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Mgr Pontier : « il existe une vénération de l’Église qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole »

Du 21 au 24 février prochain, les présidents des Conférences épiscopales du monde entier seront réunis au Vatican pour un sommet inédit sur « la protection des mineurs dans l’Église ».

Mgr Pontier sera l’invité de Marie-Ange de Montesquieu dans Un Jour, un Evêque ce mercredi 20 février à 10h15

Le pape veut que le sommet sur les abus sexuels « soit une réunion de pasteurs, non un congrès d’études », a souligné le Vatican mercredi 16 janvier. Mgr Pontier sera à Rome jeudi pour y participer. Pour l’archevêque de Marseille, le silence autour des abus sexuels dans l’Eglise résulte d’un « péché collectif » et d’un système qui « néglige » la parole des victimes, estime-il dans un entretien au Journal du dimanche.

« Nous devons travailler tous ensemble contre la pédophilie. La hiérarchie (religieuse, ndlr) n’est pas la seule coupable. Dans certaines familles, des parents très chrétiens ont empêché leur enfant de parler. C’est un péché collectif » poursuit le président de la Conférence des évêques de France avant d’ajouter qu’il « existe une vénération de l’Église qui est malsaine et peut empêcher la libération de la parole ».

A quelques jours d’un sommet mondial au Vatican sur les crimes pédophiles, Mgr Pontier incrimine plus généralement le peu d’attention accordé aux victimes dans l’Eglise. « Il y a quelque chose de systémique dans la négligence, le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes », dit-il, assurant que l’Eglise doit prendre ses responsabilités.

Les victimes « n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas »

« On ne peut plus rejeter la faute, dire que ce sont les médias ou le monde extérieur qui en voudraient à l’Église« , ajoute Mgr Pontier. Les victimes « n’ont pas besoin de repentance permanente si les actes ne suivent pas », poursuit-il, formant l’espoir que la commission Sauvé constituée en France sur les abus pédophiles dans l’Eglise saura « secouer » l’institution.  C’est la négligence systémique, « le poids et la défense des institutions par rapport aux personnes victimes (…) j’attends surtout son regard extérieur sur les mesures déjà mises en place. Ces 22 spécialistes vont-ils nous conforter ou nous inviter à d’autres chemins ? Ils vont sûrement nous secouer sur le sujet des archives car malheureusement nous les avons mal tenues« . Présidée par l’ancien vice-président du Conseil d’État, elle sera prochainement opérationnelle.

Présomption d’innocence

Le prélat se disait par ailleurs favorable au report de la sortie, du film de François Ozon intitulé « Grâce à Dieu ». Il  vient d’être autoriser par la justice à sortir comme prévue mercredi. Le film est consacré au père Preynat, le prêtre lyonnais mis en examen pour agressions sexuelles sur mineurs et qui pourrait être jugé cette année. « Nous sommes dans un calendrier ahurissant, qui voudrait que l’on termine par la reconnaissance de culpabilité devant les tribunaux après avoir vu tant de choses sur ce père Preynat qui, cela ne fait pas de doute, a commis des faits répréhensibles. Il faut un respect minimum de la présomption d’innocence« , explique Mgr Pontier.

Interrogé sur l’enquête pour agressions sexuelles visant à Paris l’ambassadeur du pape en France Mgr Ventura, le prélat se montre également prudent. »Si des actes ont été commis qui auraient traumatisé profondément quelqu’un, ce serait bien sûr choquant. Je connais bien Mgr Ventura, et pour le moment je le présume innocent », dit Mgr Pontier.

Avec l’AFP