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Le pape François célèbre une messe pour les migrants à Rome

Face au durcissement de la politique migratoire de Matteo Salvini, le pontife envoie un message de solidarité et de fraternité six ans après sa première visite à Lampedusa.

A l’occasion du sixième anniversaire de sa première visite à Lampedusa, le pape François a célébré ce lundi 8 juillet 2019 une messe dédiée aux migrants traversant la mer Méditerranée, qu’il qualifie de “symbole de tous les exclus de la société globalisée”. Dans la basilique Saint-Pierre, un comité restreint de 250 migrants, réfugiés et opérateurs humanitaires a pu assister à cette cérémonie de commémoration, qui s’inscrit dans la continuité de l’engagement du pape pour les migrants et la dignité de toute vie humaine. 

Six ans après, se souvenir à nouveau et déplorer l’inaction européenne

Le 8 juillet 2013, le Saint-Père consacrait sa première visite hors de Rome à l’île de Lampedusa, “la porte de l’Europe” pour de nombreux migrants venus du continent africain. Quelques mois avant le naufrage d’une embarcation de migrants entraînant la mort de 300 d’entre eux, la venue du souverain pontife avait fait figure d’avertissement. Il avait alors célébré une messe devant 10 000 personnes, en disposant des épaves d’embarcations utilisées pour rejoindre l’île en arrière-plan. 

Le 8 juillet 2019, le mot d’ordre est le même : se “souvenir de ceux qui ont perdu la vie en essayant de fuir la guerre et la misère et pour accompagner ceux qui, jour après jour, s’emploient à soutenir, accompagner et accueillir les migrants et les réfugiés”, déclarait Alessandro Gisotti, le porte-parole du Saint-Siège. Depuis 2014, l’inaction européenne marque la crise migratoire en Méditerranée, où l’on recense 17 000 morts et disparus depuis 2014 selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). 

Cependant, le message du pape François ne s’arrête pas là et prend des couleurs plus politiques et ce, depuis le début de son mandat. Ce matin, il a attiré l’attention sur les conditions de vie des migrants par ces mots : « ce sont les derniers abusés et abandonnés qui meurent dans le désert; ce sont les derniers torturés, maltraités et violentés dans les camps de détention ; ce sont les derniers qui défient les flots d’une mer impétueuse; ce sont les derniers abandonnés dans des camps pour un accueil trop long pour être appelé provisoire ». Ainsi, pour François, si les européens doivent tenir compte de leurs capacités d’accueil et d’intégration, il est impératif de considérer les migrants comme “des personnes humaines” avant tout. Les mots du pape en 2013 semblent bel et bien toujours d’actualité : “La culture du bien-être nous rend insensibles aux cris d’autrui et aboutit à une mondialisation de l’indifférence”. 

“Construire des ponts” contre les murs : le bras de fer avec Matteo Salvini

Pendant son homélie ce lundi, le pape a maintenu son opposition frontale avec le Ministre de l’Intérieur italien, en contestant de nouveau la politique migratoire européenne : “Il ne s’agit pas seulement de questions sociales ou migratoires ! Ce ne sont pas seulement des migrants !”. 

Cette célébration intervient dans un contexte tendu en Italie. Depuis l’arrivée de la Ligue, le parti d’extrême-droite italien dont Matteo Salvini est l’un des chefs de file, les ports sont fermés aux bateaux des ONG. Ce week-end, deux navires affrétés par des ONG, l’Alex et l’Alan Kurdi, ont encore tenté de débarquer à Lampedusa avec 120 migrants à leur bord. Au mois de juin, l’affaire Sea-Watch avait également secoué les débats autour de l’immigration en Europe lorsque le navire de l’ONG était resté bloqué pendant deux semaines au large de l’île et avait finalement dû forcer son entrée sur le territoire italien pour les 42 migrants en attente sur le navire. 

Si le pape François n’attaque pas directement la Ligue à la tête du gouvernement italien, il n’en est pas de même pour Matteo Salvini. Ce dernier n’hésite pas à incorporer des propos à l’encontre du souverain dans ses meetings, comme par exemple peu avant les élections européennes du mois de mai : “Sa sainteté dit qu’il faut réduire les morts en Méditerranée ? C’est ce que nous faisons, avec fierté et esprit chrétien”. Pour récolter les voix catholiques italiennes, la religion est devenue partie intégrante de son discours conservateur, anti-immigration et eurosceptique. Il multiplie les hommages à Jean-Paul II et Benoit XVI et déclarait ainsi lors du même meeting : “Je confie l’Italie, ma vie et la vôtre au Coeur Immaculé de Marie qui, j’en suis sûr, nous conduira à la victoire”. De son côté, le Vatican, en particulier Marcello Semeraro, évêque d’Albano et secrétaire du conseil des cardinaux, dénonce une “instrumentalisation de Dieu”. 

Un engagement contre “ce nationalisme croissant qui omet le bien commun”

Lancé dans une bataille politique à l’échelle nationale contre le gouvernement, c’est bien l’ensemble de l’Europe que le pape François met en cause dans son discours sur l’immigration. Sur le terrain des valeurs, il condamne ainsi “l’attachement au peuple, à la patrie” quand celui-ci “porte à l’exclusion et à la haine de l’autre, quand il devient nationalisme conflictuel qui élève des murs”. Une formule qui rappelle celle d’Emmanuel Macron lors des commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, le 11 novembre 2018. Le chef de l’Etat avait alors opposé patriotisme et nationalisme devant l’ensemble de la communauté internationale, notamment Donald Trump. 

La position politique du Vatican sur la crise migratoire s’inscrit donc dans un contexte européen de plus en plus nationaliste et eurosceptique. Alors que la Ligue a obtenu 34% des voix aux élections européennes du 26 mai dernier, 73 députés constituent désormais le groupe de droite et d’extrême-droite anti-immigration Identité et démocratie (ID) au Parlement Européen. Ce matin, le message du pape François en mémoire des migrants ayant perdu la vie en Méditerranée s’inscrivait donc dans un contexte de plus en plus sceptique à l’immigration.

Mathilde Piqué