre mission, c’est une présence, une amitié

« Nous avons eu la chance d’un premier confinement, donc cette fois-ci nos activités ne se sont pas arrêtées », témoigne Thibault Leblond. « Les gens qui sont a la rue, restent dans la rue. Ils ont besoin qu’on leur apporte l’Espérance car on ne sait pas ce qui va arriver dans les prochains mois ».

Selon François Déprez, «ce second confinement a aggravé la sensation de perte de liberté» et toutes les activités caritatives doivent se poursuivre, y compris l’opération Hiver solidaire qui devrait débuter en décembre.


« Nul n’est trop pauvre pour n’avoir rien à partager et nul n’est trop riche pour n’avoir rien à recevoir ». Jean Rodhain, fondateur du Secours Catholique


« Nous avons cette conviction que ce qui aide -entre autre- les personnes de la rue, c’est de nous tenir auprès d’eux, de leur misère, alors que parfois nous aimerions détourner le regard« , raconte Thibault Leblond de l’association « Aux Captifs, la libération ». Il faut s’asseoir avec eux pour pouvoir se rencontrer d’égal à égal, se rapprocher pour engager un dialogue et ne pas les toiser de haut. »

« Vivre à la rue, c’est un scandale pour notre société et notre église, mais le risque c’est de se cacher derrière une tasse de café », poursuit Thibault Leblond, prenant l’exemple d’un médecin qui ne s’attarderait que sur la maladie et non sur la personne dans son intégralité. « Il faut passer d’une dimension de service à une rencontre amicale ».

Car la pauvreté n’est pas qu’une affaire financière

« La réalité de la pauvreté peut être extérieure : les gens dans la rue, abîmés, la misère… mais la pauvreté, c’est aussi celle qui peut nous toucher de près avec un père malade, une voisine seule… Et l’expérience que j’en ai fait, à la rencontre de ces captivités, de cet autre qui n’a que l’essentiel, c’est que je découvre les miennes, mes peurs, mes fragilités… » continue Thibault Leblond

Face à la dépendance, témoigne un auditeur, quelle souffrance de vivre l’impuissance de ne pas pouvoir aider l’autre. 

Répondre à un appel

« Nos activités, ce ne sont pas seulement un « travail » ou un « bénévolat ». Toutes nos démarches servent l’unité de l’Eglise, poursuit Thibault Leblond. Faire de la charité, ce n’est pas cocher une case, mais répondre à un appel. Si on ne part pas de tout en bas, on ne construit pas une communauté ». Et François Déprez d’ajouter « nous sommes UN dans le Christ, quelque soit notre condition ».

Cette intuition, Etienne Villemain l’a eu aussi, l’amenant à organiser un pèlerinage à Rome avec des gens de la rue. « On s’est dit que les pauvres avaient leur place au coeur de l’Eglise et non pas aux portes des églises. Le coeur de l’Eglise, c’est aussi au Vatican, à Rome » donnant ainsi naissance au rassemblement Fratello. Joint par téléphone, celui qui a fondé les colocations solidaires entre jeunes actifs et gens de la rue, est actuellement à Toulouse, dans un nouveau lieu de vie partagée entre des personnes fragiles et leurs accompagnateurs qui vient de voir le jour : le Village François. « Quoiqu’il arrive, dans nos pires galères, Dieu est toujours là, parmi nous, pour nous les pauvres« . Et de conclure « vivre avec les pauvres, c’est répondre à l’appel« .

Étienne Villemain, cofondateur de l’association Lazare et de l’Association pour l’amitié (APA) et à l’initiative de cet évènement revient sur la genèse de la Journée mondiale des pauvres au travers de son parcours et de ses rencontres.

« Ces rencontres-là, on n’en sort jamais indemne », conclut Thibault Leblond, de l’association « Aux Captifs, la libération ». « Cela peut nous rendre joyeux, nous égayer, mais aussi nous déranger, nous interroger et donc nous recentrer sur l’essentiel… Il faut tendre la main, pas forcément pour donner, mais avoir les mains ouvertes pour prendre, recevoir ce que l’autre a à donner ».

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