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Covid-19 : les communautés religieuses se serrent la ceinture

Fermeture des centres d’accueil, arrêt de production monastique et suspension des quêtes ; pour les communautés religieuses en France et dans le monde, le confinement est vécu comme une période de carence économique particulièrement difficile à vivre.

Ils ont troqué leur tablier de cuisine, leur bleu de travail et leurs gants de jardinage pour se mettre à la couture. Sans jamais toutefois arrêter leurs prières. Avec le confinement, de nombreux moines et moniales français ont stoppé net leur productions de bière, de miel, de biscuits et autres produits d’abbaye et ont reconverti leur activité. Désormais, seuls des masques sortent de leurs ateliers. L’initiative lancée par l’association “Artisanat monastique”  a pour objectif d’associer la communauté monastique à l’effort national.

Comme pour toute TPE ou PME, la crise actuelle ne sera pas sans conséquence pour les monastères français. En effet, les moines et moniales ne vivent pas seulement d’amour divin. Bien qu’ils n’aient pas tout à fait les mêmes objectifs de rendement qu’une entreprise classique, à savoir, la création de profit, leur modèle économique basé sur l’accueil du public ou la vente de produits artisanaux, doit leur permettre de faire vivre la communauté. 

Certaines communautés monastiques ont perdu 85% de leurs ressources

Ainsi, selon les chiffres de l’Artisanat Monastique, certaines communautés monastiques ont perdu 85% de leurs ressources (hôtellerie monastique, artisanat, etc…). Elles ne sont pas les seules à subir de plein fouet cette crise économique. Les centres spirituels, maisons d’accueil, communautés religieuses ne sont pas épargnées. La majorité se trouve dans l’expectative et reste figée dans une phase d’exploration des différentes pistes pour maintenir les finances à flot. Rattachée à l’Économat Général de la Communauté du Verbe de Vie, Soeur Claire-Elie fait les comptes et ils ne sont pas bons. “Bien que nous bénéficions encore de rentrées d’argent fixes, comme les indemnités ecclésiales, nos recettes principales sont issues des activités d’accueil. Or celles-ci sont à l’arrêt depuis le 17 mars. Parallèlement, les dépenses fixes s’accumulent, et parmi elles bon nombre de congrégations avaient engagé des travaux avant le confinement ». Des travaux qui s’avèrent souvent fréquents dans les monastères pour appliquer les règles de mise aux normes, agrandir les infirmeries qui accueillent du public de plus en plus âgé et pour rénover des bâtiments vétustes. “Ce déséquilibre budgétaire est donc amené à s’accélérer par la suite”, fait savoir Soeur Claire-Elie. 

Même constat dans les communautés monastiques, qui, à la différence des entreprises “classiques”, ont subi les conséquences de la crise avec un léger décalage comme l’explique Raymond Bocti, directeur adjoint  de la Fondation des monastères, en charge des aspects juridiques : “Les problématiques économiques des monastères apparaissent ‘seulement’ maintenant car nous avons fêté Pâques en plein confinement. Et les communautés monastiques arrêtent toute activité de production durant la semaine sainte pour se consacrer à la prière. Par conséquent, il y a un véritable décalage dans la prise en compte de la crise actuelle.” 

Le premier bilan comptable évalué par le frère Denis-Marie Ghesquières, directeur du centre spirituel des Carmes d’Avon, fait état d’un déficit entre “10 000 et 20 000 euros”. “Habituellement, on est à l’équilibre, on n’a pas besoin de subventions pour notre activité, mais dans le cadre du Covid-19, nous serons forcés de faire appel à des aides extérieures, soit auprès des banques qui peuvent nous accorder un prêt ou auprès de notre province”, précise frère Denis-Marie Ghesquières. 

Parce qu’elles sont soumises à la même législation que des entreprises laïques, les communautés monastiques ayant des activités lucratives peuvent bénéficier des mêmes aides de l’Etat, lorsque leur structure juridique le permet. « Le seul fait d’être une communauté religieuse n’est pas discriminatoire d’entrée de jeu pour ce type de mesures« , indique Raymond Bocti. Au centre spirituel des Carmes d’Avon, sept personnes ont été mises au chômage partiel, obtenu jusqu’à septembre 2020. Seule la responsable communication est en télétravail sur l’ensemble des salariés. 

A l’étranger, la crise est un mille-feuille où les problèmes s’empilent

Ailleurs dans le monde, en Asie ou Afrique, certaines congrégations pourraient bien tout simplement ne pas se relever. L’Aide à l’Eglise en Détresse tire la sonnette d’alarme. “Nous recevons des demandes d’aide de religieuses basées en Inde, au Bangladesh ou encore au Zimbabwe. Là-bas, leurs moyens financiers ne permettent même pas de couvrir leurs besoins essentiels, en santé et en nourriture”, explique Amélie Berthelin-de La Hougue. “Des religieuses n’ont pas suffisamment d’argent pour s’acheter du savon ou des articles d’hygiène”, relate-t-elle. À cela s’ajoute la détresse des familles pauvres avec qui les communautés partagent le peu de vivres qu’il leur reste. Dans certaines régions du monde comme à Madagascar, la pandémie ne fait qu’aggraver les risques de pillages et d’actes terroristes. 

 

©AED / Des aides aux familles pauvres en période de confinement en Inde.
©AED / Des aides aux familles pauvres en période de confinement en Inde.

 

Pour répondre à cette situation d’urgence, l’AED a donc débloqué un fond spécial de 5 millions d’euros et lance un appel aux dons. Le mécénat reste encore le seul horizon pour bon nombre de communautés religieuses en difficulté. Si les messages de solidarité affluent comme auprès de l’AED, la philanthropie est également mise en difficulté par le coronavirus. “Bien que les gens manifestent leur soutien, la crise actuelle ne favorise pas les dons.” constate frère Denis-Marie Ghesquières. “Il faut comprendre que c’est une crise généralisée. Le donateur a déjà ses propres soucis personnels”, complète Raymond Bocti. 

Quant aux quêtes qui amenaient entre 500 et 600 euros par messe, celles-ci ont disparu, contribuant à gonfler le manque à gagner. Pour faire face à cette période de disette qui s’annonce, la plupart des religieux et religieuses maintiennent un mode de vie frugal, en réduisant les dépenses au maximum : “Comme tout le monde, nous avons déjà supprimé tous les déplacements et effectuons toutes nos réunions par vidéo-conférence. Par ailleurs, le climat actuel ne nous oblige pas à nous chauffer, ce qui représente des frais en moins”, décrit Soeur Claire-Elie. 
Si pour les communautés les plus dynamiques, le retour à la normale n’est qu’une question de mois, pour les plus vieillissantes, le contexte actuel pourrait bien les fragiliser encore plus. “Nous ne savons pas où nous allons”, conclut frère Denis-Marie Ghesquières, qui entre deux bilans comptables, se recentre sur la prière, la seule réalité inébranlable en cette période incertaine.