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Jean-Marc Sauvé : « En France, l’Église est la première institution à mettre en place une commission indépendante »

Pendant quatre jours, le pape va secouer les consciences des présidents des Conférences épiscopales du monde entier. En France, une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE) a été mise en place. Jean-Marc Sauvé, son président, était le Grand Témoin de Louis Daufresne.

« Je savais que la mission serait difficile et elle tient effectivement toutes ces promesses. Je n’ai d’ailleurs pas accepté immédiatement cette charge, je me suis donné le temps de la réflexion » expliquait, ce jeudi 21 février, Jean-Marc Sauvé, « quand l’Eglise s’engage dans une démarche de retour sur elle-même, d’examens de son passé, de recherche de la vérité, il est difficile de se dérober. Ce que je pense d’ailleurs, c’est que la démarche que j’ai faite, a été faite de manière identique, par la totalité des personnes que j’ai pressenties ou qui se sont portées candidates pour cette commission. Il y a des incroyants et des croyants de plusieurs confessions. Chacun est déterminé à faire la lumière et à rechercher la vérité. »

Mineurs et personnes vulnérables seront concernés par la Commission

Un champ d’investigation large, « il n’y a pas de restrictions », et un travail considérable « par le champ temporel, 70 ans. La commission va recueillir des personnes encore vivantes et ayant subi de tels abus. Sur le plan géographique c’est la France et l’Outre-Mer, et l’Outre-Mer c’est extrêmement vaste dans les années 50-60″. Le président de la commission souligne également que le champ d’action ne s’arrêtera pas qu’aux mineurs, il s’agira aussi des personnes vulnérables. La commission est actuellement en train de définir cette vulnérabilité, « d’une manière ou d’une autre, nous allons solliciter des témoignages et il faut que les personnes qui ont des choses à nous dire, sachent qu’elles sont, ou pas dans le périmètre d’étude de la commission. Et ça va bien sûr impliquer que l’on dise de quelle personne nous avons besoin, quel type de témoignage nous souhaitons ».

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Il s’agit aussi de mettre au point ces méthodes de travail, c’est la raison pour laquelle, aucun numéro d’appel, ni adresse mail, n’ont été rendu public. « La mission de la commission va nous conduire à collecter des informations sensibles sur des questions sexuelles, des abus sexuels, d’infractions potentielles » rappelle Jean-Marc Sauvé, « ce sont des données sensibles qui impliquent que nous nous mettions en conformité avec la législation européenne et nationale. On doit mettre au point nos méthodes de travail, c’est ce que nous faisons en ce moment ».

Le président souligne également que le recueil des témoignages des victimes devra susciter, « à la fois  la plus grande confiance de leur part et aussi la plus grande confidentialité car nous mesurons la difficulté, qui est celle des victimes, pour s’exprimer. Il faut que l’on mette en place des cadres d’entretiens et que ces entretiens soient conduits avec tact et empathie. (…) Par ailleurs, il faudra aussi recueillir des témoignages des proches, le cas échéant, des familles, des équipes paroissiales ou éducatives, qui ont pu connaître le milieu dans lequel des abus ont été commis. Il faudra également consulter des archives. Des archives écrites, de la presse, des diocèses et des ordres religieux ».

Etablir des faits n’est pas la seule mission de la commission, elle devra également regarder comment ces affaires ont été traitées, évaluer les mesures prises et faire toutes recommandations utiles. Quant à la question des signalements à la justice, Jean-Marc Sauvé est clair, « nous ne sommes pas chargés d’établir des responsabilités individuelles et des responsabilités pénales individuelles. Ceci ne peut-être fait que par la justice (…) en revanche, nous serons conduits à dire à des victimes, qu’elles peuvent et qu’elles doivent, sans doute, elle-même effectuer un signalement et dans certains cas, nous serons peut-être nous-même conduits à opérer des signalements. Cela fait partie des questions juridiques préalable que nous devons étudier de manière approfondie car nous souhaitons respecter très strictement la loi mais ne pas intercéder dans les procédures quand elles ont été lancées ». La commission a désormais deux ans pour faire la lumière sur les affaires d’abus sexuels au sein de l’Eglise de France.

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