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Églises catholiques, orthodoxes, gréco-catholiques… Quelles différences ?

Après avoir rencontré les Églises orthodoxes de Bulgarie et de Macédoine du Nord du 5 au 8 mai, le pape François béatifiera sept évêques de l’Église gréco-catholique de Roumanie à son prochain voyage du 31 au 2 juin. Mais quelles différences entre toutes ces Églises ? Tour d’horizon de la typologie ecclésiastique.

  • L’Église catholique

    Le pape François, le 28 juin 2017 au Vatican (AFP/Alberto PIZZOLI)
    Le pape François le 28 juin 2017 au Vatican. © AFP / Alberto Pizzoli

Le Christ dès le Ier siècle de l’époque romaine fonde l’Église catholique. Elle part de la Palestine et se diffuse vite sur le continent grâce à son organisation internationale. L’idée de la succession apostolique dès l’origine caractérise aussi l’Église catholique, c’est-à-dire la transmission par les apôtres de l’autorité des pouvoirs reçus de Jésus à des successeurs. Les douze apôtres du Christ forment les disciples appelés « évêques », qui leur succèdent dans les villes. La hiérarchie de l’Église catholique se met en place autour de 5 métropolites, les grandes villes qui disposent d’une primauté : Rome et Constantinople, capitales de l’Empire, Jérusalem, où est mort le Christ, et Alexandrie et Antioche, deux grandes villes de l’Empire romain. L’évêque de Rome occupe une position prééminente par rapport aux patriarches principaux des quatre autres cités parce que saint Pierre et saint Paul y sont morts, bien que Jésus n’y ait jamais mis les pieds.

  • L’Église catholique latine

L’Église latine regroupe aujourd’hui 98,5 % des catholiques dans le monde, soit 1 250 000 000 de fidèles. À l’origine, l’Empire romain se répartit en deux ères culturelles qui se structurent autour de grandes villes : le monde grec (Constantinople, Athènes et Alexandrie) et le monde latin (Rome et Carthage). Les différences civilisationnelles ne cessent de se tirailler en s’accroissant jusqu’à la rupture politique au IVe siècle. L’empereur Dioclétien sépare le vaste Empire entre l’Occident et l’Orient afin de mieux le gouverner. La coupure culturelle traverse aussi l’Église catholique : l’Église latine s’étend sur la partie occidentale, dont la liturgie se pratique en latin, et l’Église orientale dans l’espace grec, avec une liturgie en  langue grecque ou syriaque.

  • Les Églises catholiques orientales

Dignitaires melkites. DR
Dignitaires melkites. / DR

Les Églises orientales réunissent 1,5% de l’ensemble des catholiques, soit 18 millions de fidèles. Elles détiennent chacune des spécificités historiques et liturgiques et se rattachent à Rome. Le Code des canons des Églises orientales les répartit en quatre groupes :

  • les Églises patriarcales : l’Église catholique maronite au Liban, l’Église catholique copte en Egypte, l’Église gréco-catholique melkite en Syrie… Les Églises patriarcales choisissent leur propre patriarche. Le Synode des évêques procède à une élection et le patriarche élu est proclamé et intronisé sur-le-champ. Il demande ensuite la communion ecclésiastique au pape.
  • les Églises archiépiscopales majeures : l’Église catholique syro-malankare et la syro-malabare en Inde, l’Église gréco-catholique roumaine et la gréco-catholique ukrainienne. L’archevêque majeur est élu à la manière d’un patriarche mais le pape confirme ou non l’élection en vue de l’intronisation.
  • les Églises métropolitaines : l’Église gréco-catholique éthiopienne, la gréco-catholique érythréenne, la gréco-catholique hongroise… Le pape nomme le métropolite selon une liste d’au moins trois candidats soumise par le Synode des évêques.
  • les autres : les Églises gréco-catholiques bulgare, macédonienne, russe, italo-albanaise, hellène… Le pape désigne l’ordinaire appelé « exarque ». S’ajoute la communauté gréco-catholique géorgienne.
  • Les Églises orthodoxes

    Le patriarche de l'Église orthodoxe de Bulgarie qu'a rencontré le pape François au début du mois. DR
    Le patriarche de l’Église orthodoxe de Bulgarie Néofit qu’a rencontré le pape François. / DR

La divergence entre orthodoxes et catholiques relève moins de la théologie que de la politique et des cultures grecque et latine où elle trouve ses prémices. La concurrence entre l’Empire d’Occident et l’Empire byzantin pour le contrôle de la foi chrétienne aboutit au schisme de 1054 : le légat du pape Humbert de Moyenmoutier excommunie le patriarche Constantinople d’alors, Michel Ier Cérulaire. En cause : les mœurs et coutumes orientales, telles que l’ordination d’hommes mariés et le port de la barbe entre autres. En 1446, le Concile de Florence signe la réunification des chrétiens latins et grecs. Le pape et le patriarche de Constantinople se sont accordés sur les questions théologiques, enterrant ainsi le schisme de 1054. Mais la foule et les moines orthodoxes, qui refusent la réconciliation, conspuent les légats de retour à Constantinople.

Dans le même temps, le christianisme se structure dans les villes. L’évêque de la ville principale, appelé patriarche, dispose d’une primauté sur les évêques des villes qui l’entourent. Or au XVe siècle, les Ottomans attaquent et envahissent l’Empire byzantin jusqu’à sa disparition. Les accords du Concile de Florence n’entreront jamais en vigueur. Si le patriarche de Constantinople demeure, son pouvoir se fait de plus en plus nominal au fur et à mesure que le nombre de chrétiens orthodoxes diminue. Les princes de Moscou et Kiev reprennent le flambeau et voient Moscou comme la troisième Rome.

Aujourd’hui, le patriarcat de Constantinople fait valoir son antériorité historique et ses origines des premiers temps face au patriarcat de Moscou qui argue son importance démographique et ses relations avec le pouvoir russe. Le christianisme orthodoxe s’organise autour d’Églises nationales avec leurs propres patriarches. Chaque État a voulu sa propre Église et contrôler son patriarche. L’organisation par nation complique l’œcuménisme, en cela qu’elle oblige le pape à dialoguer avec chaque patriarche de chaque pays. Bien que fonctionnant en autocéphalie, les Églises orthodoxes reconnaissent le patriarche de Constantinople et les slaves reconnaissent la supériorité du patriarcat de Moscou.

  • Les Églises gréco-catholiques

Le pape François béatifiera le 2 juin l'évêque gréco-catholique roumain Vasile Aftenie, martyr sous la dictature communiste. DR
Le pape François béatifiera le 2 juin l’évêque gréco-catholique roumain Vasile Aftenie (1899 – 1950), martyr sous la dictature communiste.

À l’issue du Concile de Florence (1439-1449) et de la disparition de l’Empire byzantin (1453), les chrétiens grecs d’Ukraine refusent de rejoindre le patriarcat de Moscou et décident de s’unir à Rome. D’autres Églises orthodoxes suivront l’exemple au cours de l’Histoire. Longtemps appelés « uniates », les chrétiens grecs sous l’autorité de l’évêque de Rome préféreront la qualification de « gréco-catholiques » : de liturgie grecque, c’est-à-dire orthodoxe, ils se rattachent à l’Église catholique. Du point de vue de Moscou, les chrétiens gréco-catholiques ont quitté l’orthodoxie pour se rallier à Rome. Du point de vue des gréco-catholiques,  ils se sont rangés derrière le patriarcat de Rome alors qu’ils étaient sous la coupe d’un patriarcat de Constantinople affaibli et parce qu’ils reconnaissaient l’union proclamée par le Concile de Florence.

Vladimir Razimowsky en collaboration avec Jean-Baptiste Noé, historien, géopolitologue et professeur de relations internationales à l’Université catholique de l’Ouest