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Troisième rencontre entre le pape François et le président russe Vladimir Poutine

Le président russe a rencontré le pape François dans la bibliothèque du palais apostolique. Vladimir Poutine a salué « une rencontre très substantielle ».

Le pape François a reçu en audience privée le président russe Vladimir Poutine au Vatican le 4 juillet 2019. © Vatican Media
Le pape François a reçu en audience privée le président russe Vladimir Poutine au Vatican le 4 juillet 2019. © Vatican Media

Le président russe Vladimir Poutine, en pleine crise avec l’Occident, a entamé jeudi une visite éclair à Rome par un long entretien avec le pape François au Vatican. Il est ensuite allé déjeuner chez son homologue italien Sergio Mattarella, avant de rencontrer le Premier ministre Giuseppe Conte, puis en soirée les deux vice-Premiers ministres et chefs politiques du gouvernement populiste, Matteo Salvini (Ligue, extrême-droite) et Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles, M5S, anti-système).

Le chef du Kremlin, connu pour son manque de ponctualité, est arrivé en début d’après-midi avec environ une heure de retard à sa troisième entrevue avec François. Un tête-à-tête de 55 minutes que Vladimir Poutine a qualifié de « substantiel », après un traditionnel échange de cadeaux. Le pape a offert au président russe une médaille commémorative de la Première guerre mondiale et une gravure représentant la place Saint-Pierre au XVIIIe siècle, ainsi que son message pour la Journée mondiale pour la paix. Le chef du Kremlin lui a donné en retour une icône représentant les apôtres Pierre et Paul et un DVD d’un film d’Andreï Konchalovski sur Michel-Ange.

Vladimir Poutine s’est également entretenu avec le cardinal-secrétaire d’Etat Pietro Parolin ainsi que Monseigneur Paul Richard Gallagher, secrétaire pour les relations avec les États. Dans un communiqué la salle de presse du Saint-Siège que la rencontre entre le pape et le président russe les deux parties ont fait part de leur satisfaction devant le développement des relations bilatérales, « renforcées par la signature aujourd’hui d’un protocole d’accord concernant la collaboration entre l’hôpital Bambino Gesù et les hôpitaux pour enfants de la Fédération de Russie ».

Lors de leur dernière rencontre en 2015, François l’avait exhorté à « faire un effort important et sincère pour réaliser la paix » en Ukraine, sans aller jusqu’à une condamnation comme le souhaitaient les catholiques ukrainiens. Un rapprochement important a été accompli en février 2016 lors d’une rencontre historique à Cuba entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill, la première en 1 000 ans entre les chefs des deux plus grandes confessions chrétiennes. Vladimir Poutine et le pape devaient évoquer ensemble « la préservation des sites chrétiens sacrés en Syrie », avait indiqué à la veille du voyage le conseiller du Kremlin Iouri Ouchakov, mais pas un éventuel voyage du pape en Russie.

Pas d’invitation pour François

Cette hypothèse suscite encore de vives résistances au sein de l’Église orthodoxe russe, traversée par un courant nationaliste et conservateur. « Pour l’heure, une éventuelle invitation du pape en Russie ne figure pas à l’ordre du jour », a déclaré M. Ouchakov. L’Ukraine, où les rebelles prorusses de l’Est sont en majorité des orthodoxes rattachés au patriarcat de Moscou et se battent contre d’autres orthodoxes et les gréco-catholiques (les uniates) rattachés à Rome, reste un terrain délicat.

Avec les responsables italiens, « les questions économiques seront prioritaires. Nos échanges commerciaux n’arrivent pas à remonter au niveau d’avant » les sanctions imposées en 2014 (54 milliards de dollars alors, 26,9 milliards en 2018), a souligné Iouri Ouchakov. Dans une interview publiée jeudi par le quotidien italien Il Corriere della Sera, Vladimir Poutine a cependant insisté sur la résilience des liens économiques bilatéraux : 500 entreprises italiennes représentées en Russie, 4,7 milliards de dollars d’investissements italiens en Russie depuis le début de l’année, et 2,7 milliards d’investissements russes en Italie.

La Russie est frappée depuis 2014 par des sanctions économiques européennes et américaines sans précédent en raison de la crise ukrainienne. Le président de la fédération souhaite aussi échanger avec les autorités italiennes sur les relations Russie-UE, la Syrie, l’Ukraine, la Libye, ainsi que sur le programme nucléaire iranien.

L’ami Berlusconi

Il devrait trouver une oreille attentive au gouvernement italien, dont l’homme fort, Matteo Salvini, compte parmi ses fervents admirateurs : « Des hommes comme lui, qui ont à cœur l’intérêt de leurs propres citoyens, il en faudrait des dizaines » en Italie, a-t-il souhaité. Le programme de la coalition Ligue-M5S prévoit d’ailleurs de tout faire pour obtenir une révision des sanctions contre la Russie, alors que la riposte russe pèse contre les exportations italiennes.

Les relations entre Moscou et les Occidentaux sont au plus bas depuis la fin de la Guerre froide, empoisonnées par des désaccords sur la Syrie et l’Ukraine, des scandales d’ingérence électorale présumée et d’espionnage. Pour cette visite, d’importantes mesures de sécurité ont été mises en place et le chauffeur de la limousine de Vladimir Poutine, longue de plus de six mètres, a dû s’entraîner pour réussir à passer certains portails étroits de palais Renaissance. Avant de repartir dans la soirée, le président russe verra aussi, de manière informelle, son grand ami Silvio Berlusconi, qu’il a de nouveau salué dans le Corriere della Sera comme « un homme politique de stature mondiale ».

Avec Agence France Presse