le direct Musique sacrée

Congo-Kinshasa : l’Église s’adapte aux contraintes de la lutte contre Ebola à Goma

L’épidémie d’Ebola a fait plus de 1 700 victimes en un an dans l’Est de la République démocratique du Congo. L’Église catholique a dû revoir le rite pour prévenir la contamination entre les fidèles. Reportage dans la cathédrale Saint Joseph à Goma.

Dans la cathédrale Saint Joseph de Goma, les fidèles se lavent les mains et ne se touchent plus.
Dans la cathédrale Saint Joseph de Goma au Congo-Kinshasa, les fidèles se lavent les mains et ne se touchent plus pendant les cérémonies. © Bwirhonde Fidele

Les fidèles de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), ne se serrent plus les mains pendant le culte en signe de paix, afin d’éviter tout risque de contamination au virus d’Ebola, et invitation est faite aux croyants de se laver les mains avant d’accéder à l’église. Les autorités ecclésiastiques du diocèse de Goma ont pris ces mesures après qu’un premier cas a été découvert dans cette ville, poussant l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à élever la dixième épidémie d’Ebola en RDC au rang d’« urgence de santé publique de portée internationale ». Cette épidémie a fait 1 737 décès en presqu’une année.

De gros réservoirs noirs « d’eau chlorée » portant l’inscription « Unicef » sont postés à l’entrée de la cathédrale Saint Joseph de Goma, ville-carrefour d’un à deux millions d’habitants située à la frontière avec le Rwanda. Un prêtre veille pour qu’aucun fidèle n’échappe à l’obligation de se laver les mains avant d’entrer prier dans l’église. Dans l’ordre, les uns après les autres se soumettent à cette nouvelle exigence de l’évêque du lieu. Le prêtre aide des enfants défavorisés par leur petite taille à atteindre le robinet placé sur des tables de plus d’un mètre de hauteur.

Pour cette messe dominicale, la cathédrale était pleine. Certains croyants n’ont pu se trouver une place à l’intérieur, chantant, dansant et priant à l’extérieur. Cette nouveauté n’est pas la seule exigence. À l’intérieur de l’église, les croyants prient comme à l’ordinaire jusqu’au moment de se saluer en signe de paix. « Désormais, nous n’allons plus nous saluer par la main à cause de la maladie d’Ebola. C’est avec un geste de la main comme pour dire ‘Bye bye’ que nous allons échanger le signe de paix », explique l’officiant du jour à l’assistance.

Plus d’imposition des mains

D’un geste, le prêtre a agité ses deux mains, montrant aux croyants présents la nouvelle manière de partager « la paix du Christ », un rite prévu dans la célébration eucharistique de l’Église catholique. « Il y a eu un changement dans la manière de célébrer la paix du Christ, avec la nouvelle consigne dictée par la lutte contre Ebola : nous nous contentons d’agiter les mains », témoigne Jean-Marie Musubaru, un croyant rencontré dans l’enceinte de la cathédrale. « On ne se donne plus les mains dans l’église. Quand on dit la paix du Christ, on réagit en agitant les mains. C’est tout. », confirme Nahomie Nakasi. « Aujourd’hui je remarque que c’est devenu très sérieux, tout le monde s’est soumis à l’exercice », témoigne pour sa part Louise Mbola, interrogée à la sortie de l’église.

Le premier cas d’Ebola détecté le 14 juillet à Goma était un pasteur d’une Église du réveil qui pratique couramment l’imposition des mains en vue de la guérison des malades y compris ceux d’Ebola. « La maladie d’Ebola est déjà à Goma. On nous a dit qu’il ne faut plus toucher les brebis [les fidèles, ndlr]. Au lieu de les toucher, nous prions désormais sans imposer les mains sur leurs têtes », affirme le révérend Robert Kamala d’une Église du réveil spirituel, Agape. Samedi dans une conférence de presse, le ministre de la Santé, le docteur Oly Ilunga, avait invité les pasteurs à ne plus imposer les mains sur les fidèles.

Avec Albert Kambale et Junior Diatezua de l’Agence France Presse

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *