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PMA : l’Église en terre de mission à l’Assemblée nationale

Le gouvernement s’apprête à autoriser la procréation médicalement assistée pour les femmes célibataires et les couples de lesbiennes. L’Église catholique entend avoir son mot à dire.

L'absence du père dans la conception de l'enfant constitue l'objection majeure à l'extension de la PMA aux lesbiennes et célibataires. © Bruno Levesque
L’absence du père dans l’éducation de l’enfant constitue l’objection majeure à l’extension de la PMA aux lesbiennes et célibataires. © Bruno Levesque

Après l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) et le mariage homosexuel, le projet de loi sur la Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour femmes célibataires et couples lesbiens va relancer le débat de la famille et de l’intérêt de l’enfant, des sujets sur lesquels l’Église tente de peser auprès du Parlement, au pays de la laïcité. Au Palais Bourbon, où la liberté de vote est de mise sur les questions éthiques, les pour et contre la PMA se répartissent sur les bancs de l’hémicycle où la sensibilité catholique est représentée à droite comme à gauche.

À deux pas, à l’église Sainte Clotilde, le père Marc Lambret, « aumônier des parlementaires », est en terre de mission. « J’ai des échanges avec des députés auxquels je dis ce que je pense et ce que pense l’Église », confie-t-il, jugeant toutefois son « lobbying » un peu vain car il y a sur le sujet « un lâche consensus ». « Nous organisons des dîners-débats, souvent avec des universitaires qui présentent une réflexion, une analyse », ajoute-t-il, qualifiant la ligne chrétienne de « plutôt à droite au plan sociétal et à gauche pour l’économique et le social ».

Selon un député, l’Église a adressé des documents aux parlementaires, dont un texte sur « la dignité de la procréation » de la Conférence des évêques de France (CEF). « Depuis Jean-Paul II, il existe une volonté de l’Église de pénétrer le débat démocratique sur ces questions, avec l’idée que les règles éternelles du droit naturel peuvent répondre aux questions suscitées par l’expansion des technosciences », explique le politologue Philippe Portier, spécialiste des relations politique-religion. Sur la PMA, le nouveau président de la CEF, Eric de Moulins-Beaufort, a récemment regretté que « le politique (soit) incapable de résister à (la) course à la technique ».

Pour les députés, la raison et la laïcité plutôt que la religion

La religion jouera-t-elle pour autant un rôle influent comme cela avait pu être le cas pour l’avortement ou le mariage homosexuel ? Rien n’est moins sûr. L’éviction de la députée LREM Agnès Thill pour des propos sur la PMA jugés excessifs a montré la sensibilité du sujet, même si l’élue récuse l’image « catho » qu’on lui a accolée. « J’étais d’ailleurs pour l’IVG et le mariage pour tous », explique l’élue qui justifie sa croisade contre la PMA par « le franchissement d’une ligne rouge : ce n’est plus un bébé quand je veux mais comme je veux ».

À droite, l’Entente parlementaire pour la famille, un regroupement informel de députés formé en 2006 pour peser sur les questions sociétales et qui fut le fer de lance de la bataille parlementaire contre le mariage homosexuel, fourbit ses armes. « On a des réunions pour étudier des amendements ou des tribunes que nous pourrions co-signer », explique son animateur Xavier Breton (LR) par ailleurs président d’un groupe d’études sur les relations avec le Vatican. « Je n’utilise jamais d’argument d’ordre religieux », assure l’élu pour qui « c’est la raison qui doit nous guider ». Membre de ce groupe, le député Marc le Fur a récemment défendu un amendement visant à étendre les possibilités de référendum à des questions comme la PMA. Sans succès. « Il y a chez les LR une nette majorité contre la PMA », affirme Philippe Gosselin (LR). « L’Église est un repère, elle oblige à se poser des questions. Réfléchir sur le sens de la vie, ce n’est pas crétin quand on est un législateur qui doit décider pour les autres ».

À gauche, les députés de sensibilité catholique se montrent plus discrets sur la PMA. Dominique Potier, qui s’était abstenu sur le mariage homosexuel, réserve sa réponse à la rentrée. Le communiste Pierre Dharréville dit « réfléchir avec son groupe » mais rappelle que le Parti Communiste Français y est plutôt favorable. « Ce débat est avant tout politique », juge le député des Bouches-du-Rhône « très attaché au principe de laïcité », inscrit dans la loi de 1905 sur la séparation de l’Église et de l’État. « On ne justifie pas un vote avec des convictions religieuses. On le fait en se fondant sur ce qu’on croit être juste et bon pour la société », affirme-t-il.

Avec Agence France Presse