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Notre-Dame de Paris : merci les voûtes !

La cathédrale reste encore inaccessible pour des questions de sécurité, une vidéo a néanmoins été tournée dans le cœur, montrant l’étendu des dégâts. Le frère Yves Combeau est un spécialiste de Notre Dame, il explique pourquoi la cathédrale est toujours debout. Récit

« Le plus évident c’est d’abord qu’il y a deux travées dont les voûtes se sont effondrées, la croisée du transept et une des travées de la nef . La pierre est tombée sur les bancs. Après ce premier choc visuel, on se met à compter ce qui est toujours debout et on trouve beaucoup de choses intactes. D’abord la totalité des bas-côtés, parce que l’incendie était assez loin et l’eau n’est pas tombée dessus, il y a de l’eau par terre mais c’est un détail.

la pietaDans le cœur, on distingue assez bien que malgré la chute d’une petite partie de la voûte du choeur, juste devant l’autel majeur, l’autel est intacte. Alors c’est important, moins pour l’autel lui-même, qui est de la fin du 19ème siècle en réalité, que pour les trois statues : la Pietà, Louis XIII et Louis XIV. Ce sont des chefs d’oeuvre de de Coysevox qui sont absolument intacts, je n’ai vu aucun dégât. La Vierge au pilier, la célèbre vierge de Claudel n’a pas été touchée. Elle est quasiment miraculée parce qu’il y a des pierre tout autour et il n’y a pas de traces de noircissures. Les stalles ont l’air assez intactes, à priori quelques sculptures ont pris des baffes et ont noirci surtout qu’elles sont en bois donc elles auraient très bien pu brûler.

Mais c’est là qu’on voit que les églises gothiques sont bien conçues. Les voûtes sont faites pour. Je m’explique, une des raisons d’être des voûtes dans les églises, c’est d’empêcher que la charpente, prenant feu, mette le feu au reste. Nos ancêtres couvraient les églises de voûtes pour assurer une protection en cas de destruction de la charpente, ce qui pouvait arriver fréquemment puisqu’avant l’invention du paratonnerre, ce sont les églises qui prenaient. Ces voûtes sont très minces mais suffisantes pour arrêter le feu. Sur la grande surface de voûtes de Notre-Dame, il n’y en a que deux qui ont cédé. Les voûtes ont empêché la charpente de tomber dans la nef. Si ça avait été le cas, Notre-Dame serait rasée au sol.

Il y a une longue expérience dans l’église médiévale étant donné que les grandes cathédrales brûlaient d’une façon déconcertante. Pour Notre-Dame c’est le premier grand incendie. Elle a subi des pillages et des affronts mais jamais d’incendie. Chartres a brûlé trois fois, Amiens, Beauvais aussi. Toutes les cathédrales du Nord de la France ont brûlé à un moment ou à un autre, du coup on savait faire des protections incendies qui valaient ce qu’elles valaient, mais qui finalement étaient assez efficaces. Un des exemples les plus brillants, c’est la cathédrale de Reims qui a brûlé en 1481. Cet incendie quoique majeur, n’a pas endommagé la structure, c’est exactement pareil à Notre-Dame de Paris.

En 1918, quand il a s’agit de reconstruire Reims ou Soissons, elles avaient toutes les deux énormément soufferts, on a fait une reconstruction à l’identique. Alors c’est une construction vraiment à l’identique pour les pierres avec quelques nuances en ce qui concernent les charpentes puisque celle de Reims est en béton. On a pensé que comme ça, elle ne brûlerait plus. Maintenant à partir de cette étape fondamentale qu’ont été les reconstructions de Reims et de Soissons, qui ont pris 20 ans, on a développé une grande expérience de la reconstitution, à l’identique, des grandes églises.