le direct Musique sacrée

Elisabeth Godon, psychologue scolaire : « Par ce confinement, prenons conscience qu’instruction et éducation peuvent se seconder »

Des parents déjà à bout et des enfants qui n’en font qu’à leur tête. C’est l’image véhiculée par cette première semaine d’école à la maison. Elisabeth Godon, psychologue scolaire et professeur des écoles, nous livre quelques conseils pour partir sur de bonnes bases.

Elisabeth Godon2Quels conseils pouvez-vous donner aux parents pendant et après le confinement ?

Il vous faut un terrain d’entente qui est tout trouvé : le travail scolaire. Dans une classe, chaque élève est unique. Mais l’enseignement est le même. Pour une fois, vous avez la possibilité d’aider votre enfant à travailler de manière plus personnelle.
Si vous parvenez à un consensus et que, une fois la mise en route effectuée, les choses tournent, il prendra confiance en lui et en vous. Je prodiguerai en premier lieu ce conseil en direction des parents d’enfants scolarisés en maternelle puisqu’ils ne sont en sécurité qu’en présence de l’adulte, et que pour apprendre, ils doivent se sentir en sécurité. Le confinement a entraîné chez les plus jeunes une séparation de tous les repères soigneusement installés par leur enseignant depuis le début de l’année. Or, la sécurité affective dont ils ont besoin pour progresser nécessite l’existence de repères : dans l’espace, dans le temps, visuels et humains.

Mon conseil pour empêcher une instabilité affective : ne pas céder à la panique, ne pas montrer que vous ne savez pas ce qu’il faut faire, que vous êtes démunis en tenant compte de son avis et de certaines contraintes du quotidien (télé-travail des parents, espace plus ou moins étendu, nombre d’ordinateurs à disposition, nombre d’enfants à gérer…). Vous pouvez peut-être avant tout écrire en toutes lettres et apposer sur un mur le message suivant : « Nous ne sommes pas en vacances » et sur un calendrier, cocher les dates des vacances prochaines.

Comment apporter les réponses adéquates aux enfants sur le contexte actuel ? 

Votre enfant est trop petit pour avoir peur de la même chose que vous. Il n’a peur que de votre peur. Rassurez-le par une attitude calme et ferme. Certes, le lieu a changé. Certes, l’enseignant n’est pas là. Certes, il n’entend plus la sonnerie rythmant la journée, et ne répond plus présent à l’appel le matin. Mais il vous est recommandé d’introduire à la maison les facteurs de stabilité qui sont les leurs (espace, temps, repères visuels et repères de personnes : par exemple, papa s’occupera des maths et maman du français ou inversement).
Pas de panique si l’organisation nécessite quelques aménagements : il vous faudra certainement plusieurs jours de rodage pour que ces bases conviennent à tous. Il n’y a pas de mal à revoir régulièrement les règles. En particulier, la règle « 3-6-9-12 » : pas d’écran avant 3 ans. Pas 2 de console de jeu portable avant 6 ans. Pas d’Internet avant 9 ans et Internet seul à partir de
12 ans, avec prudence, et avec un accompagnement des parents. En cette circonstance particulière, il faut bien sûr redéfinir avec vos enfants des règles d’usage, convenir d’horaires prédéfinis de navigation.

Comment garder le cap après le confinement ? 

Après le confinement, abandonnez l’idée que les choses reprendront là où elles ont été laissées. Ces semaines éprouvantes laisseront des traces. Mais si vous avez pu apporter toutes les réponses et faire preuve de calme en gardant votre posture de parent, alors cette épreuve n’aura pas été « subie ». Elle aura peut-être même permis à votre enfant de gagner en maturité. Si vous n’échangiez pas grand chose avec vos enfants ou adolescents avant mais qu’à la faveur de ces semaines passées ensemble vous avez pu exprimer vos sentiments, essayez de conserver ce lien.

Craignez-vous qu’il y ait des lacunes, des retards ou même des difficultés psychologiques qui s’installent ?

Bien sûr, je le crains. Les collégiens et lycéens pour lesquels l’enseignant est indispensable à la compréhension des nouvelles leçons et ceux qui n’auront pu être aidés par les parents devront évidemment profiter des modules scolaires gratuits de « rattrapage » vraisemblablement proposés en juillet et en août. Quoiqu’il en soit, une accentuation de la fracture sociale déjà existante est à craindre malgré les efforts des uns et des autres.

Concernant les élèves de maternelle et primaire, ces semaines se seront passées très différemment selon le vécu de l’enfant à l’école et à la maison. Premier cas de figure : l’enfant est parfaitement à l’aise à l’école et à la maison, et il s’est cru en vacances. Que ses parents aient pu le convaincre ou non qu’il n’était pas en vacances sera sans réelles conséquences psycho-affectives, puisque, pour finir, il a accepté de jouer le jeu, n’a pris aucun retard, et sera heureux de retourner avec ses camarades à l’école.
Deuxième cas de figure : il n’a pas encore trouvé sa place à l’école, il était heureux et sécurisé de rester avec ses parents. Dans ce cas, une régression psycho-affective est à craindre, alors même qu’il a pu travailler normalement. Le retour à l’école sera difficile, et il faudra suivre attentivement son comportement, son évolution, son sommeil. Troisième cas de figure : il se sent habituellement mieux à l’école qu’à la maison et ne pas s’y rendre l’angoisse. Cette rupture brutale avec ses repères constitue un traumatisme. Ses parents doivent tenter de comprendre avec lui les raisons de cette insécurité à la maison et l’aider, faute de quoi des difficultés psychologiques sont à craindre.

Quelles peuvent être d’après vous les points positifs à retirer de cette école en confinement ?

Le premier d’entre eux me semble être l’opportunité pour les parents comme pour les enseignants de prendre conscience que l’instruction et l’éducation peuvent se rencontrer voire se seconder. Cette complémentarité est particulièrement vraie durant les trois années passées à l’école maternelle. L’enfant éprouve alors le besoin de vérifier que ce qu’il apprend à l’école sert à la maison et inversement. Cet aller-retour essentiel ne peut se faire sans le maintien permanent de la relation parents-enseignants.

Ces semaines de confinement auront permis aux parents d’appréhender réellement « l’enseignement ». Ils auront mis la main à la pâte avec leurs enfants. Souhaitons, et gageons, que ce rapprochement soit durable. A leur retour en classe , les enseignants  doivent questionner leurs élèves sur ce qu’ils ont appris et compris durant ce confinement. Cet échange préliminaire est la condition indispensable d’une reprise positive.

 

Quelques conseils pratiques :

1) Trouvez (sur Internet ou dans vos papiers) une photo de son école. La positionner pour qu’il la regarde vraiment, comme s’il y allait, le matin. On peut faire semblant de s’y rendre en marchant durant cinq minutes, par exemple. On peut compter les pas. On le refera chaque jour, sauf le week- end.

2) Inventez avec lui la manière dont il peut signaler sa présence dans la classe le matin : 2 photos, ou 2 dessins de lui.
3) Demandez-lui des précisions sur ses camarades, leurs noms, le nom des groupes de travail s’il y en a…

4) Faire avec lui un emploi du temps de la semaine. Marquez, comme à l’école, les jours d’école et les autres. Dès la moyenne section, il peut faire les dessins.

5) Avant de commencer à le faire « travailler », demandez-lui ce qu’il préfère faire à l’école. S’il dit « jouer », ce n’est pas faux : à l’école maternelle, on joue (atelier dînette, atelier Lego, atelier pâte à modeler, coin bibliothèque, atelier dessin, peinture… ). Il faut simplement réguler toutes ces activités.

6) Imposez une récréation à l’heure de la récréation : il sort du coin classe. Même si votre espace de vie est petit, vous pouvez délimiter certains espaces dédiés.

Pour aller plus loin :

Que sont mes élèves devenus?, E. Godon, Alopex Éditions, mars 2020.

Commentaires

  1. Article très intéressant. Je vais d’ailleurs le faire suivre pour apporter quelques informations supplémentaires aux instituteurs des écoles françaises d’Abidjan.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *