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Anne Hidalgo : « Dix hommes engagés sachant qu’ils pouvaient ne pas redescendre, il y a eu un grand silence très lourd »

Interview Exceptionnelle – La première fumée, l’angoisse de Mgr Chauvet, le courage des pompiers… 48 heures après l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame, la maire de Paris, Anne Hidalgo raconte cette terrible soirée, au coeur de la cellule de crise, au micro de Louis Daufresne.

Depuis la fenêtre de son bureau de l’Hôtel de Ville, Anne Hidalgo a une vue directe sur la cathédrale. Lundi, la maire de Paris dit avoir enchaîné beaucoup de réunions. Puis, vers 18h45, son directeur de cabinet est arrivé. Elle raconte.

Anne Hidalgo et son directeur de cabinet se rassoient. Mais la fumée se fait de plus en plus forte. « On est partis tout de suite pour aller sur la parvis », dit-elle, « en arrivant, on voyait déjà des flammes importantes qui léchaient le bas de la flèche, c’était bouleversant ».

« Mettre en place une cellule de crise à l’Hôtel de Ville »

« Il faut être à la bonne distance », explique Anne Hidalgo, « laisser les services de secours opérer, mais regarder tout de suite l’environnement : les risques pour les immeubles autour ». La maire de Paris se souvient encore du « bruit horrible de la flèche » lorsqu’elle est tombée « quasiment à l’aplomb dans la cathédrale ». Les rues sont alors déjà dégagées,  les barrières de sécurité installées, tous les accès fermés pour laisser agir les pompiers et mettre hors de danger toute personne.


« J’ai cherché Mgr Chauvet un petit moment, parce que je voulais savoir où il était, comment il allait et être vraiment avec lui, parce que l’on pleurait tous et j’imaginais l’état dans lequel lui-même était ».


Minute par minute, le général Gallet, chef des pompiers de Paris, les informe. « Quand la toiture s’est embrasée, les drônes de la Préfecture de police filmaient, Mgr Chauvet m’a dit ‘je ne peux pas regarder ces images’… C’était très impressionnant parce que tout la charpente brûlait… Il y a eu un moment très lourd quand j’ai vu le général Gallet inquiet par rapport aux tours de Notre-Dame ».

Photo réalisée par Michel Pourny
Photo réalisée par Michel Pourny

Dans une salle, la maire de Paris, le commandant des pompiers, Mgr Chauvet et Mgr Aupetit échangent avec le Président Emmanuel Macron et le Premier ministre Edouard Philippe : « On nous dit, le feu est en train de repartir, les tours sont vraiment très en danger ».


Le général Gallet : « il fallait prendre le risque, car on ne pouvait pas perdre les tours de Notre-Dame »


La stratégie  du général Gallet est alors claire envoyer dix hommes, engagés volontaires, en haut de la tour, sachant qu’ils pouvaient ne pas redescendre. « Il y a eu un grand silence très lourd », raconte Anne Hidalgo, « ces dix hommes sont montés au péril de leur vie, ils nous l’ont raconté après : d’un côté il y avait le feu, de l’autre côté il y avait le vide, ils ont dû ramper pour pouvoir passer à certains endroits, ils étaient avec une assistance d’oxygène, physiquement c’est une opéraiton très grave ».  L’un des hommes a d’ailleurs eu  un coup de chaud pour l’un après l’intervention.

Pendant l’incendie, l’aumônier des pompiers Jean-Marc Fournier, Mgr Chauvet, des conservateurs et le directeur de cabinet d’Anne Hidalgo, entrent dans la cathédrales pour sauver le maximum d’oeuvres. « C’était  très impressionnant pour eux, il y avait une ambiance particulière ».


« Ils ont fait une chaîne pour porter les oeuvres vers les camions »


La maire de Paris décide alors d’ouvrir la salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville pour lettre sous coffre les oeuvres et les reliques quoi ont, depuis, été transférées au Louvre. « Pour moi, c’était très émouvant », explique Anne Hidalgo, « elles ont une valeur inestimable ». Elle ajoute : « la cathédrale, c’est Paris… C’est un déchirement pour les catholiques, les chrétiens… Mais je pense que cela touche tout le monde, cela faut partie de notre vie, notre imaginaire, notre histoire… La Mairie est un lieu de la laïcité. C’est très beau que ce lieu ait accueilli les reliques, cela sera dans les livres d’histoire que ces oeuvres extraordinaires de Notre-Dame ont été accueillies à la Mairie dans cette nuit d’horreur ».

Est-ce qu’Anne Hidalgo sera à cette même fenêtre dans 5 ans, pour admirer Notre-Dame ? Réponse…

 

Pour réécouter son interview en intégralité :