le direct Musique sacrée

Philippe Portier, politologue : « La PMA est un prolongement du mariage pour tous, pas un bouleversement »

Le gouvernement s’apprête à autoriser la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes célibataires et les couples de lesbiennes. Entretien avec Philippe Portier, politologue au CRNS.

Le gouvernement Philippe accède à une des revendications de la minorité LGBT+. NURPHOTO VIA GETTY IMAGES
Le gouvernement Philippe accède à une des revendications de la minorité LGBT+. © Nurphoto via Getty Images

La Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour toutes les femmes est « un prolongement du mariage pour tous, pas un bouleversement » de société, estime le politologue Philippe Portier, directeur du groupe sociétés, religions, laïcités du CNRS, qui voit une « stratégie de plus en plus offensive » de l’Église sur les questions éthiques.

Vous attendez-vous à un débat enflammé sur la PMA?

On n’est plus dans la même situation qu’en 2012 – 2013 au moment du mariage pour tous. Il y a un effet de cliquet : la gauche porte des réformes sociétales dans le sens de la sécularisation de la société et une fois qu’elle les a fait adopter, parfois aux forceps comme pour le mariage pour tous, on ne revient pas dessus, même quand on est de droite. On n’est jamais revenu sur l’IVG. Ces réformes font leur chemin dans l’opinion publique, qui peut être troublée dans son imaginaire dans un premier temps, mais oublie vite en constatant qu’il n’y a pas eu de catastrophe. Pour un gouvernement de droite, il y aurait plus d’inconvénients que d’avantages à remettre les choses sur la table.

Ce qui va advenir avec le vote sur la PMA, ce n’est au fond que l’appendice du vote de 2012 – 2013. Cela prolonge quelque chose, plus que cela n’induit un véritable bouleversement. L’idée d’un passage automatique de la PMA à la GPA est ce qu’on appelle l’argument de la pente glissante qui est au cœur des discours religieux. C’est typique des mouvements qui luttent contre le libéralisme culturel. Certains s’en réjouissent en affirmant que l’homme est libre et d’autres s’en affolent en disant : jusqu’où ira-t-on dans le dépassement des frontières ?

Quelle place occupe aujourd’hui l’Église dans le débat politique sur les grands sujets de société, comme la bioéthique et la PMA ?

Ces questions de l’intime renvoient à la fois aux thèmes de la procréation et de l’organisation de la famille : qu’est-ce que cela veut dire de faire un mariage aujourd’hui ? Est-ce que la filiation biologique suffit pour créer un lien de parenté ou pas ? L’Église s’est positionnée au XIXe siècle quand elle a perdu la capacité de gérer politiquement la société. Longtemps, cela n’a été qu’un des éléments de son action […] mais, à partir des années 1990, Jean-Paul II puis Benoît XVI ont placé ces questions au cœur même de leur agenda. Il y a depuis une stratégie de plus en plus offensive de l’Église sur ces questions liées à des problèmes embrouillés que la société a du mal à régler seule. Mais il est aujourd’hui beaucoup plus difficile pour une Église qui traîne des difficultés sur [le comportement] de certains de ses membres de porter une parole de moralité.

Quelle influence a-t-elle aujourd’hui sur le monde politique ?

Son discours est plus ou moins bien reçu par des acteurs politiques qui cherchent des réponses à des questions compliquées. Les députés de droite, et le peuple de droite de manière plus générale, assument un catholicisme plus ou moins spirituel, même s’ils n’en font pas forcément état dans l’espace public. Pour eux, la question se pose ainsi : est-ce que la famille peut faire l’objet d’une délibération comme les autres ? Et les députés de la droite catholiques diront qu’il y a des choses naturelles dans la famille auxquelles il ne faut pas toucher.

Pour le Rassemblement national, c’est simplement culturel, un vernis civilisationnel. La gauche a une difficulté à parler du religieux […] parce qu’elle s’est constituée pour beaucoup contre la religion. Elle peut solliciter la parole de l’Église dans certains cas mais toujours avec l’idée qu’il s’agit d’une parole parmi d’autres qui n’a pas vocation à se substituer à la souveraineté du politique. Les députés de gauche diront que ce n’est pas le plus important, qu’il faut mettre cela à la délibération. Ce qui compte d’abord, c’est la justice sociale.

Avec Pierre Rochiccioli de l’Agence France Presse