le direct Musique sacrée

Soeur Véronique Margron : « on ne peut plus rester dans ces modes de fonctionnement marqués d’omerta, de cette forme de complicité, ce déni de la réalité, du rapport au corps des femmes qui laisse pantois »

Ce mardi 5 mars, Arte diffusait « Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Eglise ». Un documentaire dévoilant des abus répétés sur des religieuses en France, à Rome et en Afrique. Pour Soeur Véronique Margron, présidente de la Corref, il faut que ce documentaire choc soit salutaire.

Arte documentaire religieuses abusées

Vous avez découvert ces abus en visionnant le reportage ?

J’en découvre l’ampleur. C’est une chose d’avoir reçu une personne, deux personnes, trois personnes victimes, c’est autre chose de découvrir ce que nous voyons dans le reportage, la façon dont, dans certains endroits, ceci a été couvert pendant des décennies et pas seulement par le prédateur mais bien au-delà de lui-même par le corps communautaire, l’église locale, l’église à Rome. Donc oui, je découvre cette ampleur-là par le reportage d’Arte.

Qu’est ce qui vous révolte le plus ?

Tout me révolte à vrai dire, je ne sais même pas quoi vous dire. Il n’y a pas de hiérarchie dans l’horreur. Que ce soit ce qui nous est rapporté des frères Philippe dont on pouvait connaître des choses depuis fort longtemps, mais la façon dont c’est raconté, la façon dont les victimes parlent, la façon dont la personne de l’Arche a écouté les victimes, on est complètement écœuré, abattu. Tout donne le haut-le-cœur, une colère terrible, une honte tout aussi terrible. Il y a des moments, en voyant des choses comme cela, je ne sais plus dans quelle Eglise on habite, sans du tout vouloir généraliser tout cela évidemment. On sait bien que ce n’est pas la totalité de l’Eglise, que l’immense majorité du clergé comme des institutions religieuses est tout à fait saine et j’espère évangélique, mais ça ne peut pas venir minimiser ce que l’on voit. La seule chose que j’espère, c’est que le choc soit salutaire. Vu ce que nous savons aujourd’hui sur les agressions sexuelles sur les enfants, sur les abus sexuels et les abus de pouvoir sur les religieuses, que ce soit un détonateur.

C’est au delà de la libération de la parole. Libérer la parole évidemment, à condition qu’elle soit écoutée, reçue, recueillie, mais il faut changer les mœurs. Il faut faire les deux en même temps. Il faut écouter la parole, la recueillir, il faut faire la justice et il faut changer les mœurs. On ne peut plus rester dans ces modes de fonctionnement marqués d’omerta, de cette forme de complicité, ce déni de la réalité, du rapport au corps des femmes qui laissent pantois.

Qu’est-ce que la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) a déjà mis en place ou souhaite mettre en place pour lutter contre les abus ?

La Corref, c’est une toute petite structure qui n’a pas de gros moyens humains. Ce qu’elle a mis en place depuis un certain moment, ce sont déjà des formations à l’intention des responsables des instituts religieux, à destination des maîtres et maîtresses des novices. Je pense que c’est cela qui prime et c’est d’abord le travail de la Corref. Nous nous interrogeons aussi pour trouver comment aider les supérieurs majeurs à écouter leurs propres sœurs qui ont pu être victimes. Rendre possible un lieu d’écoute pour les victimes, vu notre petite organisation, c’est compliqué mais on se pose la question de comment faire ? Comment faire pour recueillir cette parole. Maintenant, vu le choc, si profond, lié à ce que montre ce documentaire, il va sûrement falloir que l’on fasse plus ou autrement que simplement comme cela.